Voici le corrigé du contrôle de maths spé sur le thème : fonctions génératrices et lois de sommes.
Ce corrigé rédige le devoir sur les fonctions génératrices avec les justifications attendues en MP. La caractérisation de la loi repose sur l’unicité des coefficients d’une série entière, et l’espérance sur la dérivation terme à terme.
La formule de la somme aléatoire est obtenue par le théorème de Fubini pour les familles sommables, puis dérivée pour établir l’identité de Wald. Le problème de Galton-Watson est illustré par une figure en escalier qui montre la convergence vers le plus petit point fixe. Un barème détaillé suit chaque exercice pour que vous évaluiez votre copie.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths spé : fonctions génératrices et lois de sommes.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Question de cours : la fonction génératrice caractérise la loi | 3 points |
| Exercice 2 : Fonctions génératrices des lois usuelles | 5 points |
| Exercice 3 : Somme d’un nombre aléatoire de variables | 4 points |
| Exercice 4 : Problème : extinction d’une population de Galton-Watson | 8 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Question de cours : la fonction génératrice caractérise la loi (3 points)
- La fonction génératrice de \(X\) est \(G_X(t) = E\big(t^X\big) = \displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty} P(X = n)\,t^n\) (théorème de transfert), là où la série converge. Pour \(|t| \leq\, 1\), \(\big|P(X = n)\,t^n\big| \leq\, P(X = n)\) et \(\sum P(X = n) = 1\) converge : la série converge normalement sur \([-1, 1]\). En particulier elle converge absolument en \(t = 1\), donc son rayon est au moins \(1\). De plus \(G_X\) est continue sur \([-1, 1]\) et \(G_X(1) = 1\).
- Sur \(]-1, 1[\), \(G_X\) est la somme d’une série entière de rayon au moins \(1\). Elle y est de classe \(C^{\infty}\) et ses coefficients sont donnés par \(P(X = n) = \dfrac{G_X^{(n)}(0)}{n!}\) (unicité des coefficients d’une série entière). Si \(G_X = G_Y\) sur \([-1, 1]\), leurs dérivées successives en \(0\) coïncident, donc \(P(X = n) = P(Y = n)\) pour tout \(n\) : \(X\) et \(Y\) ont même loi.
- Si le rayon \(R\) est strictement supérieur à \(1\), \(G_X\) est dérivable sur \(]-R, R[\) par dérivation terme à terme et \(G_X^{\prime}(t) = \displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} n\,P(X = n)\,t^{n-1}\), la série dérivée ayant le même rayon \(R\). Comme \(1 \in \,]-R, R[\), la série \(\sum n\,P(X = n)\) converge : \(X\) admet une espérance et \(E(X) = G_X^{\prime}(1)\).
Énoncé général : \(X\) admet une espérance si et seulement si \(G_X\) est dérivable en \(1\) (à gauche), et alors \(E(X) = G_X^{\prime}(1)\).
Barème : a) 0,5 point pour la définition, 0,5 point pour la convergence normale ; b) 0,5 point pour la formule des coefficients, 0,5 point pour la conclusion ; c) 0,5 point pour la dérivation terme à terme, 0,5 point pour l’énoncé général.
Exercice 2 : Fonctions génératrices des lois usuelles (5 points)
-
- \(\mathcal{B}(p)\) : \(G(t) = (1 – p) + p\,t\), rayon \(+\infty\).
- \(\mathcal{B}(n, p)\) : par la formule du binôme, \(G(t) = \displaystyle\sum_{k=0}^{n}\binom\,{n}{k}(pt)^k(1 – p)^{n-k} = (1 – p + pt)^n\), polynôme, rayon \(+\infty\).
- \(\mathcal{G}(p)\) : \(G(t) = \displaystyle\sum_{k=1}^{+\infty} p(1 – p)^{k-1}t^k = pt\sum_{j=0}^{+\infty}\big((1 – p)t\big)^j = \dfrac{pt}{1 – (1 – p)t}\) pour \(|t| < \dfrac{1}{1 – p}\), rayon \(\dfrac{1}{1 – p} > 1\).
