Voici le corrigé du contrôle de maths spé sur le thème : espaces probabilisés et variables discrètes.
Ce corrigé détaille le devoir sur les espaces probabilisés et les variables discrètes avec la rigueur attendue en MP. La démonstration de la continuité croissante y est rédigée en entier à partir de la sigma-additivité.
Pour le pile ou face infini, vous verrez comment passer d’une phrase à une écriture ensembliste, puis conclure par continuité décroissante et sous-additivité. La loi du minimum de deux géométriques passe par les probabilités de queue, illustrées par un diagramme. Le problème montre qu’un découpage d’une loi de Poisson produit deux variables indépendantes. Un barème précis accompagne chaque exercice.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths spé : espaces probabilisés et variables discrètes.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Question de cours : dénombrabilité et continuité monotone | 3 points |
| Exercice 2 : Pile ou face infini | 4 points |
| Exercice 3 : Loi géométrique, absence de mémoire et minimum | 5 points |
| Exercice 4 : Problème : lois de Poisson et clients d’un magasin | 8 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Question de cours : dénombrabilité et continuité monotone (3 points)
- Un ensemble \(E\) est dénombrable s’il est en bijection avec \(\mathbb{N}\).
Surjectivité. Soit \(m \in \mathbb{N}^*\). Notons \(p\) le plus grand entier tel que \(2^p\) divise \(m\) (il existe car \(2^p \leq\, m\) borne \(p\)). Alors \(\dfrac{m}{2^p}\) est un entier impair, de la forme \(2q + 1\) avec \(q \in \mathbb{N}\), et \(m = \varphi(p, q)\).
Injectivité. Si \(2^p(2q + 1) = 2^{p^{\prime}}(2q^{\prime} + 1)\) avec, par exemple, \(p \leq\, p^{\prime}\), alors \(2q + 1 = 2^{p^{\prime} – p}(2q^{\prime} + 1)\). Le membre de gauche est impair, donc \(p^{\prime} = p\), puis \(q = q^{\prime}\).
Ainsi \(\varphi\) est bijective et \((p, q) \mapsto \varphi(p, q) – 1\) est une bijection de \(\mathbb{N}^2\) sur \(\mathbb{N}\) : \(\mathbb{N}^2\) est dénombrable.
- \(\mathbb{Z}\) est dénombrable (par exemple \(n \mapsto 2n\) pour \(n \geq\, 0\) et \(n \mapsto -2n – 1\) pour \(n < 0\) est une bijection de \(\mathbb{Z}\) sur \(\mathbb{N}\)) et \(\mathbb{N}^*\) aussi, donc \(\mathbb{Z} \times \mathbb{N}^*\) est dénombrable. L’application \((a, b) \mapsto \dfrac{a}{b}\) de \(\mathbb{Z} \times \mathbb{N}^*\) dans \(\mathbb{Q}\) est surjective, donc \(\mathbb{Q}\) est fini ou dénombrable. Comme \(\mathbb{Q}\) contient \(\mathbb{N}\), il est infini : \(\mathbb{Q}\) est dénombrable.
- Théorème de continuité croissante : si \((A_n)\) est une suite croissante d’événements, alors \(P(\bigcup_{n \in \mathbb{N}} A_n) = \lim_{n \to +\infty} P(A_n)\).
Démonstration. Posons \(B_0 = A_0\) et \(B_n = A_n \setminus A_{n-1}\) pour \(n \geq\, 1\). Ce sont des événements deux à deux incompatibles : si \(k < n\), \(B_k \subset A_k \subset A_{n-1}\) et \(B_n \cap A_{n-1} = \varnothing\). Par récurrence, \(\bigcup_{k=0}^{n} B_k = A_n\) (la suite est croissante), donc \(\bigcup_{n} B_n = \bigcup_{n} A_n\). Par \(\sigma\)-additivité :
\[P(\bigcup_{n} A_n) = \sum_{k=0}^{+\infty} P(B_k) = \lim_{n \to +\infty} \sum_{k=0}^{n} P(B_k) = \lim_{n \to +\infty} P(A_n),\]
la dernière égalité venant de l’additivité finie appliquée à \(A_n = B_0 \cup \cdots \cup B_n\).
