Voici le corrigé du contrôle de maths de L3 sur le thème : tribus, mesures et fonctions mesurables.
Voici la correction détaillée du partiel consacré aux tribus et aux mesures. Chaque preuve part des axiomes : stabilité par complémentaire et par réunion dénombrable pour une tribu, sigma-additivité pour une mesure.
Vous y trouverez la construction des atomes d’une tribu finie, la réduction des ouverts de la droite à des réunions dénombrables d’intervalles à bornes rationnelles, puis la mesurabilité des limites supérieures. Le problème calcule la mesure des étapes de l’ensemble de Cantor, illustrées par une figure, et construit une injection qui prouve sa non-dénombrabilité. Un barème clôt chaque exercice.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths l3 : tribus, mesures et fonctions mesurables.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Question de cours, continuité monotone d’une mesure | 4 points |
| Exercice 2 : Une tribu engendrée finie | 4 points |
| Exercice 3 : Générateurs de la tribu borélienne | 4 points |
| Exercice 4 : Mesurabilité du sup et de la limite supérieure | 3 points |
| Exercice 5 : Problème, ensembles négligeables et ensemble de Cantor | 5 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Question de cours, continuité monotone d’une mesure (4 points)
- On pose \(C_0 = A_0\) et, pour \(n \geq\, 1\), \(C_n = A_n \setminus A_{n-1}\). Ces ensembles sont dans \(\mathcal{A}\), car une tribu est stable par différence. Ils sont deux à deux disjoints : si \(k < n\), on a \(C_k \subset A_k \subset A_{n-1}\), tandis que \(C_n\) ne rencontre pas \(A_{n-1}\). Par récurrence, \(\bigcup_{k=0}^{n} C_k = A_n\), donc aussi \(\bigcup_{n} C_n = \bigcup_{n} A_n\). La sigma-additivité donne alors
\[\mu(\bigcup_{n} A_n) = \sum_{k=0}^{+\infty} \mu(C_k) = \lim_{n \to +\infty} \sum_{k=0}^{n} \mu(C_k) = \lim_{n \to +\infty} \mu(A_n),\]
la dernière égalité venant de l’additivité finie. La mesure est continue le long des suites croissantes, sans hypothèse de finitude. - On pose \(A_n = B_0 \setminus B_n\) : c’est une suite croissante d’éléments de \(\mathcal{A}\), de réunion \(B_0 \setminus \bigcap_n B_n\). Comme \(B_n \subset B_0\) et \(\mu(B_0) < +\infty\), on a \(\mu(A_n) = \mu(B_0) – \mu(B_n)\), et de même \(\mu(B_0 \setminus \bigcap_n B_n) = \mu(B_0) – \mu(\bigcap_n B_n)\). La question a) donne donc \(\mu(B_0) – \mu(\bigcap_n B_n) = \mu(B_0) – \lim \mu(B_n)\). Comme \(\mu(B_0)\) est fini, on peut simplifier : \(\mu(\bigcap_n B_n) = \lim_{n} \mu(B_n)\).
- Pour tout \(n\), \(\lambda([n, +\infty[) \geq\, \lambda([n, n+p]) = p\) pour tout entier \(p\), donc \(\lambda(B_n) = +\infty\). En revanche, aucun réel n’est supérieur à tous les entiers, donc \(\bigcap_n B_n = \varnothing\) et \(\lambda(\bigcap_n B_n) = 0 \neq +\infty\). L’hypothèse \(\mu(B_0) < +\infty\) n’est pas satisfaite : elle est donc indispensable.
Barème : a) 2 points : 1 point pour la construction des ensembles disjoints, 1 point pour le passage à la limite ; b) 1 point, dont 0,5 pour l’usage explicite de la finitude ; c) 1 point : 0,5 pour les deux mesures, 0,5 pour l’hypothèse identifiée.
Exercice 2 : Une tribu engendrée finie (4 points)
- Une tribu est stable par complémentaire et par intersection finie. On écrit donc \(\{1\} = A \cap B^{c}\), \(\{2\} = A \cap B\), \(\{3\} = B \cap A^{c}\) et \(\{4, 5, 6\} = (A \cup B)^{c}\). Ces quatre parties, appelées atomes, sont dans \(\mathcal{T}\).
- Les quatre atomes sont non vides, deux à deux disjoints, et leur réunion est \(\Omega\) : ils forment une partition de \(\Omega\).
