Ce cours sur les nombres complexes L1 construit d’abord le corps C à partir du plan réel, puis démontre une à une les propriétés du conjugué et du module, dont l’inégalité triangulaire. Il installe ensuite l’exponentielle complexe, la forme trigonométrique et l’argument, avec les formules d’Euler et de Moivre.
Ce chapitre se place au premier semestre, juste après le langage des ensembles et des applications. Vous y apprendrez à linéariser, à factoriser des sommes trigonométriques, à calculer des racines carrées et à résoudre toute équation du second degré. Les racines n-ièmes de l’unité et l’interprétation géométrique des translations, rotations et homothéties complètent l’ensemble.
Ces outils reviennent partout ensuite : factorisation des polynômes, équations différentielles linéaires, réduction des matrices et séries de Fourier. Ainsi, une bonne maîtrise des complexes dès maintenant fait gagner beaucoup de temps.
Pour vous entraîner ensuite, travaillez les exercices de maths en L1 sur nombres complexes.
I. Construction du corps des nombres complexes
L’équation \(x^2 + 1 = 0\) n’a pas de solution réelle. En effet, un carré réel est toujours positif. On construit donc un ensemble plus grand que \(\mathbb{R}\), dans lequel cette équation a des solutions. Ce nouvel ensemble n’est pas une invention mystérieuse : c’est le plan \(\mathbb{R}^2\), muni de lois bien choisies.
1. Le plan muni de deux lois
On note \(\mathbb{C}\) l’ensemble \(\mathbb{R}^2\) muni des deux lois suivantes. Pour \((a, b)\) et \((c, d)\) dans \(\mathbb{R}^2\) :
\[(a, b) + (c, d) = (a + c,\, b + d), \qquad (a, b) \times (c, d) = (ac – bd,\, ad + bc).\]
Les éléments de \(\mathbb{C}\) s’appellent les nombres complexes.
L’addition est celle des vecteurs du plan. La multiplication, en revanche, est nouvelle. Ensuite, on identifie le réel \(a\) au couple \((a, 0)\). Cette identification est légitime, car \((a, 0) + (c, 0) = (a + c, 0)\) et \((a, 0) \times (c, 0) = (ac, 0)\). Autrement dit, les lois de \(\mathbb{C}\) prolongent celles de \(\mathbb{R}\).
\((\mathbb{C}, +, \times )\) est un corps commutatif. Son zéro est \((0, 0)\) et son unité est \((1, 0)\). De plus, le nombre \(i = (0, 1)\) vérifie \(i^2 = -1\), et tout complexe s’écrit de façon unique \(z = a + ib\) avec \(a, b\) réels.
L’associativité et la commutativité se vérifient par un calcul direct sur les couples. Par exemple, \((c, d) \times (a, b) = (ca – db,\, cb + da)\), qui est bien égal à \((a, b) \times (c, d)\). Montrons surtout l’existence d’un inverse. Soit \((a, b) \neq (0, 0)\) ; alors \(a^2 + b^2 > 0\). Posons \((\frac{a}{a^2 + b^2}, \frac{-b}{a^2 + b^2})\). Le produit avec \((a, b)\) vaut
\[(\frac{a^2 + b^2}{a^2 + b^2},\, \frac{-ab + ba}{a^2 + b^2}) = (1, 0).\]
Ensuite, \(i^2 = (0, 1) \times (0, 1) = (0 – 1,\, 0 + 0) = (-1, 0) = -1\). Enfin, \((a, b) = (a, 0) + (b, 0) \times (0, 1) = a + ib\), et l’unicité découle de l’égalité des couples.
Si \(z = a + ib\) avec \(a, b \in \mathbb{R}\), le réel \(a\) est la partie réelle de \(z\), notée \(\mathrm{Re}(z)\), et le réel \(b\) est sa partie imaginaire, notée \(\mathrm{Im}(z)\). L’écriture \(a + ib\) est la forme algébrique de \(z\). Un complexe de partie réelle nulle est dit imaginaire pur.
Il n’existe aucune relation d’ordre sur \(\mathbb{C}\) compatible avec ses lois. Si un tel ordre existait, tout carré serait positif. On aurait alors \(1 = 1^2 \geq\, 0\) et \(-1 = i^2 \geq\, 0\), donc \(0 = 1 + (-1) \geq\, 1\), ce qui est absurde. Ainsi, une inégalité entre complexes n’a pas de sens : on compare seulement des modules ou des parties réelles.
