Voici le corrigé du contrôle de maths de L3 sur le thème : anneaux, idéaux et polynômes irréductibles.
Voici la correction détaillée du partiel de L3 sur les anneaux et les idéaux. Chaque isomorphisme est obtenu par le même schéma : un morphisme d’évaluation surjectif, le calcul de son noyau, puis le premier théorème d’isomorphisme.
Vous y trouverez la preuve que l’idéal (X) est premier sans être maximal dans Z[X], la construction de C comme quotient, la division euclidienne dans Z[i] illustrée par une figure, et les décompositions de 5 et 13 en irréductibles de Gauss. Le problème applique le critère d’Eisenstein et la réduction modulo 2. Un barème détaillé termine chaque exercice.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths l3 : anneaux, idéaux et polynômes irréductibles.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Question de cours : idéaux premiers et maximaux | 3 points |
| Exercice 2 : Les idéaux de Z/12Z | 3 points |
| Exercice 3 : Idéaux de Z[X] et anneau quotient R[X]/(X²+1) | 4 points |
| Exercice 4 : L’anneau des entiers de Gauss | 5 points |
| Exercice 5 : Problème : irréductibilité de polynômes à coefficients entiers | 5 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Question de cours : idéaux premiers et maximaux (3 points)
- Un idéal \(I \neq A\) est premier si, pour tous \(a, b \in A\), la condition \(a\,b \in I\) entraîne \(a \in I\) ou \(b \in I\). Il est maximal s’il n’existe aucun idéal \(J\) tel que \(I \subsetneq J \subsetneq A\).
Supposons d’abord \(I\) maximal. Comme \(I \neq A\), l’anneau \(A/I\) n’est pas nul. Soit \(\,\overline{x} \neq \,\overline{0}\), c’est-à-dire \(x \notin I\). L’idéal \(I + x\,A\) contient strictement \(I\), donc il est égal à \(A\) par maximalité. Il existe alors \(i \in I\) et \(a \in A\) tels que \(1 = i + x\,a\). Ainsi \(\,\overline{x}\,\,\overline{a} = \,\overline{1}\) : \(A/I\) est un corps.
Réciproquement, supposons que \(A/I\) soit un corps. Soit \(J\) un idéal tel que \(I \subsetneq J\), et \(x \in J \setminus I\). Alors \(\,\overline{x}\) est inversible : il existe \(a \in A\) et \(i \in I\) tels que \(x\,a = 1 + i\). Donc \(1 = x\,a – i \in J\), d’où \(J = A\). Ainsi \(I\) est maximal.
- Si \(I\) est maximal, \(A/I\) est un corps d’après a). Or un corps est intègre : si \(\,\overline{a}\,\,\overline{b} = \,\overline{0}\) avec \(\,\overline{a} \neq \,\overline{0}\), on multiplie par \(\,\overline{a}^{-1}\) et on obtient \(\,\overline{b} = \,\overline{0}\). Donc \(A/I\) est intègre. Par conséquent \(I\) est premier.
Barème : a) 0,5 point pour les définitions, 0,75 point pour chaque sens de l’équivalence ; b) 0,5 point pour « un corps est intègre », 0,5 point pour la conclusion.
Exercice 2 : Les idéaux de Z/12Z (3 points)
- Soit \(J\) un idéal de \(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\). Son image réciproque \(\pi^{-1}(J)\) est un idéal de \(\mathbb{Z}\) qui contient \(12\,\mathbb{Z}\). Or \(\mathbb{Z}\) est principal, donc \(\pi^{-1}(J) = d\,\mathbb{Z}\) avec \(d \geq\, 1\). De plus, \(12 \in d\,\mathbb{Z}\) signifie que \(d\) divise 12. Comme \(\pi\) est surjective, \(J = \pi(\pi^{-1}(J)) = \pi(d\,\mathbb{Z})\).
Réciproquement, l’image d’un idéal par un morphisme surjectif est un idéal. Enfin, deux diviseurs distincts donnent deux idéaux distincts, car \(\pi^{-1}(\pi(d\,\mathbb{Z})) = d\,\mathbb{Z} + 12\,\mathbb{Z} = d\,\mathbb{Z}\).