- \(\mathcal{P}(\lambda)\) : \(G(t) = e^{-\lambda}\displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty}\dfrac{(\lambda t)^k}{k!} = e^{\lambda(t – 1)}\), rayon \(+\infty\).
- Comme \(X^2 = X(X – 1) + X\), \(X\) admet un moment d’ordre \(2\) et \(E(X^2) = G_X^{\prime\prime}(1) + G_X^{\prime}(1)\). Par la formule de König-Huygens :
\[V(X) = E(X^2) – E(X)^2 = G_X^{\prime\prime}(1) + G_X^{\prime}(1) – G_X^{\prime}(1)^2.\]
Pour \(\mathcal{G}(p)\), notons \(q = 1 – p\). Alors \(G^{\prime}(t) = \dfrac{p(1 – qt) + pqt}{(1 – qt)^2} = \dfrac{p}{(1 – qt)^2}\) et \(G^{\prime\prime}(t) = \dfrac{2pq}{(1 – qt)^3}\), d’où \(G^{\prime}(1) = \dfrac{1}{p}\) et \(G^{\prime\prime}(1) = \dfrac{2q}{p^2}\). Ainsi
\[V(X) = \dfrac{2q}{p^2} + \dfrac{1}{p} – \dfrac{1}{p^2} = \dfrac{2q + p – 1}{p^2} = \dfrac{q}{p^2}.\]
\(E(X) = \dfrac{1}{p}\) et \(V(X) = \dfrac{1 – p}{p^2}\). - Si \(X\) et \(Y\) sont indépendantes, \(t^X\) et \(t^Y\) le sont aussi, donc \(G_{X+Y}(t) = E\big(t^X t^Y\big) = G_X(t)\,G_Y(t)\) sur \([-1, 1]\).
- \(G_{X+Y}(t) = (1 – p + pt)^n(1 – p + pt)^m = (1 – p + pt)^{n+m}\) : c’est la fonction génératrice de \(\mathcal{B}(n + m, p)\). Par caractérisation de la loi, \(X + Y \sim \mathcal{B}(n + m, p)\).
- \(G_{X+Y}(t) = e^{\lambda(t – 1)}e^{\mu(t – 1)} = e^{(\lambda + \mu)(t – 1)}\), donc \(X + Y \sim \mathcal{P}(\lambda + \mu)\).
Erreur fréquente : additionner deux binomiales de paramètres \(p\) différents et conclure à une binomiale : le produit \((1 – p + pt)^n(1 – p^{\prime} + p^{\prime}t)^m\) n’est pas de la forme voulue.
Barème : a) 0,5 point par loi (fonction et rayon) ; b) 0,5 point pour la formule de la variance, 0,5 point pour les dérivées, 0,5 point pour le résultat ; c) 0,5 point pour \(G_{X+Y} = G_X G_Y\), 0,5 point par loi.
