Voici le corrigé du contrôle de maths sup sur le thème : produit scalaire et projection orthogonale.
Voici la correction rédigée du devoir sur le produit scalaire en maths sup. Les preuves de cours sont écrites en entier, et chaque axiome est vérifié pour les deux produits scalaires étudiés, avec le caractère défini justifié avec soin.
Vous y trouverez ensuite l’orthonormalisation de Gram-Schmidt détaillée vecteur par vecteur, la matrice de la projection orthogonale sur un plan avec sa trace, puis la résolution du problème de moindres carrés, illustrée par une figure. Deux méthodes y aboutissent au même projeté. Le barème de chaque exercice vous permet enfin d’évaluer précisément votre copie.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths sup : produit scalaire et projection orthogonale.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Questions de cours | 3 points |
| Exercice 2 : Deux produits scalaires | 4 points |
| Exercice 3 : Orthonormalisation de Gram-Schmidt | 4 points |
| Exercice 4 : Projection orthogonale sur un plan | 4 points |
| Exercice 5 : Un problème de moindres carrés | 5 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Questions de cours (3 points)
- Inégalité de Cauchy-Schwarz. Pour tous \(x, y \in E\), \(|\langle x, y \rangle| \leq\, \|x\|\,\|y\|\), avec égalité si et seulement si \(x\) et \(y\) sont colinéaires.
Démonstration : si \(y = 0\), les deux membres sont nuls et la famille \((x, y)\) est liée. Supposons donc \(y \neq 0\). Pour tout réel \(\lambda\), par bilinéarité et symétrie, \[\|x + \lambda y\|^2 = \|y\|^2 \lambda^2 + 2\lambda \langle x, y \rangle + \|x\|^2 \geq\, 0.\] Ce trinôme du second degré en \(\lambda\) (car \(\|y\|^2 > 0\)) garde un signe constant. Son discriminant est donc négatif ou nul : \(4\langle x, y \rangle^2 – 4\|x\|^2\|y\|^2 \leq\, 0\), ce qui donne l’inégalité.
Cas d’égalité : si \(x = \mu y\), on vérifie directement que \(|\langle x, y \rangle| = |\mu|\,\|y\|^2 = \|x\|\,\|y\|\). Réciproquement, s’il y a égalité, le discriminant est nul. Le trinôme a alors une racine \(\lambda_0\), d’où \(\|x + \lambda_0 y\| = 0\). Par le caractère défini du produit scalaire, \(x = -\lambda_0 y\) : la famille est liée.
- D’après le procédé de Gram-Schmidt, \(F\) admet une base orthonormée \((e_1, \ldots, e_p)\). Soit \(x \in E\) ; posons \(y = \sum_{k=1}^{p} \langle x, e_k \rangle e_k \in F\) et \(z = x – y\). Pour tout \(j\), \(\langle z, e_j \rangle = \langle x, e_j \rangle – \langle x, e_j \rangle = 0\) car la base est orthonormée. Ainsi \(z\) est orthogonal à une base de \(F\), donc à \(F\) : \(z \in F^{\perp}\). On a donc \(E = F + F^{\perp}\). Enfin, si \(x \in F \cap F^{\perp}\), alors \(\langle x, x \rangle = 0\), donc \(x = 0\). Par conséquent, \(E = F \oplus F^{\perp}\).
Barème : a) 2 points : 0,5 point pour l’énoncé complet, 1 point pour la preuve par le trinôme, 0,5 point pour le cas d’égalité ; b) 1 point : 0,5 point pour la décomposition, 0,5 point pour l’intersection nulle.
Exercice 2 : Deux produits scalaires (4 points)
- L’application est bien définie, car \(PQ\) est continue sur \([0, 1]\). Elle est symétrique, car \(PQ = QP\). Elle est linéaire à gauche par linéarité de l’intégrale, donc bilinéaire grâce à la symétrie. Elle est positive : \(\langle P, P \rangle = \int_0^1 P(t)^2\,\mathrm{d}t \geq\, 0\) par positivité de l’intégrale.
Montrons enfin qu’elle est définie. Si \(\langle P, P \rangle = 0\), la fonction \(t \mapsto P(t)^2\) est continue, positive et d’intégrale nulle sur \([0, 1]\). Elle est donc nulle sur \([0, 1]\). Ainsi le polynôme \(P\) a une infinité de racines, d’où \(P = 0\). C’est donc bien un produit scalaire sur \(\mathbb{R}_n[X]\).
