Voici le corrigé du contrôle de maths de L1 sur le thème : formules de Taylor et développements limités.
Cette correction rédige chaque question comme on l’attend d’un étudiant de L1. La démonstration de l’unicité repose sur le plus petit indice où deux développements diffèrent ; la majoration du sinus cite précisément l’inégalité de Taylor-Lagrange et sa constante.
Pour les calculs, vous trouverez l’ordre choisi pour chaque facteur, la composition avec le logarithme et l’exponentielle, puis l’usage des DL pour obtenir une limite et un équivalent. Deux figures montrent le point d’inflexion de l’exercice 4 et l’asymptote oblique du problème. Le barème détaillé termine chaque exercice.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths l1 : formules de taylor et développements limités.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Question de cours : unicité du développement limité | 3 points |
| Exercice 2 : Inégalité de Taylor-Lagrange pour le sinus | 4 points |
| Exercice 3 : Développements limités, limites et équivalents | 5 points |
| Exercice 4 : Position d’une courbe par rapport à sa tangente | 3 points |
| Exercice 5 : Problème : asymptote oblique d’une fonction | 5 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Question de cours : unicité du développement limité (3 points)
- On dit que \(f\) admet un développement limité à l’ordre \(n\) en \(0\) s’il existe des réels \(a_0, a_1, \ldots, a_n\) tels que, au voisinage de \(0\), \[f(x) = a_0 + a_1 x + \cdots + a_n x^n + o(x^n),\] c’est-à-dire qu’il existe une fonction \(\varepsilon\) définie au voisinage de \(0\), de limite nulle en \(0\), telle que \(f(x) = \displaystyle\sum_{k=0}^{n} a_k x^k + x^n \varepsilon(x)\). Le polynôme \(\displaystyle\sum_{k=0}^{n} a_k X^k\) est la partie régulière du développement.
- Supposons que \(\displaystyle\sum_{k=0}^{n} a_k x^k + o(x^n) = \sum_{k=0}^{n} b_k x^k + o(x^n)\). En soustrayant, on obtient \[\sum_{k=0}^{n} (a_k – b_k) x^k = o(x^n).\] Raisonnons par l’absurde et supposons que les deux familles de coefficients ne sont pas égales. Notons alors \(p\) le plus petit indice tel que \(a_p \neq b_p\). On a \(p \leq\, n\) et, pour \(x \neq 0\), en divisant par \(x^p\) : \[(a_p – b_p) + \sum_{k=p+1}^{n} (a_k – b_k) x^{k-p} = o(x^{n-p}).\] Quand \(x\) tend vers \(0\), le membre de gauche tend vers \(a_p – b_p\), car chaque terme de la somme contient une puissance \(x^{k-p}\) avec \(k – p \geq\, 1\). Le membre de droite tend vers \(0\), car \(n – p \geq\, 0\) et un \(o(x^{n-p})\) tend donc vers \(0\). Par unicité de la limite, \(a_p – b_p = 0\), ce qui contredit le choix de \(p\). Donc \(a_k = b_k\) pour tout \(k\) : le développement limité est unique.
Barème : a) 1 point (0,5 pour l’écriture, 0,5 pour la définition précise du petit o) ; b) 2 points : 0,5 pour la soustraction, 0,5 pour le choix du plus petit indice, 1 point pour le passage à la limite correctement justifié.
Exercice 2 : Inégalité de Taylor-Lagrange pour le sinus (4 points)
- Inégalité de Taylor-Lagrange. Soit \(f\) de classe \(\mathcal{C}^{n+1}\) sur un intervalle \(I\), et \(a, x \in I\). Si \(M\) majore \(|f^{(n+1)}|\) sur le segment d’extrémités \(a\) et \(x\), alors \[| f(x) – \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!} (x-a)^k | \leq\, \frac{M\, |x-a|^{n+1}}{(n+1)!}.\]
- La fonction sinus est de classe \(\mathcal{C}^{\infty}\) sur \(\mathbb{R}\). Ses dérivées successives en \(0\) valent \(\sin 0 = 0\), \(\cos 0 = 1\), \(-\sin 0 = 0\), \(-\cos 0 = -1\) et \(\sin 0 = 0\). Le polynôme de Taylor à l’ordre \(4\) en \(0\) est donc \[T_4(x) = x – \frac{x^3}{6},\] car le terme de degré \(4\) est nul. De plus, \(\sin^{(5)} = \cos\), et \(|\cos t| \leq\, 1\) pour tout réel \(t\) : on peut prendre \(M = 1\). L’inégalité de Taylor-Lagrange avec \(n = 4\) et \(a = 0\) donne alors, pour tout réel \(x\), \[| \sin x – x + \frac{x^3}{6} | \leq\, \frac{|x|^5}{5!} = \frac{|x|^5}{120}.\] L’inégalité demandée est démontrée.
