Voici le corrigé du contrôle de maths de L3 sur le thème : normes équivalentes et norme subordonnée.
Voici la correction détaillée du partiel sur les normes équivalentes et les normes subordonnées. Chaque calcul de norme d’opérateur suit le même schéma : une majoration valable pour tout vecteur, puis une suite de vecteurs qui montre que la constante est optimale.
Les fonctions \(t \mapsto t^n\), représentées sur une figure, séparent les trois normes usuelles de \(C([0,1])\). Une seconde figure illustre l’approximation continue du signe utilisée pour la forme linéaire \(f \mapsto \int f g\). Le problème calcule la norme des itérés de l’opérateur de Volterra. Un barème détaillé termine chaque exercice.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths l3 : normes équivalentes et norme subordonnée.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Question de cours, applications linéaires continues | 4 points |
| Exercice 2 : Trois normes sur C([0,1]) | 4 points |
| Exercice 3 : Calculs de normes subordonnées | 4 points |
| Exercice 4 : Formes linéaires sur les polynômes | 3 points |
| Exercice 5 : Problème, l’opérateur de Volterra | 5 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Question de cours, applications linéaires continues (4 points)
- (i) ⇒ (ii) est immédiat.
(ii) ⇒ (iii). Par continuité en \(0\) avec \(\varepsilon = 1\) (et \(u(0) = 0\)), il existe \(\eta > 0\) tel que \(\|y\|_E \leq\, \eta \Rightarrow \|u(y)\|_F \leq\, 1\). Soit \(x \neq 0\) ; le vecteur \(y = \frac{\eta}{\|x\|_E}x\) vérifie \(\|y\|_E = \eta\), donc \(\|u(y)\|_F \leq\, 1\). Par linéarité, \(u(y) = \frac{\eta}{\|x\|_E}u(x)\), d’où \(\|u(x)\|_F \leq\, \frac{1}{\eta}\|x\|_E\). Cette inégalité est vraie aussi pour \(x = 0\) : (iii) est vérifiée avec \(C = \frac{1}{\eta}\).
(iii) ⇒ (i). Pour \(x, y \in E\), la linéarité donne \(\|u(x) – u(y)\|_F = \|u(x – y)\|_F \leq\, C\|x – y\|_E\) : \(u\) est \(C\)-lipschitzienne, donc continue sur \(E\). - Pour \(x \neq 0\), posons \(y = \frac{x}{\|x\|_E}\), de norme 1. Par linéarité, \(\frac{\|u(x)\|_F}{\|x\|_E} = \|u(y)\|_F\). Les deux ensembles dont on prend la borne supérieure sont donc égaux, d’où \(|||u||| = \sup_{\|x\|_E = 1}\|u(x)\|_F\).
Par définition, \(\|u(x)\|_F \leq\, |||u|||\,\|x\|_E\) pour tout \(x\). Alors \(\|v(u(x))\|_G \leq\, |||v|||\,\|u(x)\|_F \leq\, |||v|||\,|||u|||\,\|x\|_E\). Le réel \(|||v|||\,|||u|||\) majore tous les quotients \(\frac{\|v \circ u(x)\|_G}{\|x\|_E}\), donc \(|||v \circ u||| \leq\, |||v|||\,|||u|||\).
Barème : a) 2,5 points : 0,25 pour (i) ⇒ (ii), 1,5 pour (ii) ⇒ (iii) (choix de \(\eta\), normalisation, cas \(x = 0\)), 0,75 pour (iii) ⇒ (i) ; b) 1,5 point : 0,75 pour chaque résultat.