2. Le conjugué
Le conjugué de \(z = a + ib\) est \(\overline{z} = a – ib\). Géométriquement, le point d’affixe \(\overline{z}\) est le symétrique du point d’affixe \(z\) par rapport à l’axe des réels.
Pour tous \(z, w \in \mathbb{C}\) :
\[\overline{z + w} = \overline{z} + \overline{w}, \quad \overline{zw} = \overline{z}\,\overline{w}, \quad \overline{\overline{z}} = z, \quad \mathrm{Re}(z) = \frac{z + \overline{z}}{2}, \quad \mathrm{Im}(z) = \frac{z – \overline{z}}{2i}.\]
De plus, \(z\) est réel si et seulement si \(\overline{z} = z\), et imaginaire pur si et seulement si \(\overline{z} = -z\). Enfin, si \(w \neq 0\), \(\overline{z / w} = \overline{z} / \overline{w}\).
Montrons la formule du produit. Posons \(z = a + ib\) et \(w = c + id\). D’une part, \(zw = (ac – bd) + i(ad + bc)\), donc \(\overline{zw} = (ac – bd) – i(ad + bc)\). D’autre part, \(\overline{z}\,\overline{w} = (a – ib)(c – id) = (ac – bd) – i(ad + bc)\). Les deux expressions coïncident. Les autres formules se prouvent de la même façon.
Pour mettre un quotient sous forme algébrique, on multiplie par le conjugué du dénominateur. Par exemple :
\[\frac{1 + 2i}{3 – 4i} = \frac{(1 + 2i)(3 + 4i)}{(3 – 4i)(3 + 4i)} = \frac{-5 + 10i}{25} = -\frac{1}{5} + \frac{2}{5}i.\]
II. Module et inégalité triangulaire
1. Module d’un nombre complexe
Le module de \(z = a + ib\) est le réel positif \(|z| = \sqrt{a^2 + b^2}\). C’est la distance de l’origine \(O\) au point \(M\) d’affixe \(z\). Plus généralement, \(|z – w|\) est la distance entre les points d’affixes \(z\) et \(w\).
Comme le montre la figure ci-dessous, la partie réelle et la partie imaginaire sont les coordonnées du point \(M\). Le module est la longueur du vecteur \(\vec{OM}\), et le conjugué correspond au symétrique de \(M\).
Pour tous \(z, w \in \mathbb{C}\) : \(|z|^2 = z\overline{z}\), \(|\overline{z}| = |z|\), \(|zw| = |z|\,|w|\), et \(|z| = 0 \Leftrightarrow z = 0\). De plus, \(|\mathrm{Re}(z)| \leq\, |z|\) et \(|\mathrm{Im}(z)| \leq\, |z|\). Enfin, si \(z \neq 0\), alors \(\dfrac{1}{z} = \dfrac{\overline{z}}{|z|^2}\).
D’abord, \(z\overline{z} = (a + ib)(a – ib) = a^2 + b^2 = |z|^2\). Ensuite, grâce à la propriété du conjugué d’un produit, \(|zw|^2 = zw\,\overline{zw} = z\overline{z}\,w\overline{w} = |z|^2|w|^2\). Les deux membres sont positifs, donc \(|zw| = |z|\,|w|\). Par ailleurs, \(a^2 \leq\, a^2 + b^2\), d’où \(|a| \leq\, |z|\). Enfin, \(z \cdot \overline{z} / |z|^2 = 1\) donne l’inverse.
2. L’inégalité triangulaire
Pour tous \(z, w \in \mathbb{C}\), \(|z + w| \leq\, |z| + |w|\). Il y a égalité si et seulement si \(w = 0\) ou s’il existe un réel \(\lambda \geq\, 0\) tel que \(z = \lambda w\).
On développe le carré du module :
\[|z + w|^2 = (z + w)(\overline{z} + \overline{w}) = |z|^2 + |w|^2 + 2\,\mathrm{Re}(z\overline{w}).\]
Or \(\mathrm{Re}(z\overline{w}) \leq\, |z\overline{w}| = |z|\,|w|\). Par conséquent, \(|z + w|^2 \leq\, (|z| + |w|)^2\), et l’inégalité suit puisque les deux nombres sont positifs. Il y a égalité si et seulement si \(\mathrm{Re}(z\overline{w}) = |z\overline{w}|\), c’est-à-dire si \(z\overline{w}\) est un réel positif. Si \(w \neq 0\), cela signifie que \(z = \frac{z\overline{w}}{|w|^2}\, w\) avec \(\lambda = \frac{z\overline{w}}{|w|^2} \geq\, 0\). La réciproque est immédiate.