- Pour \(x = 0{,}1\), la valeur approchée est \[0{,}1 – \frac{0{,}001}{6} = 0{,}1 – 0{,}000\,166\,6\ldots = 0{,}099\,833\,3\ldots\] L’erreur est majorée par \[\frac{(0{,}1)^5}{120} = \frac{10^{-5}}{120} \approx 8{,}3 \times 10^{-8} < 10^{-7}.\] Ainsi \(\sin(0{,}1) \approx 0{,}099\,833\,3\), à \(10^{-7}\) près.
Erreur fréquente : appliquer la formule à l’ordre \(3\) donne seulement une majoration en \(\dfrac{x^4}{24}\). En remarquant que le terme de degré \(4\) est nul, on gagne un ordre gratuitement.
Barème : a) 1 point (hypothèses 0,5, inégalité 0,5) ; b) 1,5 point : 0,5 pour le polynôme de Taylor, 0,5 pour le choix de \(M = 1\), 0,5 pour la conclusion ; c) 1,5 point : 0,5 pour la valeur approchée, 1 point pour la majoration de l’erreur.
Exercice 3 : Développements limités, limites et équivalents (5 points)
- Chaque facteur est équivalent à une constante ou à \(x\). Comme \(\sin x\) commence par \(x\), il suffit de développer \(e^x\) à l’ordre \(2\) et \(\sin x\) à l’ordre \(3\) : \[e^x = 1 + x + \frac{x^2}{2} + o(x^2), \qquad \sin x = x – \frac{x^3}{6} + o(x^3).\] En développant le produit et en ne gardant que les termes de degré au plus \(3\) : \[e^x \sin x = x + x^2 + \frac{x^3}{2} – \frac{x^3}{6} + o(x^3).\] Donc \(e^x \sin x = x + x^2 + \dfrac{x^3}{3} + o(x^3)\).
- On écrit \(\cos x = 1 + u\) avec \(u = -\dfrac{x^2}{2} + \dfrac{x^4}{24} + o(x^4)\), qui tend vers \(0\). Comme \(u^2 = \dfrac{x^4}{4} + o(x^4)\) et \(u^3 = o(x^4)\), il suffit du développement \(\ln(1+u) = u – \dfrac{u^2}{2} + o(u^2)\). Par composition : \[\ln(\cos x) = -\frac{x^2}{2} + \frac{x^4}{24} – \frac{x^4}{8} + o(x^4).\] Or \(\dfrac{1}{24} – \dfrac{3}{24} = -\dfrac{2}{24} = -\dfrac{1}{12}\). Donc \(\ln(\cos x) = -\dfrac{x^2}{2} – \dfrac{x^4}{12} + o(x^4)\).
- D’après a), le numérateur vaut \(e^x \sin x – x – x^2 = \dfrac{x^3}{3} + o(x^3)\). Par ailleurs, \(x – \sin x = \dfrac{x^3}{6} + o(x^3)\). Ainsi, pour \(x \neq 0\) proche de \(0\) : \[\frac{e^x \sin x – x – x^2}{x – \sin x} = \frac{\frac{1}{3} + o(1)}{\frac{1}{6} + o(1)} \longrightarrow \frac{1/3}{1/6} = 2.\] La limite vaut \(2\).
- Pour \((x > 0)\), \((1+x)^{1/x} = \exp(\dfrac{\ln(1+x)}{x})\). Or \(\ln(1+x) = x – \dfrac{x^2}{2} + o(x^2)\), donc \[\frac{\ln(1+x)}{x} = 1 – \frac{x}{2} + o(x).\] Posons \(v = -\dfrac{x}{2} + o(x)\), qui tend vers \(0\). Alors \((1+x)^{1/x} = e \cdot e^{v} = e\,(1 + v + o(v)) = e – \dfrac{e\,x}{2} + o(x)\). Par conséquent \((1+x)^{1/x} – e \sim -\dfrac{e\,x}{2}\) quand \(x\) tend vers \(0\).
Erreur fréquente : en b), oublier le terme \(-\dfrac{u^2}{2}\) sous prétexte que \(u\) est « petit » : il contribue pourtant à l’ordre \(4\).
Barème : a) 1,5 point : 0,5 pour les ordres choisis, 1 point pour le résultat ; b) 1,5 point : 0,5 pour la composition, 0,5 pour le terme en \(u^2\), 0,5 pour le résultat ; c) 1 point : 0,5 par développement utilisé, résultat compris ; d) 1 point : 0,5 pour l’écriture exponentielle, 0,5 pour l’équivalent.