Barème : a) 0,5 point pour la bijectivité de \(\varphi\), 0,5 point pour la définition et la conclusion ; b) 0,5 point ; c) 0,5 point pour l’énoncé, 0,5 point pour la construction des \(B_n\), 0,5 point pour la \(\sigma\)-additivité.
Exercice 2 : Pile ou face infini (4 points)
- Posons \(A_n = F_1 \cap F_2 \cap \cdots \cap F_n\) (aucun pile lors des \(n\) premiers lancers). La suite \((A_n)\) est décroissante et, par indépendance des lancers, \(P(A_n) = (1 – p)^n\). L’événement « on n’obtient jamais pile » est \(A = \bigcap_{n \geq\, 1} A_n\). Par continuité décroissante, \(P(A) = \lim (1 – p)^n = 0\) car \(0 < 1 – p < 1\). L’événement « jamais pile » est négligeable.
- « On obtient pile une infinité de fois » signifie : pour tout rang \(n\), il existe \(k \geq\, n\) tel que le \(k\)-ième lancer donne pile. C’est l’événement
\[I = \bigcap_{n \geq\, 1} \bigcup_{k \geq\, n} P_k, \quad \text{de contraire} \quad \overline{I} = \bigcup_{n \geq\, 1} \bigcap_{k \geq\, n} F_k.\]
Pour \(n\) fixé, les événements \(C_{n,m} = F_n \cap \cdots \cap F_{n+m}\) forment une suite décroissante en \(m\), de probabilité \((1 – p)^{m+1}\). Par continuité décroissante, \(P(\bigcap_{k \geq\, n} F_k) = 0\). Par sous-additivité (union dénombrable), \(P(\overline{I}) \leq\, \sum_{n \geq\, 1} 0 = 0\). Donc \(P(I) = 1\) : on obtient presque sûrement une infinité de piles. - Pour \(k \in \mathbb{N}^*\), \((T = k) = F_1 \cap \cdots \cap F_{k-1} \cap P_k\), donc par indépendance \(P(T = k) = (1 – p)^{k-1}p\) : \(T\) suit la loi géométrique \(\mathcal{G}(p)\). On vérifie :
\[\sum_{k=1}^{+\infty} (1 – p)^{k-1}p = p \times \dfrac{1}{1 – (1 – p)} = 1,\]
ce qui confirme que \(T\) est presque sûrement fini, en accord avec a).
Barème : a) 0,5 point pour la suite décroissante et sa probabilité, 0,5 point pour la continuité décroissante ; b) 0,5 point pour l’écriture ensembliste, 0,5 point pour la probabilité nulle de chaque intersection, 0,5 point pour la sous-additivité ; c) 1 point pour la loi, 0,5 point pour la vérification.
Exercice 3 : Loi géométrique, absence de mémoire et minimum (5 points)
- Pour \(n \in \mathbb{N}\), par \(\sigma\)-additivité :
\[P(X > n) = \sum_{k=n+1}^{+\infty} p(1 – p)^{k-1} = p(1 – p)^n \times \dfrac{1}{1 – (1 – p)} = (1 – p)^n.\]
\(P(X > n) = (1 – p)^n\). - Comme \((X > n + k) \subset (X > n)\) et \(P(X > n) > 0\) :
\[P(X > n + k \mid X > n) = \dfrac{P(X > n + k)}{P(X > n)} = \dfrac{(1 – p)^{n+k}}{(1 – p)^n} = (1 – p)^k = P(X > k).\]
La loi géométrique est sans mémoire. - Posons \(r = P(W > 1) > 0\) et \(v_n = P(W > n)\). Comme \(W \geq\, 1\), \(v_0 = 1\). L’hypothèse avec \(k = 1\) donne \(v_{n+1} = v_n\,r\) (car \((W > n + 1) \subset (W > n)\)), donc \(v_n = r^n\).
