Voici le corrigé du contrôle de maths spé sur le thème : diagonalisation, trigonalisation et nilpotents.
Ce corrigé détaille chaque étape comme dans une bonne copie de concours. Pour la matrice 3 × 3, il donne la matrice de passage, son inverse vérifié, puis la formule des puissances contrôlée pour n = 0 et n = 1.
La trigonalisation part du sous-espace propre de dimension 2 et le complète par un vecteur bien choisi. Une décomposition en somme d’une homothétie et d’une matrice de carré nul donne ensuite les puissances par la formule du binôme. Pour les nilpotents, la liberté d’une famille de vecteurs itérés majore l’indice. Le problème sur le rang 1 repose sur l’écriture comme produit d’une colonne par une ligne. Un barème détaillé conclut chaque exercice.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths spé : diagonalisation, trigonalisation et nilpotents.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Question de cours | 3 points |
| Exercice 2 : Diagonalisation et puissances | 5 points |
| Exercice 3 : Trigonalisation d’une matrice | 4 points |
| Exercice 4 : Matrices nilpotentes | 3 points |
| Exercice 5 : Matrices de rang 1 | 5 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Question de cours (3 points)
- Critère. L’endomorphisme \(u\) est diagonalisable si et seulement si \(\chi_u\) est scindé sur \(\mathbb{K}\) et, pour toute valeur propre \(\lambda\), \(\dim E_\lambda(u) = m(\lambda)\).
- Sens direct. Supposons \(u\) diagonalisable. Dans une base de vecteurs propres, la matrice de \(u\) est diagonale ; chaque valeur propre \(\lambda\) y figure \(d_\lambda = \dim E_\lambda(u)\) fois. Le déterminant d’une matrice diagonale donne alors
\[\chi_u = \prod_{\lambda \in \operatorname{Sp}(u)} (X – \lambda)^{d_\lambda}.\]
Ce polynôme est scindé, et la multiplicité de \(\lambda\) vaut \(m(\lambda) = d_\lambda = \dim E_\lambda(u)\).
Réciproque. Supposons \(\chi_u\) scindé et \(\dim E_\lambda(u) = m(\lambda)\) pour tout \(\lambda\). Comme \(\chi_u\) est scindé de degré \(n\), la somme des multiplicités vaut \(n\). Ainsi \(\sum_{\lambda} \dim E_\lambda(u) = \sum_{\lambda} m(\lambda) = n\). Or les sous-espaces propres sont en somme directe, donc leur somme est de dimension \(n\) : elle est égale à \(E\). En juxtaposant des bases de chaque \(E_\lambda(u)\), on obtient une base de \(E\) formée de vecteurs propres. Donc \(u\) est diagonalisable, et le critère est démontré.
Barème : a) 1 point ; b) 2 points : 1 pour le sens direct, 1 pour la réciproque (somme des multiplicités, somme directe, base de vecteurs propres).
Exercice 2 : Diagonalisation et puissances (5 points)
- On développe selon la première colonne :
\[\chi_A = \begin{vmatrix} X – 2 -1 1 \\ 0 X – 2 0 \\ 0 -1 X – 1 \end{vmatrix} = (X – 2)\begin{vmatrix} X – 2 0 \\ -1 X – 1 \end{vmatrix} = (X – 2)^2(X – 1).\]
Ainsi \(\chi_A = (X – 1)(X – 2)^2\) et \(\operatorname{Sp}(A) = \{1, 2\}\), avec 1 simple et 2 double. - Pour \(E_1\), le système \((A – I_3)X = 0\) s’écrit \(x + y – z = 0\), \(y = 0\), \(y = 0\). On obtient \(y = 0\) et \(z = x\) : \(E_1 = \operatorname{Vect}((1, 0, 1))\).
Pour \(E_2\), la matrice \(A – 2I_3 = \begin{pmatrix} 0 1 -1 \\ 0 0 0 \\ 0 1 -1 \end{pmatrix}\) est de rang 1 et donne la seule équation \(y = z\). Donc \(E_2 = \operatorname{Vect}((1, 0, 0), (0, 1, 1))\), de dimension 2.