- Le coefficient \((j, j)\) de \(A^{\top} B\) vaut \(\sum_{i=1}^{n} a_{ij} b_{ij}\), donc \[\operatorname{tr}(A^{\top} B) = \sum_{i=1}^{n} \sum_{j=1}^{n} a_{ij}\, b_{ij}.\] Cette expression est le produit scalaire canonique de \(\mathbb{R}^{n^2}\) appliqué aux coefficients de \(A\) et de \(B\). Elle est donc symétrique et bilinéaire. De plus, \(\operatorname{tr}(A^{\top} A) = \sum_{i,j} a_{ij}^2 \geq\, 0\), et cette somme de carrés est nulle si et seulement si tous les \(a_{ij}\) sont nuls, c’est-à-dire \(A = 0\). Il s’agit donc bien d’un produit scalaire sur \(\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\).
- Appliquons l’inégalité de Cauchy-Schwarz à \(A\) et \(I_n\) pour ce produit scalaire. D’une part, \(\langle A, I_n \rangle = \operatorname{tr}(A^{\top}) = \operatorname{tr} A\) ; d’autre part, \(\|I_n\|^2 = \operatorname{tr}(I_n) = n\). On obtient \((\operatorname{tr} A)^2 \leq\, \operatorname{tr}(A^{\top} A) \times n\), soit \((\operatorname{tr} A)^2 \leq\, n \operatorname{tr}(A^{\top} A)\). D’après le cas d’égalité de Cauchy-Schwarz, il y a égalité si et seulement si \(A\) et \(I_n\) sont colinéaires, c’est-à-dire si et seulement si \(A = \lambda I_n\) avec \(\lambda \in \mathbb{R}\).
Barème : a) 1,5 point : 0,5 point pour la bilinéarité et la symétrie, 1 point pour le caractère défini (continuité et infinité de racines) ; b) 1,5 point : 0,5 point pour l’expression en coefficients, 1 point pour les propriétés ; c) 1 point : 0,5 point pour l’inégalité, 0,5 point pour le cas d’égalité.
Exercice 3 : Orthonormalisation de Gram-Schmidt (4 points)
- Le déterminant de la famille dans la base canonique vaut \[\begin{vmatrix} 1 1 0 \\ 1 0 1 \\ 0 1 1 \end{vmatrix} = 1 \times (0 – 1) – 1 \times (1 – 0) + 0 = -2 \neq 0.\] La famille est donc libre ; formée de trois vecteurs en dimension 3, c’est une base.
Premier vecteur. \(\|u_1\| = \sqrt{2}\), donc \(e_1 = \dfrac{1}{\sqrt{2}}(1, 1, 0)\).
Deuxième vecteur. On a \(\langle u_2, e_1 \rangle = \dfrac{1}{\sqrt{2}}\). Posons donc \(v_2 = u_2 – \langle u_2, e_1 \rangle e_1 = (1, 0, 1) – \dfrac{1}{2}(1, 1, 0) = (\dfrac{1}{2}, -\dfrac{1}{2}, 1)\). Alors \(\|v_2\|^2 = \dfrac{1}{4} + \dfrac{1}{4} + 1 = \dfrac{3}{2}\), et l’on obtient \(e_2 = \dfrac{1}{\sqrt{6}}(1, -1, 2)\).
Troisième vecteur. On a \(\langle u_3, e_1 \rangle = \dfrac{1}{\sqrt{2}}\) et \(\langle u_3, e_2 \rangle = \dfrac{0 – 1 + 2}{\sqrt{6}} = \dfrac{1}{\sqrt{6}}\). Par conséquent, \[v_3 = (0, 1, 1) – \frac{1}{2}(1, 1, 0) – \frac{1}{6}(1, -1, 2) = (-\frac{2}{3}, \frac{2}{3}, \frac{2}{3}),\] et, après normalisation, \(e_3 = \dfrac{1}{\sqrt{3}}(-1, 1, 1)\).
Vérification : les produits scalaires deux à deux sont proportionnels à \(1 – 1 + 0\), \(-1 + 1 + 0\) et \(-1 – 1 + 2\), tous nuls. La base orthonormée cherchée est donc \(e_1 = \frac{1}{\sqrt{2}}(1, 1, 0)\), \(e_2 = \frac{1}{\sqrt{6}}(1, -1, 2)\), \(e_3 = \frac{1}{\sqrt{3}}(-1, 1, 1)\). Enfin, \(\langle e_k, u_k \rangle = \|v_k\| > 0\) par construction.
- Dans une base orthonormée, les coordonnées de \(w\) sont les produits scalaires \(\langle w, e_k \rangle\) :
\(\langle w, e_1 \rangle = \dfrac{2}{\sqrt{2}} = \sqrt{2}\), \(\langle w, e_2 \rangle = \dfrac{2 + 0 + 2}{\sqrt{6}} = \dfrac{4}{\sqrt{6}}\), \(\langle w, e_3 \rangle = \dfrac{-2 + 0 + 1}{\sqrt{3}} = -\dfrac{1}{\sqrt{3}}\).