Le nom de ce résultat vient de la géométrie. Comme le montre la figure ci-dessous, \(|z|\), \(|w|\) et \(|z + w|\) sont les longueurs des côtés d’un triangle. Ainsi, la longueur d’un côté ne dépasse jamais la somme des deux autres.
Pour tous \(z, w \in \mathbb{C}\), \(\big||z| – |w|\big| \leq\, |z – w|\). De plus, pour \(z_1, \ldots, z_n\) complexes, \(|\sum_{k=1}^{n} z_k| \leq\, \sum_{k=1}^{n} |z_k|\).
Soit \(z\) tel que \(|z| \leq\, 1\). Alors \(|z^2 + 3z – 5| \geq\, 5 – |z|^2 – 3|z| \geq\, 5 – 1 – 3 = 1\). En particulier, le polynôme \(z^2 + 3z – 5\) ne s’annule pas dans le disque unité fermé.
III. Trigonométrie et exponentielle complexe
1. Les formules de trigonométrie
Le cercle trigonométrique définit \(\cos\theta\) et \(\sin\theta\) comme les coordonnées d’un point du cercle de centre \(O\) et de rayon \(1\). On rappelle ici les formules à connaître parfaitement. En effet, toutes les autres s’en déduisent.
Pour tous réels \(a\) et \(b\) :
\[\cos(a + b) = \cos a \cos b – \sin a \sin b, \qquad \sin(a + b) = \sin a \cos b + \cos a \sin b.\]
On en déduit \(\cos 2a = \cos^2 a – \sin^2 a = 2\cos^2 a – 1 = 1 – 2\sin^2 a\) et \(\sin 2a = 2 \sin a \cos a\). De plus, lorsque les tangentes sont définies, \(\tan(a + b) = \dfrac{\tan a + \tan b}{1 – \tan a \tan b}\).
2. L’exponentielle d’un imaginaire pur
Pour \(\theta \in \mathbb{R}\), on pose \(e^{i\theta} = \cos\theta + i\sin\theta\). On note \(\mathbb{U}\) l’ensemble des complexes de module \(1\).
Comme le montre la figure ci-dessous, le point d’affixe \(e^{i\theta}\) parcourt le cercle unité. Son conjugué \(e^{-i\theta}\) est le point symétrique par rapport à l’axe des réels.
L’application \(\theta \mapsto e^{i\theta}\) est surjective de \(\mathbb{R}\) sur \(\mathbb{U}\), et pour tous réels \(a, b\) :
\[e^{i(a + b)} = e^{ia}\, e^{ib}, \qquad \overline{e^{ia}} = e^{-ia} = \frac{1}{e^{ia}}, \qquad e^{ia} = e^{ib} \Leftrightarrow a – b \in 2\pi\mathbb{Z}.\]
On développe le produit :
\[e^{ia}e^{ib} = (\cos a \cos b – \sin a \sin b) + i(\sin a \cos b + \cos a \sin b).\]
D’après les formules d’addition, c’est exactement \(\cos(a + b) + i\sin(a + b)\). Ensuite, soit \(u = x + iy\) de module \(1\). Alors \(x^2 + y^2 = 1\), donc il existe \(\theta\) tel que \(x = \cos\theta\) et \(y = \sin\theta\) : c’est la définition du cosinus et du sinus par le cercle. Enfin, \(e^{ia} = e^{ib}\) équivaut à \(e^{i(a – b)} = 1\), soit \(\cos(a – b) = 1\) et \(\sin(a – b) = 0\), c’est-à-dire \(a – b \in 2\pi\mathbb{Z}\).
Formules d’Euler : pour tout réel \(\theta\), \(\cos\theta = \dfrac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2}\) et \(\sin\theta = \dfrac{e^{i\theta} – e^{-i\theta}}{2i}\).
Formule de Moivre : pour tout réel \(\theta\) et tout entier \(n \in \mathbb{Z}\), \((\cos\theta + i\sin\theta)^n = \cos(n\theta) + i\sin(n\theta)\).
Les formules d’Euler découlent des expressions de la partie réelle et de la partie imaginaire. La formule de Moivre, quant à elle, s’obtient par récurrence sur \(n \geq\, 0\) à partir de \(e^{i(a + b)} = e^{ia}e^{ib}\). Pour \(n < 0\), on utilise ensuite \(e^{-i\theta} = 1 / e^{i\theta}\).