Le polynôme \(\chi_A\) est scindé et \(\dim E_1 = 1 = m(1)\), \(\dim E_2 = 2 = m(2)\). D’après le critère de l’exercice 1, \(A\) est diagonalisable.
Les colonnes de \(P\) sont \((1, 0, 1) \in E_1\), puis \((1, 1, 1) = (1, 0, 0) + (0, 1, 1) \in E_2\) et \((0, 1, 1) \in E_2\). Vérification : \(A(1, 1, 1) = (2, 2, 2)\) et \(A(0, 1, 1) = (0, 2, 2)\). Enfin, \(\det P = 1 \neq 0\) (calcul ci-dessous), donc ces trois vecteurs forment une base. Ainsi \(P^{-1}AP = \operatorname{diag}(1, 2, 2)\). - Par la méthode des cofacteurs, avec \(\det P = 1 \times (1 – 1) – 1 \times (0 – 1) + 0 = 1\), on trouve
\[P^{-1} = \begin{pmatrix} 0 -1 1 \\ 1 1 -1 \\ -1 0 1 \end{pmatrix}.\]
Vérification : le produit \(PP^{-1}\) redonne bien \(I_3\), ligne par ligne. C’est l’inverse cherché. - Posons \(\Delta = \operatorname{diag}(1, 2, 2)\). Comme \(A = P\Delta P^{-1}\), une récurrence immédiate donne \(A^n = P\Delta^n P^{-1}\), avec \(\Delta^n = \operatorname{diag}(1, 2^n, 2^n)\). D’abord,
\[P\Delta^n = \begin{pmatrix} 1 2^n 0 \\ 0 2^n 2^n \\ 1 2^n 2^n \end{pmatrix}.\]
Puis, en multipliant par \(P^{-1}\),
\[A^n = \begin{pmatrix} 2^n 2^n – 1 1 – 2^n \\ 0 2^n 0 \\ 0 2^n – 1 1 \end{pmatrix}.\]
Vérification : pour \(n = 0\), on retrouve \(I_3\) ; pour \(n = 1\), on retrouve \(A\). Cette formule donne \(A^n\) pour tout \(n \in \mathbb{N}\). - En posant \(X_n = (x_n, y_n, z_n)\), on a \(X_{n+1} = AX_n\), donc \(X_n = A^n X_0\). Comme \(X_0 = (0, 1, 0)\), le vecteur \(X_n\) est la deuxième colonne de \(A^n\). Donc \(x_n = 2^n – 1\), \(y_n = 2^n\) et \(z_n = 2^n – 1\).
Barème : a) 1 point ; b) 1,5 point : 0,5 pour \(E_1\), 0,5 pour \(E_2\), 0,5 pour la diagonalisabilité et la matrice diagonale ; c) 0,5 point ; d) 1,5 point : 0,5 pour \(A^n = P\Delta^nP^{-1}\), 1 pour le calcul ; e) 0,5 point.
Exercice 3 : Trigonalisation d’une matrice (4 points)
- On développe selon la troisième colonne :
\[\chi_B = \begin{vmatrix} X – 1 -1 0 \\ 1 X – 3 0 \\ -1 1 X – 2 \end{vmatrix} = (X – 2)((X – 1)(X – 3) + 1) = (X – 2)(X^2 – 4X + 4).\]
Donc \(\chi_B = (X – 2)^3\) et \(\operatorname{Sp}(B) = \{2\}\), valeur propre triple. - On a \(B – 2I_3 = \begin{pmatrix} -1 1 0 \\ -1 1 0 \\ 1 -1 0 \end{pmatrix}\). Cette matrice est de rang 1, et son noyau est donné par \(x = y\). Donc \(E_2(B) = \operatorname{Vect}((1, 1, 0), (0, 0, 1))\), de dimension 2. Comme \(\dim E_2(B) = 2 \neq 3 = m(2)\), \(B\) n’est pas diagonalisable. On peut aussi dire : si \(B\) était diagonalisable avec 2 pour seule valeur propre, elle serait égale à \(2I_3\).