Exercice 2 : Trois normes sur C([0,1]) (4 points)
- Par l’inégalité de Cauchy-Schwarz pour le produit scalaire \((f, g) \mapsto \int_0^1 fg\) :
\[N_1(f) = \int_0^1 |f(t)| \times 1\,\mathrm{d}t \leq\, (\int_0^1 f(t)^2\,\mathrm{d}t)^{1/2}(\int_0^1 1\,\mathrm{d}t)^{1/2} = N_2(f).\]
Par ailleurs \(f(t)^2 \leq\, N_\infty(f)^2\) pour tout \(t\), donc \(N_2(f)^2 \leq\, N_\infty(f)^2\) par croissance de l’intégrale. Ainsi \(N_1 \leq\, N_2 \leq\, N_\infty\). - Comme \(f_n \geq\, 0\) sur \([0,1]\) :
\[N_1(f_n) = \int_0^1 t^n\,\mathrm{d}t = \frac{1}{n+1}, \qquad N_2(f_n) = (\int_0^1 t^{2n}\,\mathrm{d}t)^{1/2} = \frac{1}{\sqrt{2n+1}}.\]
La fonction \(f_n\) est croissante sur \([0,1]\), donc \(N_1(f_n) = \frac{1}{n+1}\), \(N_2(f_n) = \frac{1}{\sqrt{2n+1}}\) et \(N_\infty(f_n) = f_n(1) = 1\). - On a \(\frac{N_\infty(f_n)}{N_2(f_n)} = \sqrt{2n+1}\) et \(\frac{N_2(f_n)}{N_1(f_n)} = \frac{n+1}{\sqrt{2n+1}} \geq\, \frac{\sqrt{n+1}}{\sqrt{2}}\), qui tendent vers \(+\infty\). Il n’existe donc aucune constante \(C\) telle que \(N_\infty \leq\, C N_2\), ni telle que \(N_2 \leq\, C N_1\), et a fortiori aucune telle que \(N_\infty \leq\, C N_1\) (sinon \(N_\infty \leq\, C N_1 \leq\, C N_2\)). Deux normes équivalentes se majorent mutuellement à constante près : aucun couple parmi \(N_1\), \(N_2\), \(N_\infty\) n’est formé de normes équivalentes.
- \(N_1(f_n) = \frac{1}{n+1} \to 0\) et \(N_2(f_n) = \frac{1}{\sqrt{2n+1}} \to 0\) : \((f_n)\) tend vers \(0\) pour \(N_1\) et pour \(N_2\). Supposons que \(f_n \to h\) pour \(N_\infty\). Comme \(N_1(f_n – h) \leq\, N_\infty(f_n – h)\), on aurait aussi \(f_n \to h\) pour \(N_1\), donc \(h = 0\) par unicité de la limite dans \((E, N_1)\). Mais \(N_\infty(f_n – 0) = 1\) ne tend pas vers \(0\) : contradiction. La suite \((f_n)\) ne converge pas pour \(N_\infty\). (Sa limite simple, nulle sur \([0,1[\) et égale à 1 en 1, n’est d’ailleurs pas continue.)
Barème : a) 1 point (0,5 par inégalité, Cauchy-Schwarz cité) ; b) 1 point ; c) 1 point : 0,5 pour les quotients, 0,5 pour la conclusion ; d) 1 point : 0,25 pour \(N_1\) et \(N_2\), 0,75 pour l’argument d’unicité.
Erreur fréquente : conclure que les normes sont équivalentes parce qu’on a \(N_1 \leq\, N_2 \leq\, N_\infty\) : une seule inégalité ne suffit pas, et le théorème d’équivalence des normes ne s’applique pas ici car \(E\) est de dimension infinie.
Exercice 3 : Calculs de normes subordonnées (4 points)
- La forme \(\varphi_g\) est linéaire par linéarité de l’intégrale et
\[|\varphi_g(f)| \leq\, \int_0^1 |f(t)|\,|g(t)|\,\mathrm{d}t \leq\, N_\infty(f)\,N_1(g).\]
D’après l’exercice 1, \(\varphi_g\) est continue et \(|||\varphi_g||| \leq\, N_1(g)\). Si \(g = 0\), il y a égalité. Sinon, soit \(\varepsilon > 0\). La fonction \(f_\varepsilon\) est continue (le dénominateur est minoré par \(\varepsilon\)), vérifie \(|f_\varepsilon| \leq\, 1\), donc \(N_\infty(f_\varepsilon) \leq\, 1\), et \(f_\varepsilon \neq 0\). De plus
\[\frac{g^2}{|g| + \varepsilon} = |g| – \frac{\varepsilon |g|}{|g| + \varepsilon} \geq\, |g| – \varepsilon, \quad \text{donc} \quad \varphi_g(f_\varepsilon) \geq\, N_1(g) – \varepsilon.\]
Par suite \(|||\varphi_g||| \geq\, \frac{\varphi_g(f_\varepsilon)}{N_\infty(f_\varepsilon)} \geq\, \varphi_g(f_\varepsilon) \geq\, N_1(g) – \varepsilon\) pour tout \(\varepsilon > 0\). Donc \(|||\varphi_g||| = N_1(g)\). - Ici \(N_1(g) = \int_0^1 |t – \frac{1}{2}|\mathrm{d}t = 2\int_0^{1/2} s\,\mathrm{d}s = \frac{1}{4}\) : \(|||\varphi_g||| = \frac{1}{4}\). Supposons \(N_\infty(f) \leq\, 1\) et \(\varphi_g(f) = \frac{1}{4}\). Alors \(\int_0^1 (|g| – fg) = 0\), avec \(|g| – fg \geq\, |g|(1 – |f|) \geq\, 0\) continue : elle est donc identiquement nulle, donc \(fg = |g|\). Ainsi \(f(t) = 1\) pour \(t > \frac{1}{2}\) et \(f(t) = -1\) pour \(t < \frac{1}{2}\), ce qui contredit la continuité de \(f\) en \(\frac{1}{2}\). La borne supérieure n’est pas atteinte.