3. Forme trigonométrique et argument
Tout complexe non nul \(z\) s’écrit \(z = r e^{i\theta}\) avec \(r = |z| > 0\) et \(\theta \in \mathbb{R}\). Le réel \(\theta\) est unique modulo \(2\pi\) : on l’appelle un argument de \(z\), noté \(\arg z\). L’unique argument situé dans \(]-\pi, \pi]\) est l’argument principal.
Le complexe \(z / |z|\) est de module \(1\). D’après le théorème précédent, il existe donc \(\theta\) tel que \(z / |z| = e^{i\theta}\). Si \(r e^{i\theta} = r^{\prime} e^{i\theta^{\prime}}\), en prenant les modules on obtient \(r = r^{\prime}\). Ensuite, \(e^{i\theta} = e^{i\theta^{\prime}}\), donc \(\theta – \theta^{\prime} \in 2\pi\mathbb{Z}\).
Pour \(z, w\) non nuls et \(n \in \mathbb{Z}\), modulo \(2\pi\) : \(\arg(zw) \equiv \arg z + \arg w\), \(\arg(z / w) \equiv \arg z – \arg w\), \(\arg \overline{z} \equiv -\arg z\) et \(\arg(z^n) \equiv n \arg z\).
Ces règles découlent directement de \(e^{i(a + b)} = e^{ia}e^{ib}\). Ainsi, multiplier deux complexes revient à multiplier les modules et à ajouter les arguments.
Pour passer de la forme algébrique \(z = a + ib\) à la forme exponentielle :
- on calcule d’abord \(r = |z| = \sqrt{a^2 + b^2}\) ;
- on factorise ensuite : \(z = r(\frac{a}{r} + i\frac{b}{r})\) ;
- on reconnaît enfin un angle \(\theta\) tel que \(\cos\theta = \frac{a}{r}\) et \(\sin\theta = \frac{b}{r}\).
Attention : la seule relation \(\tan\theta = b / a\) ne suffit pas, car elle ne détermine \(\theta\) qu’à \(\pi\) près.
Soit \(z = -1 + i\sqrt{3}\). D’abord, \(|z| = \sqrt{1 + 3} = 2\). Ensuite, \(z = 2(-\frac{1}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2})\). On reconnaît \(\cos\frac{2\pi}{3}\) et \(\sin\frac{2\pi}{3}\), donc \(z = 2e^{2i\pi/3}\). Par conséquent, \(z^6 = 2^6 e^{4i\pi} = 64\).
4. L’exponentielle complexe
Pour \(z = x + iy\) avec \(x, y\) réels, on pose \(e^z = e^x e^{iy} = e^x(\cos y + i\sin y)\).
Pour tous \(z, z^{\prime} \in \mathbb{C}\), \(e^{z + z^{\prime}} = e^z e^{z^{\prime}}\), \(|e^z| = e^{\mathrm{Re}(z)}\) et \(e^z \neq 0\). De plus, \(e^z = e^{z^{\prime}}\) si et seulement si \(z – z^{\prime} \in 2i\pi\mathbb{Z}\). Enfin, pour tout \(a \in \mathbb{C}\) non nul, l’équation \(e^z = a\) a pour solutions les complexes \(\ln|a| + i\theta + 2ik\pi\), où \(\theta\) est un argument de \(a\) et \(k \in \mathbb{Z}\).
La première formule combine la propriété de l’exponentielle réelle et celle de \(e^{iy}\). Ensuite, si \(z = x + iy\), l’équation \(e^z = |a|e^{i\theta}\) équivaut à \(e^x = |a|\) et \(e^{iy} = e^{i\theta}\), par unicité de la forme trigonométrique. Autrement dit, \(x = \ln|a|\) et \(y \in \theta + 2\pi\mathbb{Z}\).
IV. Applications à la trigonométrie
1. Linéarisation
Linéariser, c’est écrire un produit ou une puissance de cosinus et de sinus comme une combinaison de \(\cos(kx)\) et de \(\sin(kx)\). Ce travail sert surtout à calculer des primitives.
Pour linéariser \(\cos^p x \sin^q x\) :
- on remplace d’abord chaque facteur par sa formule d’Euler ;
- on développe ensuite avec la formule du binôme ;
- on regroupe enfin les termes conjugués \(e^{ikx}\) et \(e^{-ikx}\) en \(2\cos(kx)\) ou \(2i\sin(kx)\).