Exercice 3 : Somme d’un nombre aléatoire de variables (4 points)
- Par indépendance des \(X_k\), \(G_{S_n} = G_{X_1}^n\) sur \([-1, 1]\) (et \(G_{S_0} = 1\)). La famille \((N = n)_{n \in \mathbb{N}}\) est un système complet d’événements, et \(N\) est indépendante de \(S_n\) (lemme des coalitions). Pour \(k \in \mathbb{N}\) :
\[P(S = k) = \sum_{n=0}^{+\infty} P(N = n, S_n = k) = \sum_{n=0}^{+\infty} P(N = n)\,P(S_n = k).\]
Soit \(t \in [-1, 1]\). La famille \(\big(P(N = n)P(S_n = k)t^k\big)_{(n,k) \in \mathbb{N}^2}\) est sommable, car \(\displaystyle\sum_{n}\sum_{k} P(N = n)P(S_n = k)|t|^k \leq\, \sum_{n} P(N = n) = 1\). Par le théorème de Fubini pour les familles sommables, on peut intervertir :
\[G_S(t) = \sum_{k=0}^{+\infty}\sum_{n=0}^{+\infty} P(N = n)P(S_n = k)t^k = \sum_{n=0}^{+\infty} P(N = n)\,G_{S_n}(t) = \sum_{n=0}^{+\infty} P(N = n)\,G_{X_1}(t)^n.\]
Comme \(|G_{X_1}(t)| \leq\, 1\), cette dernière somme vaut \(G_N\big(G_{X_1}(t)\big)\). Donc \(G_S = G_N \circ G_{X_1}\) sur \([-1, 1]\). - D’après le cours, \(G_{X_1}\) est dérivable en \(1\) avec \(G_{X_1}^{\prime}(1) = E(X_1)\), et \(G_N\) est dérivable en \(1\) avec \(G_N^{\prime}(1) = E(N)\). Comme \(G_{X_1}\) envoie \([-1, 1]\) dans \([-1, 1]\) et \(G_{X_1}(1) = 1\), la composée \(G_N \circ G_{X_1}\) est dérivable en \(1\) et \(G_S^{\prime}(1) = G_N^{\prime}\big(G_{X_1}(1)\big)\,G_{X_1}^{\prime}(1) = E(N)\,E(X_1)\). Par la caractérisation de l’espérance, \(S\) admet une espérance et \(E(S) = E(N)\,E(X_1)\) (identité de Wald).
- Le nombre de brochets est \(S = \displaystyle\sum_{k=1}^{N} X_k\), où \(X_k\) vaut \(1\) si le \(k\)-ième poisson est un brochet : \(X_k \sim \mathcal{B}(p)\), indépendantes et indépendantes de \(N\). Par a), pour \(t \in [-1, 1]\) :
\[G_S(t) = G_N(1 – p + pt) = e^{\lambda(1 – p + pt – 1)} = e^{\lambda p(t – 1)}.\]
C’est la fonction génératrice de \(\mathcal{P}(\lambda p)\) : le nombre de brochets suit la loi de Poisson \(\mathcal{P}(\lambda p)\).
Barème : a) 0,5 point pour la formule des probabilités totales avec indépendance, 0,5 point pour Fubini justifié, 0,5 point pour la conclusion ; b) 0,5 point pour la dérivée de la composée, 0,5 point pour la conclusion ; c) 0,5 point pour la modélisation, 0,5 point pour le calcul, 0,5 point pour la loi.
Exercice 4 : Problème : extinction d’une population de Galton-Watson (8 points)
- \(G(t) = \dfrac{1}{4} + \dfrac{1}{4}\,t + \dfrac{1}{2}\,t^2\) et \(m = G^{\prime}(1) = \dfrac{1}{4} + 1 = \dfrac{5}{4}\). L’exercice 3 appliqué avec \(N = Z_n\) et \(X_k = X_{n,k}\) (hypothèses d’indépendance admises) donne \(G_{Z_{n+1}} = G_{Z_n} \circ G\). Comme \(G_{Z_0}(t) = t\), une récurrence immédiate donne \(G_{Z_n} = G \circ G \circ \cdots \circ G\) (\(n\) fois), notée \(G^{\circ n}\).
- Les \(G^{\circ n}\) sont des polynômes (ce que confirme \(Z_n \leq\, 2^n\)), donc dérivables. En dérivant \(G_{Z_{n+1}} = G_{Z_n} \circ G\) en \(1\), avec \(G(1) = 1\) : \(E(Z_{n+1}) = G_{Z_n}^{\prime}(1)\,G^{\prime}(1) = m\,E(Z_n)\). Comme \(E(Z_0) = 1\), \(E(Z_n) = m^n = (\dfrac{5}{4})^n\).