Les diviseurs positifs de 12 sont 1, 2, 3, 4, 6 et 12. On obtient six idéaux :
\(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\) ; \((\,\overline{2}) = \{\,\overline{0}, \,\overline{2}, \,\overline{4}, \,\overline{6}, \,\overline{8}, \overline{10}\}\) ; \((\,\overline{3}) = \{\,\overline{0}, \,\overline{3}, \,\overline{6}, \,\overline{9}\}\) ; \((\,\overline{4}) = \{\,\overline{0}, \,\overline{4}, \,\overline{8}\}\) ; \((\,\overline{6}) = \{\,\overline{0}, \,\overline{6}\}\) ; \(\{\,\overline{0}\}\).
- Le morphisme composé \(\mathbb{Z} \to \mathbb{Z}/12\mathbb{Z} \to (\mathbb{Z}/12\mathbb{Z})/(\,\overline{d})\) est surjectif, de noyau \(d\,\mathbb{Z}\). Le premier théorème d’isomorphisme donne donc \((\mathbb{Z}/12\mathbb{Z})/(\,\overline{d}) \simeq \mathbb{Z}/d\,\mathbb{Z}\).
Pour \(d \neq 1\), l’anneau \(\mathbb{Z}/d\,\mathbb{Z}\) est intègre si et seulement si \(d\) est premier, et c’est alors un corps. Par exemple, \(\{\,\overline{0}\}\) n’est pas premier, car \(\,\overline{3} \times \,\overline{4} = \,\overline{0}\) dans \(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\).
Les idéaux premiers sont \((\,\overline{2})\) et \((\,\overline{3})\), et ce sont aussi les idéaux maximaux.
Barème : a) 1 point pour la correspondance, 0,5 point pour la liste ; b) 0,5 point pour le quotient, 1 point pour les idéaux premiers et maximaux.
Exercice 3 : Idéaux de Z[X] et anneau quotient R[X]/(X²+1) (4 points)
- L’évaluation \(\operatorname{ev}_0 : \mathbb{Z}[X] \to \mathbb{Z}\), \(P \mapsto P(0)\), est un morphisme d’anneaux. Il est surjectif, car l’entier \(n\) est l’image du polynôme constant \(n\).
Calculons son noyau. Si \(P = a_0 + a_1 X + \cdots + a_n X^n\), alors \(P(0) = 0\) équivaut à \(a_0 = 0\), donc à \(P = X\,Q\) avec \(Q \in \mathbb{Z}[X]\). Ainsi \(\operatorname{Ker}(\operatorname{ev}_0) = (X)\). Le premier théorème d’isomorphisme donne \(\mathbb{Z}[X]/(X) \simeq \mathbb{Z}\).
Or \(\mathbb{Z}\) est intègre sans être un corps, car 2 n’y est pas inversible. D’après l’exercice 1, \((X)\) est premier mais n’est pas maximal. On a d’ailleurs \((X) \subsetneq (2, X) \subsetneq \mathbb{Z}[X]\).
- Considérons \(\psi : \mathbb{Z}[X] \to \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\), qui associe à \(P\) la classe de \(P(0)\) modulo 2. C’est un morphisme surjectif.
Son noyau est formé des \(P\) dont le coefficient constant est pair. Un tel \(P\) s’écrit \(P = 2k + X\,Q\), donc il appartient à \((2, X)\). Inversement, tout élément \(2\,U + X\,V\) de \((2, X)\) a un coefficient constant pair. Ainsi \(\operatorname{Ker}\psi = (2, X)\) et \(\mathbb{Z}[X]/(2, X) \simeq \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\), qui est un corps. Donc \((2, X)\) est maximal.
- L’évaluation \(\operatorname{ev}_i : \mathbb{R}[X] \to \mathbb{C}\), \(P \mapsto P(i)\), est un morphisme d’anneaux. Il est surjectif, car \(a + b\,i\) est l’image de \(a + b\,X\).