Linéarisons \(\cos^3 x\). Par la formule d’Euler et le binôme :
\[\cos^3 x = \frac{(e^{ix} + e^{-ix})^3}{8} = \frac{e^{3ix} + 3e^{ix} + 3e^{-ix} + e^{-3ix}}{8} = \frac{2\cos 3x + 6\cos x}{8}.\]
Ainsi, \(\cos^3 x = \frac{1}{4}\cos 3x + \frac{3}{4}\cos x\). Une primitive de \(\cos^3\) est donc \(\frac{1}{12}\sin 3x + \frac{3}{4}\sin x\).
2. Développer cos(nx) et sin(nx)
L’opération inverse consiste à exprimer \(\cos(nx)\) en fonction de \(\cos x\) et de \(\sin x\). Pour cela, on applique la formule de Moivre puis le binôme de Newton. On sépare ensuite partie réelle et partie imaginaire.
Posons \(c = \cos x\) et \(s = \sin x\). Alors \(\cos 3x + i \sin 3x = (c + is)^3 = c^3 + 3ic^2 s – 3cs^2 – is^3\). En identifiant les parties réelles, puis en remplaçant \(s^2\) par \(1 – c^2\) :
\[\cos 3x = c^3 – 3c(1 – c^2) = 4\cos^3 x – 3\cos x.\]
De même, les parties imaginaires donnent \(\sin 3x = 3\sin x – 4\sin^3 x\).
3. Factorisation et sommes trigonométriques
La technique de l’angle moitié est l’outil central de cette partie. Elle consiste à mettre en facteur l’exponentielle de l’angle moyen.
Pour tous réels \(a\) et \(b\) :
\[e^{ia} + e^{ib} = 2\cos(\frac{a – b}{2}) e^{i\frac{a + b}{2}}, \qquad e^{ia} – e^{ib} = 2i\sin(\frac{a – b}{2}) e^{i\frac{a + b}{2}}.\]
En prenant les parties réelles et imaginaires, on obtient par exemple \(\cos p + \cos q = 2\cos\frac{p + q}{2}\cos\frac{p – q}{2}\) et \(\sin p – \sin q = 2\cos\frac{p + q}{2}\sin\frac{p – q}{2}\).
Soit \(x \notin 2\pi\mathbb{Z}\) et \(n \in \mathbb{N}\). Calculons \(C_n = \sum_{k=0}^{n} \cos(kx)\). C’est la partie réelle d’une somme géométrique de raison \(e^{ix} \neq 1\) :
\[\sum_{k=0}^{n} e^{ikx} = \frac{e^{i(n+1)x} – 1}{e^{ix} – 1} = \frac{e^{i(n+1)x/2}\, 2i\sin\frac{(n+1)x}{2}}{e^{ix/2}\, 2i\sin\frac{x}{2}} = e^{inx/2}\,\frac{\sin\frac{(n+1)x}{2}}{\sin\frac{x}{2}}.\]
Par conséquent, \(C_n = \dfrac{\cos\frac{nx}{2}\sin\frac{(n+1)x}{2}}{\sin\frac{x}{2}}\).
V. Racines carrées et équations du second degré
1. Racines carrées d’un complexe
Tout complexe non nul \(w\) possède exactement deux racines carrées, c’est-à-dire deux complexes \(z\) tels que \(z^2 = w\). Elles sont opposées. Si \(w = re^{i\theta}\), ce sont \(\sqrt{r}\,e^{i\theta/2}\) et \(-\sqrt{r}\,e^{i\theta/2}\).
Posons \(z_0 = \sqrt{r}\,e^{i\theta/2}\). Alors \(z_0^2 = r e^{i\theta} = w\). Ensuite, \(z^2 = w\) équivaut à \(z^2 – z_0^2 = 0\), c’est-à-dire \((z – z_0)(z + z_0) = 0\). Or un corps n’a pas de diviseur de zéro, donc \(z = z_0\) ou \(z = -z_0\). Enfin, ces deux racines sont distinctes car \(z_0 \neq 0\).
Lorsque l’argument de \(w\) n’est pas un angle remarquable, on cherche plutôt les racines carrées sous forme algébrique.
Pour trouver les racines carrées de \(w = \alpha + i\beta\), on cherche \(z = x + iy\) avec \(z^2 = w\). On écrit trois équations :
\[x^2 – y^2 = \alpha, \qquad 2xy = \beta, \qquad x^2 + y^2 = |w|.\]
La troisième vient de \(|z|^2 = |w|\). Les première et troisième donnent \(x^2\) et \(y^2\). Ensuite, le signe de \(\beta\) indique si \(x\) et \(y\) sont de même signe.