Si l’on avait \(r = 1\), on aurait \(P(W > n) = 1\) pour tout \(n\). Or la suite \((W > n)\) est décroissante d’intersection vide (\(W\) prend des valeurs finies), donc \(P(W > n) \to 0\) par continuité décroissante : contradiction. Ainsi \(r \in \,]0, 1[\).
Pour \(n \geq\, 1\), \(P(W = n) = P(W > n – 1) – P(W > n) = r^{n-1}(1 – r)\). \(W\) suit la loi géométrique de paramètre \(1 – r = P(W = 1)\).
- \(Z\) est à valeurs dans \(\mathbb{N}^*\) et \((Z > n) = (X > n) \cap (Y > n)\). Par indépendance de \(X\) et \(Y\) :
\[P(Z > n) = P(X > n)\,P(Y > n) = \big((1 – p)(1 – q)\big)^n = s^n, \quad s = (1 – p)(1 – q).\]
Pour \(n \geq\, 1\), \(P(Z = n) = s^{n-1} – s^n = s^{n-1}(1 – s)\) avec \(1 – s = p + q – pq \in \,]0, 1[\). \(Z\) suit la loi géométrique \(\mathcal{G}(p + q – pq)\).Illustration avec \(p = \frac{1}{3}\) et \(q = \frac{1}{4}\) : \(p + q – pq = \frac{4 + 3 – 1}{12} = \frac{1}{2}\), et le minimum est plus concentré sur les petites valeurs que \(X\) et \(Y\).
Erreur fréquente : écrire \(P(Z = n) = P(X = n)P(Y = n)\). L’événement \((Z = n)\) n’est pas \((X = n) \cap (Y = n)\) ; il faut passer par \(P(Z > n)\).
Barème : a) 0,5 point pour la somme, 0,5 point pour le résultat ; b) 0,5 point pour l’inclusion, 0,5 point pour le calcul ; c) 0,5 point pour \(v_n = r^n\), 0,5 point pour \(r < 1\), 0,5 point pour la loi ; d) 0,5 point pour l’indépendance, 0,5 point pour \(P(Z > n)\), 0,5 point pour la loi.
Exercice 4 : Problème : lois de Poisson et clients d’un magasin (8 points)
Partie A.
- \(X + Y\) est à valeurs dans \(\mathbb{N}\). Pour \(n \in \mathbb{N}\), \((X + Y = n)\) est la réunion disjointe des \((X = k) \cap (Y = n – k)\), \(0 \leq\, k \leq\, n\). Par indépendance :
\[P(X + Y = n) = \sum_{k=0}^{n} e^{-\lambda}\dfrac{\lambda^k}{k!}\,e^{-\mu}\dfrac{\mu^{n-k}}{(n-k)!} = \dfrac{e^{-(\lambda + \mu)}}{n!}\sum_{k=0}^{n}\binom\,{n}{k}\lambda^k \mu^{n-k} = e^{-(\lambda + \mu)}\dfrac{(\lambda + \mu)^n}{n!},\]
par la formule du binôme. \(X + Y\) suit la loi \(\mathcal{P}(\lambda + \mu)\). - \(P(X + Y = n) > 0\). Pour \(0 \leq\, k \leq\, n\) :
\[P(X = k \mid X + Y = n) = \dfrac{P(X = k)\,P(Y = n – k)}{P(X + Y = n)} = \dfrac{n!}{k!\,(n-k)!}\,\dfrac{\lambda^k \mu^{n-k}}{(\lambda + \mu)^n} = \binom\,{n}{k}(\dfrac{\lambda}{\lambda + \mu})^k (\dfrac{\mu}{\lambda + \mu})^{n-k},\]
et cette probabilité est nulle pour \(k > n\). Sachant \((X + Y = n)\), \(X\) suit la loi binomiale \(\mathcal{B}(n, \frac{\lambda}{\lambda + \mu})\).