Pour le noyau, effectuons la division euclidienne \(P = (X^2 + 1)\,Q + a + b\,X\), avec \(a, b\) réels. Comme \(i^2 + 1 = 0\), on obtient \(P(i) = a + b\,i\). Ainsi \(P(i) = 0\) équivaut à \(a = b = 0\), c’est-à-dire à \(X^2 + 1 \mid P\). Le noyau est donc \((X^2 + 1)\).
Par le premier théorème d’isomorphisme, \(\mathbb{R}[X]/(X^2 + 1) \simeq \mathbb{C}\).
Barème : a) 0,5 point pour le morphisme, 0,5 point pour le noyau, 0,5 point pour premier non maximal ; b) 1 point ; c) 0,5 point pour la surjectivité, 0,5 point pour le noyau, 0,5 point pour la conclusion.
Exercice 4 : L’anneau des entiers de Gauss (5 points)
- La conjugaison est multiplicative, donc \(N(z\,w) = z\,w\,\overline{z\,w} = z\,\,\overline{z}\,w\,\,\overline{w} = N(z)\,N(w)\).
Si \(u\,v = 1\), alors \(N(u)\,N(v) = N(1) = 1\), avec \(N(u), N(v)\) entiers naturels. Donc \(N(u) = 1\), soit \(a^2 + b^2 = 1\). Cela donne \(u \in \{1, -1, i, -i\}\). Réciproquement, ces quatre éléments sont inversibles, puisque \(i \times (-i) = 1\). Les inversibles de \(\mathbb{Z}[i]\) sont \(\pm 1\) et \(\pm i\).
- Soit \(z \in \mathbb{Z}[i]\) et \(w \neq 0\). Écrivons \(\dfrac{z}{w} = x + i\,y\) avec \(x, y\) rationnels. On choisit des entiers \(a\) et \(b\) tels que \(|x – a| \leq\, \frac{1}{2}\) et \(|y – b| \leq\, \frac{1}{2}\). On pose ensuite \(q = a + i\,b\) et \(r = z – q\,w\).
D’une part, \(r \in \mathbb{Z}[i]\), car \(z\) et \(q\,w\) y sont. D’autre part, \(N(r) = |w|^2 | \dfrac{z}{w} – q |^2 \leq\, N(w) ( \dfrac{1}{4} + \dfrac{1}{4} ) = \dfrac{N(w)}{2}\). Donc \(N(r) < N(w)\). Ainsi \(\mathbb{Z}[i]\) est euclidien pour \(N\).
- On a \(5 = (2 + i)(2 – i)\) et \(13 = (3 + 2i)(3 – 2i)\).
Montrons que \(2 + i\) est irréductible. Si \(2 + i = u\,v\), alors \(N(u)\,N(v) = 5\). Comme 5 est premier, \(N(u) = 1\) ou \(N(v) = 1\), donc \(u\) ou \(v\) est inversible. Le même argument s’applique à \(2 – i\) (norme 5) et à \(3 \pm 2i\) (norme 13, premier). Les facteurs ne sont pas inversibles, car leur norme diffère de 1.
Donc \(5 = (2 + i)(2 – i)\) et \(13 = (3 + 2i)(3 – 2i)\) sont des décompositions en irréductibles. En particulier, 5 et 13 ne sont pas irréductibles dans \(\mathbb{Z}[i]\).
- On a \(N(3) = 9\). Supposons \(3 = u\,v\) avec \(u\) et \(v\) non inversibles. Alors \(N(u)\,N(v) = 9\) et \(N(u) \neq 1\), \(N(v) \neq 1\). Donc \(N(u) = 3\), soit \(a^2 + b^2 = 3\).
Or un carré est congru à 0 ou 1 modulo 4. Une somme de deux carrés est donc congrue à 0, 1 ou 2 modulo 4, jamais à 3. C’est absurde. Donc 3 est irréductible dans \(\mathbb{Z}[i]\).
Barème : a) 0,5 point pour la multiplicativité, 0,5 point pour les inversibles ; b) 0,5 point pour le choix de q, 1 point pour la majoration de N(r) ; c) 0,5 point pour les décompositions, 1 point pour les justifications par la norme ; d) 1 point.