Cherchons les racines carrées de \(3 – 4i\). On a \(x^2 – y^2 = 3\), \(x^2 + y^2 = 5\) et \(xy = -2\). Donc \(x^2 = 4\) et \(y^2 = 1\), avec \(x\) et \(y\) de signes contraires. Les racines carrées sont donc \(2 – i\) et \(-2 + i\). On vérifie : \((2 – i)^2 = 4 – 4i – 1 = 3 – 4i\).
2. Équations du second degré
Soient \(a, b, c \in \mathbb{C}\) avec \(a \neq 0\), et \(\Delta = b^2 – 4ac\). Soit \(\delta\) une racine carrée de \(\Delta\). Alors l’équation \(az^2 + bz + c = 0\) a pour solutions
\[z_1 = \frac{-b + \delta}{2a} \qquad \text{et} \qquad z_2 = \frac{-b – \delta}{2a},\]
confondues si et seulement si \(\Delta = 0\). De plus, \(z_1 + z_2 = -\dfrac{b}{a}\) et \(z_1 z_2 = \dfrac{c}{a}\).
On met le trinôme sous forme canonique :
\[az^2 + bz + c = a[(z + \frac{b}{2a})^2 – \frac{\Delta}{4a^2}] = a(z + \frac{b}{2a} – \frac{\delta}{2a})(z + \frac{b}{2a} + \frac{\delta}{2a}).\]
Un produit est nul si et seulement si l’un des facteurs l’est, d’où les deux solutions. Enfin, la somme et le produit se calculent directement.
La notation \(\sqrt{\Delta}\) est réservée aux réels positifs. Pour un discriminant complexe, on parle d’une racine carrée \(\delta\), calculée par la méthode précédente.
Résolvons \(z^2 – (3 + i)z + 4 + 3i = 0\). On calcule \(\Delta = (3 + i)^2 – 4(4 + 3i) = -8 – 6i\). Une racine carrée de \(\Delta\) est \(\delta = 1 – 3i\), car \((1 – 3i)^2 = 1 – 6i – 9\). Les solutions sont donc \(\frac{3 + i + 1 – 3i}{2} = 2 – i\) et \(\frac{3 + i – 1 + 3i}{2} = 1 + 2i\).
VI. Racines n-ièmes de l’unité et d’un complexe
1. Racines n-ièmes de l’unité
Soit \(n \geq\, 1\) un entier. Une racine n-ième de l’unité est un complexe \(z\) tel que \(z^n = 1\). On note \(\mathbb{U}_n\) leur ensemble.
L’ensemble \(\mathbb{U}_n\) compte exactement \(n\) éléments : \(\mathbb{U}_n = \{ e^{2ik\pi/n},\ k \in \{0, 1, \ldots, n – 1\} \}\). Si \(n \geq\, 2\), leur somme est nulle.
Si \(z^n = 1\), alors \(|z|^n = 1\), donc \(|z| = 1\) et \(z = e^{i\theta}\). L’équation devient \(e^{in\theta} = 1\), c’est-à-dire \(n\theta \in 2\pi\mathbb{Z}\). Ainsi, \(\theta = 2k\pi / n\) avec \(k \in \mathbb{Z}\). Or \(e^{2ik\pi/n}\) ne dépend que du reste de \(k\) modulo \(n\). De plus, les valeurs obtenues pour \(k = 0, \ldots, n – 1\) sont distinctes, car leurs arguments diffèrent de moins de \(2\pi\). Enfin, posons \(\omega = e^{2i\pi/n} \neq 1\). La somme vaut \(\sum_{k=0}^{n-1} \omega^k = \frac{1 – \omega^n}{1 – \omega} = 0\).
Comme le montre la figure ci-dessous pour \(n = 7\), les racines n-ièmes de l’unité sont les sommets d’un polygone régulier. Ce polygone est inscrit dans le cercle unité et possède le sommet \(1\).
On note \(j = e^{2i\pi/3} = -\frac{1}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2}\). Ainsi, \(\mathbb{U}_3 = \{1, j, j^2\}\), avec \(1 + j + j^2 = 0\) et \(j^2 = \overline{j}\).
2. Racines n-ièmes d’un complexe non nul
Soit \(a = re^{i\alpha}\) un complexe non nul. L’équation \(z^n = a\) possède exactement \(n\) solutions :
\[z_k = r^{1/n}\, e^{i(\frac{\alpha}{n} + \frac{2k\pi}{n})}, \qquad k \in \{0, 1, \ldots, n – 1\}.\]
Autrement dit, si \(z_0\) est une solution, les solutions sont les \(z_0\,\omega\) avec \(\omega \in \mathbb{U}_n\).