- \(G_{Z_n}(0) = \displaystyle\sum_{k} P(Z_n = k)\,0^k = P(Z_n = 0)\) (avec \(0^0 = 1\)), donc \(u_n = G_{Z_n}(0)\). Par associativité de la composition, \(G^{\circ(n+1)} = G \circ G^{\circ n}\), donc \(u_{n+1} = G(u_n)\), avec \(u_0 = P(Z_0 = 0) = 0\). Alors
\[u_1 = G(0) = \dfrac{1}{4}, \qquad u_2 = G(\dfrac{1}{4}) = \dfrac{1}{4} + \dfrac{1}{16} + \dfrac{1}{32} = \dfrac{11}{32}.\] - \(G(t) = t \iff \dfrac{1}{2}t^2 – \dfrac{3}{4}t + \dfrac{1}{4} = 0 \iff 2t^2 – 3t + 1 = 0 \iff (2t – 1)(t – 1) = 0\). Les points fixes de \(G\) sur \([0, 1]\) sont \(\frac{1}{2}\) et \(1\).
\(G\) est croissante sur \([0, 1]\) (coefficients positifs). Majoration : \(u_0 = 0 \leq\, \frac{1}{2}\), et si \(0 \leq\, u_n \leq\, \frac{1}{2}\), alors \(0 \leq\, G(u_n) \leq\, G(\frac{1}{2}) = \frac{1}{2}\). Monotonie : \(u_1 = \frac{1}{4} \geq\, u_0\), et si \(u_n \geq\, u_{n-1}\), alors \(u_{n+1} = G(u_n) \geq\, G(u_{n-1}) = u_n\). La suite \((u_n)\) est croissante et majorée par \(\frac{1}{2}\) : elle converge vers \(\ell \in [0, \frac{1}{2}]\). Par continuité de \(G\), \(G(\ell) = \ell\), et le seul point fixe dans \([0, \frac{1}{2}]\) est \(\frac{1}{2}\). \(u_n \to \frac{1}{2}\).
- Si \(Z_n = 0\), alors \(Z_{n+1}\) est une somme vide, donc nulle : \((Z_n = 0) \subset (Z_{n+1} = 0)\). La suite d’événements \((Z_n = 0)\) est croissante, de réunion l’extinction. Par continuité croissante, \(P(\text{extinction}) = \lim u_n\) : la probabilité d’extinction vaut \(\frac{1}{2}\), bien que \(E(Z_n) \to +\infty\).
- La nouvelle fonction génératrice est \(H(t) = \dfrac{1}{2} + \dfrac{1}{4}\,t + \dfrac{1}{4}\,t^2\), d’où \(m = H^{\prime}(1) = \dfrac{1}{4} + \dfrac{1}{2} = \dfrac{3}{4}\).
Première méthode. \(H(t) = t \iff t^2 – 3t + 2 = 0 \iff t \in \{1, 2\}\) : le seul point fixe dans \([0, 1]\) est \(1\). Comme en d), la suite \(u_{n+1} = H(u_n)\), \(u_0 = 0\), est croissante et majorée par \(1\) (car \(H(1) = 1\)), donc converge vers un point fixe de \([0, 1]\), c’est-à-dire \(1\).
Deuxième méthode. Comme en b), \(E(Z_n) = (\frac{3}{4})^n\). \(Z_n\) est positive, donc par l’inégalité de Markov \(P(Z_n \geq\, 1) \leq\, E(Z_n) = (\frac{3}{4})^n \to 0\), d’où \(u_n = 1 – P(Z_n \geq\, 1) \to 1\).
Dans les deux cas, par continuité croissante, l’extinction est presque sûre.
Erreur fréquente : conclure que l’extinction est presque sûre parce que \(1\) est point fixe de \(G\). La limite de \((u_n)\) est le plus petit point fixe de \(G\) dans \([0, 1]\).
Barème : a) 0,5 point pour \(G\) et \(m\), 0,5 point pour la composée ; b) 0,5 point pour la dérivation, 0,5 point pour le résultat ; c) 0,5 point pour \(u_n = G_{Z_n}(0)\), 0,5 point pour la récurrence, 0,5 point pour \(u_1\) et \(u_2\) ; d) 0,5 point pour les points fixes, 0,5 point pour la majoration, 0,5 point pour la monotonie, 0,5 point pour la limite ; e) 0,5 point pour la suite croissante d’événements, 0,5 point pour la conclusion ; f) 0,5 point pour \(m\), 0,5 point par méthode.
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Après le corrigé du contrôle : fonctions génératrices et lois de sommes
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