- Pour \(x \in \ell^1\), \(|a_n x_n| \leq\, \|a\|_\infty |x_n|\), donc la série \(\sum |a_n x_n|\) converge par comparaison : \(M_a(x) \in \ell^1\) et \(\|M_a(x)\|_1 \leq\, \|a\|_\infty \|x\|_1\). L’application \(M_a\) est évidemment linéaire ; elle est donc continue avec \(|||M_a||| \leq\, \|a\|_\infty\). Pour la minoration, soit \(e_k\) la suite dont seul le terme d’indice \(k\) vaut 1, les autres étant nuls : \(\|e_k\|_1 = 1\) et \(\|M_a(e_k)\|_1 = |a_k|\). Donc \(|||M_a||| \geq\, |a_k|\) pour tout \(k\), puis \(|||M_a||| \geq\, \sup_k |a_k|\). Finalement \(|||M_a||| = \|a\|_\infty\).
Barème : a) 1,5 point : 0,5 pour la majoration, 1 point pour la minoration par \(f_\varepsilon\) ; b) 1 point : 0,25 pour la valeur, 0,75 pour la non-atteinte ; c) 1,5 point : 0,5 pour \(M_a(x) \in \ell^1\), 0,5 pour la majoration, 0,5 pour les suites \(e_k\).
Exercice 4 : Formes linéaires sur les polynômes (3 points)
- Pour \(P = \sum a_k X^k\), \(|\varphi(P)| = |\sum a_k| \leq\, \sum |a_k| = \|P\|_1\) : \(\varphi\) est continue et \(|||\varphi||| \leq\, 1\). Pour \(P = 1\), \(\varphi(P) = 1 = \|P\|_1\). Donc \(|||\varphi||| = 1\).
- Pour \(n \geq\, 1\), \(\|X^n\|_1 = 1\) et \(\psi(X^n) = n\). Si \(\psi\) était continue, il existerait \(C\) tel que \(n \leq\, C\) pour tout \(n\) (exercice 1, propriété (iii)) : c’est absurde. \(\psi\) n’est pas continue sur \((\mathbb{R}[X], \|\cdot\|_1)\).
- L’espace \(\mathbb{R}_n[X]\) est de dimension finie \(n + 1\), donc toutes ses normes sont équivalentes : si \(N\) est une norme sur \(\mathbb{R}_n[X]\), il existe \(C\) tel que \(\|P\|_1 \leq\, C\,N(P)\). Or \(|\psi(P)| = |\sum_{k=1}^{n} k a_k| \leq\, n\|P\|_1 \leq\, nC\,N(P)\) : la restriction de \(\psi\) est continue pour toute norme. Pour \(\|\cdot\|_1\), la majoration donne une norme au plus \(n\), et \(P = X^n\) donne \(\psi(X^n) = n = n\|X^n\|_1\). La norme subordonnée vaut \(n\) (pour \(n \geq\, 1\) ; elle est nulle si \(n = 0\)). Elle tend vers \(+\infty\) avec \(n\), ce qui explique la non-continuité sur \(\mathbb{R}[X]\) tout entier.
Barème : a) 1 point : 0,5 pour la majoration, 0,5 pour l’égalité ; b) 1 point ; c) 1 point : 0,5 pour l’argument de dimension finie, 0,5 pour le calcul de la norme.