D’abord, \(z_0 = r^{1/n}e^{i\alpha/n}\) vérifie \(z_0^n = a\). Ensuite, comme \(z_0 \neq 0\), on a \(z^n = a \Leftrightarrow (z / z_0)^n = 1 \Leftrightarrow z / z_0 \in \mathbb{U}_n\). Le résultat découle alors du théorème précédent.
Pour calculer les racines n-ièmes d’un complexe \(a\) :
- on écrit d’abord \(a\) sous forme exponentielle \(re^{i\alpha}\) ;
- on cherche ensuite \(z = \rho e^{i\theta}\) : l’équation devient \(\rho^n = r\) et \(n\theta \equiv \alpha \pmod{2\pi}\) ;
- on conclut enfin \(\rho = r^{1/n}\) et \(\theta = \frac{\alpha + 2k\pi}{n}\) pour \(k = 0, \ldots, n – 1\).
Résolvons \(z^3 = 8i\). On a \(8i = 8e^{i\pi/2}\). Les solutions sont donc \(2e^{i(\pi/6 + 2k\pi/3)}\) pour \(k \in \{0, 1, 2\}\). Autrement dit, ce sont \(\sqrt{3} + i\), \(-\sqrt{3} + i\) et \(-2i\).
La figure ci-dessous montre ces trois solutions. Elles forment un triangle équilatéral inscrit dans le cercle de rayon \(2\), obtenu en tournant le triangle \(\{1, j, j^2\}\) puis en l’agrandissant.
VII. Interprétation géométrique des nombres complexes
On identifie le plan euclidien orienté à \(\mathbb{C}\) grâce à un repère orthonormé direct. Ainsi, chaque point \(M\) a une affixe \(z\), et chaque vecteur \(\vec{u}\) a une affixe. Les calculs de distances et d’angles se traduisent alors en calculs de modules et d’arguments.
Soient \(A, B, C\) trois points distincts d’affixes \(a, b, c\). Alors \(AB = |b – a|\), et une mesure de l’angle orienté \((\vec{AB}, \vec{AC})\) est \(\arg\dfrac{c – a}{b – a}\). En particulier, \(A, B, C\) sont alignés si et seulement si \(\frac{c – a}{b – a}\) est réel. De même, \((AB) \perp (AC)\) si et seulement si ce quotient est imaginaire pur.
1. Translations, homothéties, rotations
Soient \(a \in \mathbb{C}\) non nul et \(b \in \mathbb{C}\). On considère l’application \(f : z \mapsto az + b\).
- Si \(a = 1\), \(f\) est la translation de vecteur d’affixe \(b\).
- Si \(a \neq 1\), \(f\) a un unique point fixe \(\omega = \frac{b}{1 – a}\), et \(f(z) – \omega = a(z – \omega)\).
- Si \(a\) est un réel différent de \(1\), \(f\) est l’homothétie de centre \(\omega\) et de rapport \(a\).
- Si \(a = e^{i\theta}\) avec \(\theta \notin 2\pi\mathbb{Z}\), \(f\) est la rotation de centre \(\omega\) et d’angle \(\theta\).
Dans le cas général \(a = \rho e^{i\theta}\), \(f\) est la composée de la rotation de centre \(\omega\) et d’angle \(\theta\) avec l’homothétie de même centre et de rapport \(\rho\) : c’est une similitude directe.
Si \(a \neq 1\), l’équation \(\omega = a\omega + b\) a pour unique solution \(\omega = b / (1 – a)\). En soustrayant \(\omega = a\omega + b\) à \(f(z) = az + b\), on obtient \(f(z) – \omega = a(z – \omega)\). Ensuite, si \(a = \rho e^{i\theta}\), la distance \(|f(z) – \omega|\) vaut \(\rho\,|z – \omega|\). De plus, l’argument de \(f(z) – \omega\) est celui de \(z – \omega\) augmenté de \(\theta\). On reconnaît les définitions géométriques de l’homothétie et de la rotation.
La figure ci-dessous montre les images d’un même triangle par trois transformations. La translation déplace le triangle sans le tourner. La rotation \(z \mapsto iz\) le fait tourner d’un quart de tour autour de \(O\). Enfin, l’homothétie de rapport \(-\frac{3}{2}\) le retourne et l’agrandit.