- Le polynôme \(\chi_B\) est scindé, donc \(B\) est trigonalisable. Posons \(e = (1, 1, 0)\), \(f = (0, 0, 1)\) et complétons par \(w = (1, 0, 0)\). Alors \((B – 2I_3)w = (-1, -1, 1) = -e + f\), c’est-à-dire \(Bw = -e + f + 2w\). La famille \((e, f, w)\) est une base, car la matrice \(P\) ci-dessous a pour déterminant \(1 \neq 0\). On obtient
\[P = \begin{pmatrix} 1 0 1 \\ 1 0 0 \\ 0 1 0 \end{pmatrix}, \qquad T = \begin{pmatrix} 2 0 -1 \\ 0 2 1 \\ 0 0 2 \end{pmatrix}.\]
Ainsi \(B = PTP^{-1}\), avec \(T\) triangulaire supérieure. - Le calcul donne \(N^2 = 0\) : chaque ligne de \(N\) est proportionnelle à \((1, -1, 0)\), et chaque colonne de \(N\) est orthogonale à ce vecteur ou nulle. Comme \(2I_3\) et \(N\) commutent, la formule du binôme donne, pour \(n \geq\, 1\), \(B^n = (2I_3 + N)^n = 2^nI_3 + n2^{n-1}N\). Donc
\[B^n = \begin{pmatrix} 2^n – n2^{n-1} n2^{n-1} 0 \\ -n2^{n-1} 2^n + n2^{n-1} 0 \\ n2^{n-1} -n2^{n-1} 2^n \end{pmatrix}.\]
Pour \(n = 1\), on retrouve bien \(B\).
Barème : a) 1 point ; b) 1 point : 0,5 pour le sous-espace propre, 0,5 pour la non-diagonalisabilité ; c) 1,5 point : 0,5 pour le choix de \(w\), 0,5 pour le calcul de \(Bw\), 0,5 pour \(P\) et \(T\) ; d) 0,5 point.
Erreur fréquente : choisir comme troisième vecteur un vecteur de \(E_2(B)\), ce qui ne donne pas une base.
Exercice 4 : Matrices nilpotentes (3 points)
- Soit \(\lambda\) une valeur propre complexe de \(N\) et \(x \neq 0\) tel que \(Nx = \lambda x\). Alors \(N^px = \lambda^px\). Or \(N^p = 0\), donc \(\lambda^px = 0\), puis \(\lambda = 0\). Par ailleurs, \(N\) n’est pas inversible, car \(\det(N)^p = \det(N^p) = 0\). Ainsi 0 est bien valeur propre : \(\operatorname{Sp}(N) = \{0\}\).
Sur \(\mathbb{C}\), le polynôme \(\chi_N\) est scindé, unitaire de degré \(n\), et sa seule racine est 0. Donc \(\chi_N = X^n\). - Supposons \(\sum_{k=0}^{p-1} a_kN^kx = 0\) avec des \(a_k\) non tous nuls. Soit \(j\) le plus petit indice tel que \(a_j \neq 0\). Appliquons \(N^{p-1-j}\) : les termes d’indice \(k > j\) font apparaître \(N^{k+p-1-j}\), nulle car \(k + p – 1 – j \geq\, p\). Il reste \(a_jN^{p-1}x = 0\), donc \(a_j = 0\), ce qui est contradictoire. La famille est libre. Elle compte \(p\) vecteurs de \(\mathbb{C}^n\), donc \(p \leq\, n\).
- Pour \(k \geq\, 1\), la matrice \(N^k\) est nilpotente, car \((N^k)^p = (N^p)^k = 0\). D’après a), \(\chi_{N^k} = X^n\). Le coefficient de \(X^{n-1}\), égal à \(-\operatorname{tr}(N^k)\), est donc nul. Ainsi \(\operatorname{tr}(N^k) = 0\).