Erreur fréquente : conclure que 5 est irréductible dans \(\mathbb{Z}[i]\) parce qu’il est premier dans \(\mathbb{Z}\).
Exercice 5 : Problème : irréductibilité de polynômes à coefficients entiers (5 points)
- Critère d’Eisenstein. Soit \(P = a_n X^n + \cdots + a_1 X + a_0 \in \mathbb{Z}[X]\), avec \(n \geq\, 1\). On suppose qu’il existe un nombre premier \(p\) tel que \(p\) ne divise pas \(a_n\), \(p\) divise \(a_0, \ldots, a_{n-1}\) et \(p^2\) ne divise pas \(a_0\). Alors \(P\) est irréductible dans \(\mathbb{Q}[X]\).
Pour \(X^5 – 6X + 3\), on prend \(p = 3\). En effet, 3 ne divise pas 1, 3 divise \(0\), \(-6\) et \(3\), et 9 ne divise pas 3. Donc \(X^5 – 6X + 3\) est irréductible dans \(\mathbb{Q}[X]\).
- On a \((X – 1)\,\Phi = X^5 – 1\). En remplaçant \(X\) par \(X + 1\), on obtient \(X\,\Phi(X + 1) = (X + 1)^5 – 1\). La formule du binôme donne alors :
\[\Phi(X + 1) = X^4 + 5X^3 + 10X^2 + 10X + 5.\]Le critère d’Eisenstein s’applique avec \(p = 5\) : 5 divise 5, 10, 10 et 5, ne divise pas 1, et 25 ne divise pas 5. Donc \(\Phi(X + 1)\) est irréductible.
Si l’on avait \(\Phi = A\,B\) avec \(A\) et \(B\) non constants, alors \(\Phi(X + 1) = A(X + 1)\,B(X + 1)\) serait une factorisation en facteurs non constants. Donc \(\Phi\) est irréductible dans \(\mathbb{Q}[X]\).
- Le polynôme \(X^3 + X + 1\) est de degré 3. S’il était réductible, il aurait un facteur de degré 1, donc une racine dans \(\mathbb{F}_2\). Or il prend la valeur 1 en 0, et \(1 + 1 + 1 = 1\) en 1. Il n’a pas de racine, donc il est irréductible dans \(\mathbb{F}_2[X]\).
- Modulo 2, on a \(-4 \equiv 0\), \(7 \equiv 1\) et \(9 \equiv 1\). Donc \(\,\overline{S} = X^3 + X + 1\), irréductible d’après c).
Supposons \(S = A\,B\) dans \(\mathbb{Q}[X]\), avec \(A\) et \(B\) non constants. Quitte à diviser \(A\) par son coefficient dominant et à multiplier \(B\) par ce même coefficient, on peut supposer \(A\) et \(B\) unitaires. Le lemme de Gauss donne alors \(A, B \in \mathbb{Z}[X]\).
Réduisons modulo 2 : \(\,\overline{S} = \,\overline{A}\,\,\overline{B}\). Comme \(A\) et \(B\) sont unitaires, \(\,\overline{A}\) et \(\,\overline{B}\) gardent leurs degrés, qui sont au moins 1. Cela contredit l’irréductibilité de \(\,\overline{S}\). Donc \(S\) est irréductible dans \(\mathbb{Q}[X]\).
Barème : a) 0,5 point pour l’énoncé, 0,5 point pour l’application ; b) 0,5 point pour le calcul de Φ(X+1), 0,5 point pour Eisenstein, 0,5 point pour le retour à Φ ; c) 1 point ; d) 0,5 point pour la réduction, 1 point pour l’argument (unitaires, lemme de Gauss, degrés conservés).
Revenir à l’énoncé du contrôle
Après le corrigé du contrôle : anneaux, idéaux et polynômes irréductibles
Pour consolider ce que le corrigé vous a appris, relisez le cours « Anneaux et idéaux » en L3 puis entraînez-vous avec les exercices corrigés anneaux et idéaux.
Retrouvez tous les contrôles de maths de L3 classés par chapitre, ou choisissez un autre niveau sur la page contrôles de maths du CP au post-bac.




