Exercice 5 : Problème, l’opérateur de Volterra (5 points)
- Pour \(f\) continue, \(V(f)\) est la primitive de \(f\) nulle en \(0\) (théorème fondamental de l’analyse) : elle est de classe \(C^1\), donc \(V(f) \in E\), et \(V\) est linéaire. Pour \(x \in [0,1]\), \(|V(f)(x)| \leq\, \int_0^x |f| \leq\, x\,N_\infty(f) \leq\, N_\infty(f)\), donc \(V\) est continue et \(|||V|||_\infty \leq\, 1\). Pour \(f = 1\), \(V(f)(x) = x\) et \(N_\infty(V(f)) = 1 = N_\infty(f)\). Donc \(|||V|||_\infty = 1\).
- Pour \(n = 1\), c’est l’inégalité \(|V(f)(x)| \leq\, x\,N_\infty(f)\) vue en a). Si l’inégalité est vraie au rang \(n\), alors
\[|V^{n+1}(f)(x)| = |\int_0^x V^n(f)(t)\,\mathrm{d}t| \leq\, \int_0^x \frac{t^n}{n!}N_\infty(f)\,\mathrm{d}t = \frac{x^{n+1}}{(n+1)!}N_\infty(f),\]
ce qui achève la récurrence. En prenant le sup sur \(x \in [0,1]\), \(N_\infty(V^n(f)) \leq\, \frac{1}{n!}N_\infty(f)\). Pour \(f = 1\), on vérifie par récurrence que \(V^n(1)(x) = \frac{x^n}{n!}\), de norme \(\frac{1}{n!}\). Donc \(|||V^n|||_\infty = \frac{1}{n!}\). On remarque que \(|||V^n||| < |||V|||^n = 1\) dès que \(n \geq\, 2\). - Pour tout \(x\), \(|V(f)(x)| \leq\, \int_0^x |f| = V(|f|)(x)\). On intègre par parties sur \([0,1]\) avec \(U = V(|f|)\), de dérivée \(|f|\), et \(x \mapsto x – 1\), toutes deux de classe \(C^1\) :
\[\int_0^1 V(|f|)(x)\,\mathrm{d}x = \Big[(x – 1)V(|f|)(x)\Big]_0^1 – \int_0^1 (x – 1)|f(x)|\,\mathrm{d}x = \int_0^1 (1 – t)|f(t)|\,\mathrm{d}t,\]
le crochet étant nul aux deux bornes. D’où \(N_1(V(f)) \leq\, \int_0^1 (1 – t)|f(t)|\,\mathrm{d}t \leq\, N_1(f)\) : \(V\) est continue pour \(N_1\) et \(|||V|||_1 \leq\, 1\).
La fonction \(h_k\) est continue, positive, nulle sur \([\frac{1}{k}, 1]\), et \(N_1(h_k) = \frac{1}{2} \times \frac{1}{k} \times 2k = 1\) (aire d’un triangle). Comme \(h_k \geq\, 0\), \(V(h_k) \geq\, 0\) et l’inégalité précédente est une égalité :
\[N_1(V(h_k)) = \int_0^{1/k} (1 – t)\,2k(1 – kt)\,\mathrm{d}t = 1 – 2k\int_0^{1/k}(t – kt^2)\mathrm{d}t = 1 – 2k(\frac{1}{2k^2} – \frac{1}{3k^2}) = 1 – \frac{1}{3k}.\]
Ainsi \(|||V|||_1 \geq\, 1 – \frac{1}{3k}\) pour tout \(k\). Donc \(|||V|||_1 = 1\), borne qui n’est pas atteinte car \(\int_0^1 t|f(t)|\,\mathrm{d}t > 0\) dès que \(f \neq 0\). - Pour \(n \geq\, 1\), \(f_n(t) = t^n\) vérifie \(N_\infty(f_n) = 1\) et \(N_\infty(D(f_n)) = N_\infty(n t^{n-1}) = n\). Aucune constante \(C\) ne vérifie \(n \leq\, C\) pour tout \(n\) : d’après l’exercice 1, \(D\) n’est pas continue. Intégrer « régularise » (\(V\) est continue) tandis que dériver ne l’est pas pour la norme uniforme.
Barème : a) 1 point : 0,25 pour \(V(f) \in E\), 0,5 pour la majoration, 0,25 pour l’égalité ; b) 1,5 point : 1 point pour la récurrence, 0,5 pour la norme ; c) 1,5 point : 0,75 pour l’intégration par parties et la majoration, 0,75 pour le calcul avec \(h_k\) ; d) 1 point.
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Après le corrigé du contrôle : normes équivalentes et norme subordonnée
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