Barème : a) 1,5 point : 0,5 pour les valeurs propres nulles, 0,5 pour l’existence de la valeur propre 0, 0,5 pour \(\chi_N\) ; b) 1 point : 0,5 pour la liberté, 0,5 pour \(p \leq\, n\) ; c) 0,5 point.
Exercice 5 : Matrices de rang 1 (5 points)
- L’image de \(A\) est une droite ; soit \(U\) une colonne non nulle qui l’engendre. Chaque colonne \(C_j\) de \(A\) appartient à cette droite : \(C_j = v_jU\) pour un réel \(v_j\). En posant \(V = (v_1, \ldots, v_n)^{\top}\), le coefficient \((i, j)\) de \(A\) vaut \(u_iv_j\), c’est-à-dire que \(A = UV^{\top}\). Enfin, \(V \neq 0\), car \(A \neq 0\). Il existe donc \(U\) et \(V\) non nulles telles que \(A = UV^{\top}\).
- Le produit \(V^{\top}U\) est la matrice \(1 \times 1\) de coefficient \(\sum_{i} u_iv_i\). Or les coefficients diagonaux de \(A\) sont les \(u_iv_i\), donc \(V^{\top}U = \operatorname{tr}(A)\). Par associativité, \(A^2 = U(V^{\top}U)V^{\top} = \operatorname{tr}(A)\,UV^{\top}\). Donc \(A^2 = \operatorname{tr}(A)\,A\).
- Par le théorème du rang, \(\dim \ker A = n – 1 \geq\, 1\) : 0 est valeur propre et \(\dim E_0(A) = n – 1\). De plus, \(AU = U(V^{\top}U) = \operatorname{tr}(A)\,U\) avec \(U \neq 0\) : \(U\) est vecteur propre pour \(\operatorname{tr}(A)\).
Si \(\operatorname{tr}(A) \neq 0\), les multiplicités vérifient \(m(0) \geq\, \dim E_0(A) = n – 1\) et \(m(\operatorname{tr} A) \geq\, 1\). Leur somme ne dépasse pas \(n = \deg \chi_A\), donc les deux inégalités sont des égalités, et \(\chi_A = X^{n-1}(X – \operatorname{tr} A)\).
Si \(\operatorname{tr}(A) = 0\), alors \(A^2 = 0\) : \(A\) est nilpotente et \(\chi_A = X^n\) d’après l’exercice 4, ce qui est encore \(X^{n-1}(X – \operatorname{tr} A)\).
Dans tous les cas, \(\chi_A = X^{n-1}(X – \operatorname{tr}(A))\). - Si \(\operatorname{tr}(A) \neq 0\), \(\chi_A\) est scindé et \(\dim E_0 = n – 1 = m(0)\), \(\dim E_{\operatorname{tr} A} = 1 = m(\operatorname{tr} A)\) : \(A\) est diagonalisable d’après le critère. Si \(\operatorname{tr}(A) = 0\), la seule valeur propre est 0 ; une matrice diagonalisable serait alors semblable à la matrice nulle, donc nulle, ce qui contredit \(\operatorname{rg} A = 1\). Ainsi \(A\) est diagonalisable si et seulement si \(\operatorname{tr}(A) \neq 0\).
- Les lignes de \(C\) sont proportionnelles à \((1, 2, 3)\) et \(C \neq 0\), donc \(\operatorname{rg} C = 1\). De plus \(\operatorname{tr} C = 1 + 4 – 3 = 2 \neq 0\). \(C\) est diagonalisable, avec \(\chi_C = X^2(X – 2)\). De même, \(D\) est de rang 1 et \(\operatorname{tr} D = 0\). \(D\) n’est pas diagonalisable, et \(\chi_D = X^2\).
Barème : a) 1 point ; b) 1 point : 0,5 pour \(V^{\top}U = \operatorname{tr} A\), 0,5 pour \(A^2\) ; c) 1,5 point : 0,5 pour \(\dim E_0\) et \(AU\), 0,5 pour chaque cas ; d) 1 point : 0,5 pour chaque sens ; e) 0,5 point.
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Après le corrigé du contrôle : diagonalisation, trigonalisation et nilpotents
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