D’abord, \(\varnothing\) (réunion vide) et \(\Omega\) (réunion des quatre) sont dans \(\mathcal{U}\). Ensuite, le complémentaire d’une réunion d’atomes est la réunion des autres atomes, puisqu’ils forment une partition : \(\mathcal{U}\) est stable par complémentaire. Enfin, \(\mathcal{U}\) est finie, donc une réunion dénombrable d’éléments de \(\mathcal{U}\) est une réunion finie de réunions d’atomes, encore dans \(\mathcal{U}\). Ainsi \(\mathcal{U}\) est une tribu.
Elle contient \(A = \{1\} \cup \{2\}\) et \(B = \{2\} \cup \{3\}\), donc elle contient la plus petite tribu qui les contient : \(\mathcal{T} \subset \mathcal{U}\). Réciproquement, par a), les atomes sont dans \(\mathcal{T}\), qui est stable par réunion, donc \(\mathcal{U} \subset \mathcal{T}\). Ainsi \(\mathcal{T} = \mathcal{U}\). Deux sous-familles distinctes d’atomes donnent deux réunions distinctes (atomes disjoints et non vides), donc \(\operatorname{card} \mathcal{T} = 2^4 = 16\). - Comme \(\Omega\) est fini, \(f\) est \(\mathcal{T}\)-mesurable si et seulement si \(f^{-1}(\{y\}) \in \mathcal{T}\) pour tout réel \(y\), c’est-à-dire si \(f\) est constante sur chaque atome.
Pour \(f(\omega) = (\omega – 2)^2\), on a \(f(4) = 4\) et \(f(5) = 9\) : \(f\) n’est pas constante sur \(\{4, 5, 6\}\), et \(f^{-1}(\{4\}) = \{4\} \notin \mathcal{T}\). Cette fonction n’est pas mesurable.
Pour \(f(\omega) = \min(\omega, 4)\), les valeurs sont 1, 2, 3 sur les trois premiers atomes et 4 sur \(\{4, 5, 6\}\). Cette fonction est mesurable.
Barème : a) 1 point (0,25 par atome) ; b) 2 points : 1 point pour la preuve que \(\mathcal{U}\) est une tribu, 0,5 pour la double inclusion, 0,5 pour le cardinal ; c) 1 point (0,5 par fonction, avec justification).
Erreur fréquente : ajouter seulement \(A \cap B\), \(A \cup B\) et les complémentaires sans vérifier la stabilité ; la description par les atomes évite tout oubli.
Exercice 3 : Générateurs de la tribu borélienne (4 points)
- Pour tout réel \(a\), le complémentaire de \(]-\infty, a]\) est l’ouvert \(]a, +\infty[\). Donc \(]-\infty, a]\) est fermé, par conséquent borélien. Ainsi \(\mathcal{B}(\mathbb{R})\) est une tribu qui contient tous les générateurs de \(\mathcal{C}\). Par minimalité de la tribu engendrée, \(\mathcal{C} \subset \mathcal{B}(\mathbb{R})\).
- On a \(]-\infty, b[ = \bigcup_{n \geq\, 1} ]-\infty, b – \frac{1}{n}]\). En effet, si \(x < b\), alors \(x \leq\, b – \frac{1}{n}\) dès que \(n \geq\, \frac{1}{b – x}\). C’est une réunion dénombrable d’éléments de \(\mathcal{C}\), donc \(]-\infty, b[ \in \mathcal{C}\). Ensuite, \(]a, b[ = \,]-\infty, b[ \,\cap\, (]-\infty, a])^{c}\), intersection de deux éléments de \(\mathcal{C}\). Donc \(]a, b[ \in \mathcal{C}\).
- Soit \(x \in U\). Comme \(U\) est ouvert, il existe \(r > 0\) tel que \(]x – r, x + r[ \subset U\). Par densité de \(\mathbb{Q}\) dans \(\mathbb{R}\), on choisit \(p \in \mathbb{Q} \cap \,]x – r, x[\) et \(q \in \mathbb{Q} \cap \,]x, x + r[\). Alors \(x \in \,]p, q[\, \subset U\). Donc \(U\) est la réunion des \(]p, q[\) inclus dans \(U\), à bornes rationnelles.
Or \(\mathbb{Q}^2\) est dénombrable : cette réunion est dénombrable. D’après b), chaque \(]p, q[\) est dans \(\mathcal{C}\), donc \(U \in \mathcal{C}\). La tribu \(\mathcal{C}\) contient ainsi tous les ouverts, donc \(\mathcal{B}(\mathbb{R}) \subset \mathcal{C}\). Avec a), \(\mathcal{C} = \mathcal{B}(\mathbb{R})\).