Exercice 4 : Position d’une courbe par rapport à sa tangente (3 points)
- On a \(e^x = 1 + x + \dfrac{x^2}{2} + \dfrac{x^3}{6} + o(x^3)\) et \(\cos x = 1 – \dfrac{x^2}{2} + o(x^3)\). Le produit, tronqué à l’ordre \(3\), donne : \[f(x) = 1 + x + \frac{x^2}{2} – \frac{x^2}{2} + \frac{x^3}{6} – \frac{x^3}{2} + o(x^3).\] Donc \(f(x) = 1 + x – \dfrac{x^3}{3} + o(x^3)\). On peut le contrôler avec les dérivées : \(f^{\prime\prime}(x) = -2e^x \sin x\) et \(f^{(3)}(0) = -2\), d’où le coefficient \(-\dfrac{2}{6} = -\dfrac{1}{3}\).
- Par unicité du développement limité, \(f(0) = 1\) et \(f^{\prime}(0) = 1\). La tangente \(T\) a pour équation \(y = 1 + x\).
- On a \(f(x) – (1 + x) = -\dfrac{x^3}{3} + o(x^3)\), donc \(f(x) – (1+x) \sim -\dfrac{x^3}{3}\). Deux fonctions équivalentes ont le même signe au voisinage du point. Ainsi \(f(x) – (1+x)\) est positif pour \(x < 0\) proche de \(0\), et négatif pour \((x > 0)\) proche de \(0\). La courbe \(\mathcal{C}\) est au-dessus de \(T\) à gauche de \(0\) et en dessous à droite : elle traverse sa tangente, et le point \((0\,;1)\) est un point d’inflexion.
Barème : a) 1,5 point (1 point pour le calcul, 0,5 pour la troncature correcte) ; b) 0,5 point ; c) 1 point : 0,5 pour le signe via l’équivalent, 0,5 pour la conclusion « point d’inflexion ».
Exercice 5 : Problème : asymptote oblique d’une fonction (5 points)
- Quand \(x\) tend vers \(\pm\infty\), \(u = \dfrac{1}{x}\) tend vers \(0\). Or \(e^u = 1 + u + \dfrac{u^2}{2} + \dfrac{u^3}{6} + o(u^3)\). En remplaçant \(u\) par \(\dfrac{1}{x}\) puis en multipliant par \(x\) : \[g(x) = x(1 + \frac{1}{x} + \frac{1}{2x^2} + \frac{1}{6x^3} + o(\frac{1}{x^3})) = x + 1 + \frac{1}{2x} + \frac{1}{6x^2} + o(\frac{1}{x^2}).\] C’est le développement asymptotique demandé.
- D’après a), \(g(x) – (x + 1) = \dfrac{1}{2x} + o(\dfrac{1}{x})\), qui tend vers \(0\) en \(\pm\infty\). La droite \(\Delta\) d’équation \(y = x + 1\) est asymptote à \(\Gamma\) en \(+\infty\) et en \(-\infty\). De plus, \(g(x) – (x+1) \sim \dfrac{1}{2x}\), qui a le signe de \(x\). Au voisinage de \(+\infty\), \(\Gamma\) est au-dessus de \(\Delta\) ; au voisinage de \(-\infty\), elle est en dessous.
- En \(0^+\) : posons \(t = \dfrac{1}{x}\), qui tend vers \(+\infty\). Alors \(g(x) = \dfrac{e^t}{t}\), qui tend vers \(+\infty\) par croissances comparées. En \(0^-\) : \(\dfrac{1}{x}\) tend vers \(-\infty\), donc \(e^{1/x}\) tend vers \(0\), et \(x\) aussi. Ainsi \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} g(x) = +\infty\) et \(\displaystyle\lim_{x \to 0^-} g(x) = 0\).
- La fonction \(g\) est dérivable sur \(\mathbb{R}^*\) comme produit et composée de fonctions dérivables. Pour \(x \neq 0\) : \[g^{\prime}(x) = e^{1/x} + x \cdot (-\frac{1}{x^2}) e^{1/x} = e^{1/x}\, \frac{x – 1}{x}.\] Le signe de \(g^{\prime}(x)\) est celui de \(\dfrac{x-1}{x}\) : positif sur \(]-\infty\,;0[\), négatif sur \(]0\,;1[\), positif sur \(]1\,;+\infty[\). Par conséquent, \(g\) croît de \(-\infty\) à \(0\) sur \(]-\infty\,;0[\). Elle décroît de \(+\infty\) à \(g(1) = e\) sur \(]0\,;1]\), puis croît de \(e\) à \(+\infty\) sur \([1\,;+\infty[\). Ce tableau est compatible avec b) : en \(\pm\infty\), \(g(x)\) se comporte comme \(x + 1\), donc tend vers \(\pm\infty\) en croissant.
Barème : a) 1,5 point (0,5 pour le changement de variable, 1 point pour le développement) ; b) 1,5 point : 0,5 pour l’équation de \(\Delta\), 1 point pour les deux positions ; c) 1 point : 0,5 par limite ; d) 1 point : 0,5 pour la dérivée, 0,5 pour le tableau et la cohérence.
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