Les coordonnées de \(w\) sont donc \((\sqrt{2}, \dfrac{4}{\sqrt{6}}, -\dfrac{1}{\sqrt{3}})\). Vérification par le théorème de Pythagore : \(2 + \dfrac{16}{6} + \dfrac{1}{3} = 2 + \dfrac{8}{3} + \dfrac{1}{3} = 5\), et en effet \(\|w\|^2 = 4 + 0 + 1 = 5\).
Erreur fréquente : écrire \(v_2 = u_2 – \langle u_2, u_1 \rangle u_1\) en oubliant de diviser par \(\|u_1\|^2 = 2\) : le vecteur obtenu, \((0, -1, 1)\), n’est alors pas orthogonal à \(u_1\).
Barème : a) 2,5 points : 0,5 point pour la base, 0,5 point pour \(e_1\), 0,75 point pour \(e_2\), 0,75 point pour \(e_3\) ; b) 1,5 point : 1 point pour les coordonnées, 0,5 point pour la vérification.
Exercice 4 : Projection orthogonale sur un plan (4 points)
- Le plan \(P\) est l’ensemble des vecteurs \(u\) tels que \(\langle u, n \rangle = 0\), c’est-à-dire \(P = \operatorname{Vect}(n)^{\perp}\). En dimension finie, \((F^{\perp})^{\perp} = F\), donc \(P^{\perp} = \operatorname{Vect}(n)\), la droite dirigée par \((1, 2, 2)\).
- Soit \(u \in \mathbb{R}^3\) et \(v = u – \dfrac{\langle u, n \rangle}{9} n\). Comme \(\|n\|^2 = 1 + 4 + 4 = 9\), on a \(\langle v, n \rangle = \langle u, n \rangle – \langle u, n \rangle = 0\), donc \(v \in P\). De plus, \(u – v\) est colinéaire à \(n\), donc appartient à \(P^{\perp}\). Par unicité de la décomposition \(u = v + (u – v)\) dans \(\mathbb{R}^3 = P \oplus P^{\perp}\), on obtient \(v = p(u)\).
Matricièrement, \(p(u) = u – \dfrac{1}{9} n\, n^{\top} u\), donc \(M = I_3 – \dfrac{1}{9} n\, n^{\top}\), avec \(n\, n^{\top} = \begin{pmatrix} 1 2 2 \\ 2 4 4 \\ 2 4 4 \end{pmatrix}\). Ainsi :
\[M = \frac{1}{9}\begin{pmatrix} 8 -2 -2 \\ -2 5 -4 \\ -2 -4 5 \end{pmatrix}.\]
- La matrice \(M\) est visiblement symétrique : \(M^{\top} = M\). Ensuite, \((n\, n^{\top})^2 = n\,(n^{\top} n)\,n^{\top} = 9\, n\, n^{\top}\), d’où \[M^2 = I_3 – \frac{2}{9} n\, n^{\top} + \frac{1}{81} \times 9\, n\, n^{\top} = I_3 – \frac{1}{9} n\, n^{\top} = M.\] Enfin, \(\operatorname{tr} M = \dfrac{8 + 5 + 5}{9} = 2\). Pour un projecteur, la trace est égale au rang : on retrouve que \(p\) est de rang 2, son image étant le plan \(P\).
- On a \(\langle u, n \rangle = 3 + 6 + 0 = 9\), donc \(p(u) = (3, 3, 0) – (1, 2, 2)\), soit \(p(u) = (2, 1, -2)\). On vérifie que \(2 + 2 – 4 = 0\), donc \(p(u) \in P\). La distance de \(u\) à \(P\) vaut \(\|u – p(u)\| = \|(1, 2, 2)\| = 3\) : \(d(u, P) = 3\). On retrouve la formule \(d(u, P) = \dfrac{|\langle u, n \rangle|}{\|n\|} = \dfrac{9}{3}\).
Barème : a) 0,5 point ; b) 1,5 point : 1 point pour la justification de la formule, 0,5 point pour la matrice ; c) 1 point : 0,5 point pour \(M^2 = M\) et \(M^{\top} = M\), 0,5 point pour la trace interprétée ; d) 1 point : 0,5 point pour le projeté, 0,5 point pour la distance.