Déterminons la nature de \(f : z \mapsto iz + 1 + i\). Ici \(a = i = e^{i\pi/2}\), donc \(f\) est une rotation d’angle \(\frac{\pi}{2}\). Son centre vérifie \(\omega = i\omega + 1 + i\), soit \(\omega = \frac{1 + i}{1 – i} = \frac{(1 + i)^2}{2} = i\). Ainsi, \(f\) est la rotation de centre \(i\) et d’angle \(\frac{\pi}{2}\).
L’application \(z \mapsto \overline{z}\) est la symétrie orthogonale par rapport à l’axe des réels. Elle conserve les distances mais change l’orientation des angles. Ce n’est donc pas une application de la forme \(z \mapsto az + b\).
Ce qu’il faut retenir
- \(\mathbb{C}\) est le plan \(\mathbb{R}^2\) muni d’une multiplication qui en fait un corps commutatif, avec \(i^2 = -1\) ; il n’y a pas d’ordre compatible sur \(\mathbb{C}\).
- Le conjugué est compatible avec la somme et le produit, et \(|z|^2 = z\overline{z}\) ; pour inverser un complexe, on multiplie par le conjugué.
- Le module est multiplicatif et vérifie l’inégalité triangulaire \(|z + w| \leq\, |z| + |w|\), avec égalité quand \(z\) et \(w\) sont positivement liés.
- Tout complexe non nul s’écrit \(re^{i\theta}\) avec \(r = |z|\) ; l’argument est défini modulo \(2\pi\), et les arguments s’ajoutent dans un produit.
- Les formules d’Euler servent à linéariser, la formule de Moivre sert à développer \(\cos(nx)\) et \(\sin(nx)\).
- La technique de l’angle moitié factorise \(e^{ia} \pm e^{ib}\) et donne les sommes \(\sum \cos(kx)\).
- Tout complexe non nul a deux racines carrées opposées ; toute équation du second degré a deux solutions dans \(\mathbb{C}\), éventuellement confondues.
- Il y a exactement \(n\) racines n-ièmes de l’unité, les \(e^{2ik\pi/n}\), de somme nulle si \(n \geq\, 2\) ; les racines n-ièmes de \(a \neq 0\) s’obtiennent en multipliant l’une d’elles par ces racines.
- L’application \(z \mapsto az + b\) est une translation si \(a = 1\), sinon une similitude de centre \(\frac{b}{1 – a}\), d’angle \(\arg a\) et de rapport \(|a|\).
Questions fréquentes sur nombres complexes
Pourquoi ne peut-on pas comparer deux nombres complexes ?
Aucune relation d’ordre sur C n’est compatible avec l’addition et la multiplication. En effet, dans un tel ordre tout carré serait positif, donc 1 et -1 = i² seraient positifs, et on obtiendrait 0 ≥ 1. On ne compare donc que des modules, des parties réelles ou des arguments.
Comment trouver l'argument d'un complexe a + ib ?
On calcule d’abord le module r, puis on cherche un angle θ tel que cos θ = a/r et sin θ = b/r. La seule formule tan θ = b/a ne suffit pas, car elle ne donne l’angle qu’à π près : il faut regarder le signe de a et de b.
Quelle est la différence entre linéariser et utiliser la formule de Moivre ?
Linéariser consiste à transformer une puissance comme cos³x en somme de cos(kx), grâce aux formules d’Euler ; c’est utile pour intégrer. La formule de Moivre fait l’inverse : elle exprime cos(nx) ou sin(nx) comme un polynôme en cos x et sin x.
Peut-on écrire la racine carrée d'un nombre complexe ?
Non, la notation √ est réservée aux réels positifs. Un complexe non nul possède exactement deux racines carrées opposées, et aucune n’est privilégiée. On parle donc d’une racine carrée δ du discriminant, calculée sous forme algébrique ou exponentielle.
Pour aller plus loin en L1
- Les énoncés : exercices de maths en L1 sur nombres complexes
- À maîtriser avant : Logique, raisonnement et ensembles
- Chapitre précédent : Entiers naturels, récurrence et dénombrement
- Chapitre suivant : Nombres réels et borne supérieure
- Le même thème en maths sup : nombres complexes, cours de maths sup
- Tester vos connaissances : QCM de maths en L1 par chapitre
- Le sommaire : tous les chapitres de maths de L1 et la licence de maths de L1 à L3



