Partie B.
- Par la formule des probabilités composées, pour \(n \in \mathbb{N}\) et \(0 \leq\, k \leq\, n\) :
\[P(N = n, S = k) = P(N = n)\,P(S = k \mid N = n) = e^{-\lambda}\dfrac{\lambda^n}{n!}\binom\,{n}{k}p^k(1 – p)^{n-k},\]
et \(P(N = n, S = k) = 0\) si \(k > n\), puisque \(S \leq\, N\). - La famille \((N = n)_{n \in \mathbb{N}}\) est un système complet d’événements. Pour \(k \in \mathbb{N}\), par la formule des probabilités totales :
\[P(S = k) = \sum_{n=k}^{+\infty} e^{-\lambda}\dfrac{\lambda^n}{k!\,(n-k)!}p^k(1 – p)^{n-k} = e^{-\lambda}\dfrac{(\lambda p)^k}{k!}\sum_{j=0}^{+\infty}\dfrac{\big(\lambda(1 – p)\big)^j}{j!} = e^{-\lambda}\dfrac{(\lambda p)^k}{k!}\,e^{\lambda(1 – p)}.\]
Donc \(P(S = k) = e^{-\lambda p}\dfrac{(\lambda p)^k}{k!}\) : \(S\) suit la loi \(\mathcal{P}(\lambda p)\). - Pour \((k, j) \in \mathbb{N}^2\), \((S = k, R = j) = (N = k + j, S = k)\), donc
\[P(S = k, R = j) = e^{-\lambda}\dfrac{\lambda^{k+j}}{k!\,j!}p^k(1 – p)^j = e^{-\lambda p}\dfrac{(\lambda p)^k}{k!} \times e^{-\lambda(1 – p)}\dfrac{\big(\lambda(1 – p)\big)^j}{j!}.\]
En sommant sur \(k \in \mathbb{N}\), on obtient \(P(R = j) = e^{-\lambda(1 – p)}\dfrac{\big(\lambda(1 – p)\big)^j}{j!}\) : \(R\) suit la loi \(\mathcal{P}(\lambda(1 – p))\). L’égalité ci-dessus s’écrit alors \(P(S = k, R = j) = P(S = k)\,P(R = j)\) pour tous \(k, j\) : \(S\) et \(R\) sont indépendantes. - Pour \(j \in \mathbb{N}\), \(P(S = k) > 0\) et, par e) :
\[P(N = k + j \mid S = k) = \dfrac{P(S = k, R = j)}{P(S = k)} = P(R = j) = e^{-\lambda(1 – p)}\dfrac{\big(\lambda(1 – p)\big)^j}{j!}.\]
Sachant \((S = k)\), \(N – k\) suit la loi \(\mathcal{P}(\lambda(1 – p))\). Connaître le nombre d’acheteurs n’apporte aucune information sur le nombre de clients qui n’ont rien acheté : c’est la traduction de l’indépendance de \(S\) et \(R\), propriété remarquable du « découpage » d’une loi de Poisson.
Erreur fréquente : oublier que la somme donnant \(P(S = k)\) commence à \(n = k\), ce qui fausse le changement d’indice \(j = n – k\).
Barème : a) 0,5 point pour la décomposition, 0,5 point pour l’indépendance, 0,5 point pour le binôme ; b) 1 point pour le calcul, 0,5 point pour la loi binomiale ; c) 0,5 point pour la formule, 0,5 point pour le cas \(k > n\) ; d) 0,5 point pour les probabilités totales, 0,5 point pour le changement d’indice, 0,5 point pour la loi ; e) 0,5 point pour la loi du couple, 0,5 point pour la loi de \(R\), 0,5 point pour l’indépendance ; f) 0,5 point pour le calcul, 0,5 point pour le commentaire.
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