Exercice 5 : Un problème de moindres carrés (5 points)
- Pour tout couple \((a, b)\), \(\int_0^1 (t^2 – at – b)^2\,\mathrm{d}t = \|X^2 – (aX + b)\|^2\). Lorsque \((a, b)\) décrit \(\mathbb{R}^2\), le polynôme \(aX + b\) décrit exactement \(F\). Donc \(m = \inf_{Q \in F} \|X^2 – Q\|^2 = d(X^2, F)^2\). Comme \(F\) est de dimension finie, le cours affirme que cette distance est atteinte en un unique point : le projeté orthogonal \(\pi(X^2)\) de \(X^2\) sur \(F\). En effet, pour tout \(Q \in F\), le théorème de Pythagore donne \(\|X^2 – Q\|^2 = \|X^2 – \pi(X^2)\|^2 + \|\pi(X^2) – Q\|^2\). Le minimum est donc atteint pour l’unique \((a, b)\) tel que \(aX + b = \pi(X^2)\).
- Le polynôme \(aX + b\) est le projeté de \(X^2\) sur \(F\) si et seulement si \(X^2 – aX – b\) est orthogonal à \(1\) et à \(X\), qui engendrent \(F\). Avec \(\int_0^1 t^k\,\mathrm{d}t = \dfrac{1}{k+1}\), ces deux conditions s’écrivent :
\(\langle X^2 – aX – b, 1 \rangle = \dfrac{1}{3} – \dfrac{a}{2} – b = 0\) ;
\(\langle X^2 – aX – b, X \rangle = \dfrac{1}{4} – \dfrac{a}{3} – \dfrac{b}{2} = 0\).
La première équation donne \(b = \dfrac{1}{3} – \dfrac{a}{2}\). En reportant dans la seconde, \(\dfrac{1}{4} – \dfrac{a}{3} – \dfrac{1}{6} + \dfrac{a}{4} = \dfrac{1}{12} – \dfrac{a}{12} = 0\), donc \(a = 1\), puis \(b = \dfrac{1}{3} – \dfrac{1}{2} = -\dfrac{1}{6}\). Ainsi, \((a, b) = (1, -\dfrac{1}{6})\) et \(\pi(X^2) = X – \dfrac{1}{6}\).
- Notons \(R = X^2 – X + \dfrac{1}{6}\). Comme \(R\) est orthogonal à \(F\) et que \(X – \dfrac{1}{6} \in F\), on a \(\|R\|^2 = \langle R, X^2 \rangle – \langle R, X – \frac{1}{6} \rangle = \langle R, X^2 \rangle\). Donc
\[m = \int_0^1 (t^4 – t^3 + \frac{t^2}{6}) \mathrm{d}t = \frac{1}{5} – \frac{1}{4} + \frac{1}{18} = \frac{36 – 45 + 10}{180}.\]
On obtient \(m = \dfrac{1}{180}\). La figure montre que la droite \(t \mapsto t – \frac{1}{6}\) approche bien la parabole au sens des moindres carrés : l’aire entre les courbes est petite et répartie de part et d’autre. - Appliquons Gram-Schmidt à \((1, X)\). D’abord, \(\|1\|^2 = 1\), donc \(f_0 = 1\). Ensuite, \(X – \langle X, 1 \rangle 1 = X – \dfrac{1}{2}\), et \(\|X – \dfrac{1}{2}\|^2 = \int_0^1 (t – \frac{1}{2})^2 \mathrm{d}t = \dfrac{1}{12}\). D’où \(f_1 = 2\sqrt{3}(X – \dfrac{1}{2})\). Le projeté vaut alors \(\pi(X^2) = \langle X^2, f_0 \rangle f_0 + \langle X^2, f_1 \rangle f_1\), avec \(\langle X^2, f_0 \rangle = \dfrac{1}{3}\) et \(\langle X^2, X – \frac{1}{2} \rangle = \dfrac{1}{4} – \dfrac{1}{6} = \dfrac{1}{12}\). Par conséquent, \[\pi(X^2) = \frac{1}{3} + 12 \times \frac{1}{12}(X – \frac{1}{2}) = X – \frac{1}{6}.\] On retrouve bien \(\pi(X^2) = X – \dfrac{1}{6}\).
Barème : a) 1 point : 0,5 point pour la traduction en distance, 0,5 point pour l’existence et l’unicité citées ; b) 1,5 point : 0,5 point pour les conditions d’orthogonalité, 1 point pour la résolution ; c) 1,5 point : 0,5 point pour la réduction à \(\langle R, X^2 \rangle\) ou le développement du carré, 1 point pour 1/180 ; d) 1 point : 0,5 point pour la base orthonormée, 0,5 point pour le projeté.
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Après le corrigé du contrôle : produit scalaire et projection orthogonale
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