Barème : a) 1 point ; b) 1,5 point : 1 point pour la réunion dénombrable justifiée, 0,5 pour l’intervalle ouvert ; c) 1,5 point : 0,5 pour l’usage de la densité, 0,5 pour la dénombrabilité, 0,5 pour la conclusion.
Exercice 4 : Mesurabilité du sup et de la limite supérieure (3 points)
- Pour tout réel \(a\), on a \(\sup_n f_n(x) \leq\, a\) si et seulement si \(f_n(x) \leq\, a\) pour tout \(n\). Ainsi
\[g^{-1}([-\infty, a]) = \bigcap_{n \geq\, 0} f_n^{-1}(]-\infty, a]).\]
C’est une intersection dénombrable d’éléments de \(\mathcal{A}\), donc un élément de \(\mathcal{A}\). Or il suffit de tester la mesurabilité sur une famille génératrice de la tribu d’arrivée. Donc \(g\) est mesurable. - D’abord, \(\inf_n f_n = -\sup_n (-f_n)\) est mesurable. Ensuite, \(g_n = \sup_{k \geq\, n} f_k\) est mesurable par a), et \(\limsup_n f_n = \inf_n g_n\) est donc mesurable. De même, \(\liminf_n f_n = -\limsup_n (-f_n)\) est mesurable.
Notons \(L = \limsup_n f_n\) et \(\ell = \liminf_n f_n\). La suite converge dans \(\mathbb{R}\) si et seulement si \(\ell = L\) avec une valeur finie. Comme \(\ell \leq\, L\) toujours, et grâce à la densité de \(\mathbb{Q}\) :
\[C = (\bigcup_{r \in \mathbb{Q}} \{\ell < r\} \cap \{r < L\})^{c} \cap \{L < +\infty\} \cap \{\ell > -\infty\}.\]
Tous ces ensembles sont dans \(\mathcal{A}\), et la réunion est dénombrable : \(C \in \mathcal{A}\). - Soit \(V\) un ouvert de \(\mathbb{R}\). Alors \((h \circ f_0)^{-1}(V) = f_0^{-1}(h^{-1}(V))\). Par continuité de \(h\), \(h^{-1}(V)\) est ouvert, donc borélien, et son image réciproque par \(f_0\) est dans \(\mathcal{A}\). Les ouverts engendrant \(\mathcal{B}(\mathbb{R})\), \(h \circ f_0\) est mesurable. Les fonctions \(t \mapsto |t|\) et \(t \mapsto \max(t, 0)\) sont continues, donc \(|f_0|\) et \(f_0^{+}\) sont mesurables.
Barème : a) 1 point ; b) 1 point : 0,5 pour la limite supérieure et la limite inférieure, 0,5 pour l’ensemble de convergence ; c) 1 point : 0,5 pour la composition, 0,5 pour les applications.
Exercice 5 : Problème, ensembles négligeables et ensemble de Cantor (5 points)
- Pour tout rationnel \(q\), on a \(\lambda(\{q\}) = \lambda([q, q]) = 0\). Or \(\mathbb{Q}\) est dénombrable, et il s’écrit comme réunion disjointe dénombrable des singletons \(\{q\}\). Par sigma-additivité, \(\lambda(\mathbb{Q}) = \sum_{q \in \mathbb{Q}} 0 = 0\). \(\mathbb{Q}\) est négligeable.
- On montre par récurrence que \(K_{n+1} \subset K_n\). Au rang 0, \(K_1 = [0, \frac{1}{3}] \cup [\frac{2}{3}, 1] \subset [0, 1]\). Supposons ensuite \(K_{n+1} \subset K_n\). Alors \(\frac{1}{3} K_{n+1} \subset \frac{1}{3} K_n\) et \(\frac{2}{3} + \frac{1}{3} K_{n+1} \subset \frac{2}{3} + \frac{1}{3} K_n\), d’où \(K_{n+2} \subset K_{n+1}\). La suite \((K_n)\) est décroissante.
Par ailleurs, \(K_n\) est réunion disjointe de \(2^n\) intervalles de longueur \(3^{-n}\), donc, par additivité, \(\lambda(K_n) = 2^n \times 3^{-n} = (\frac{2}{3})^n\).
- Chaque \(K_n\) est fermé, comme réunion finie de segments. Donc \(K\) est fermé, comme intersection de fermés, et borné car inclus dans \([0, 1]\) : c’est un compact. De plus, \(0\) appartient à tous les \(K_n\) (choisir tous les \(a_k\) nuls), donc \(K \neq \varnothing\). Enfin, la suite \((K_n)\) est décroissante et \(\lambda(K_0) = 1 < +\infty\). La continuité décroissante de l’exercice 1 donne donc \(\lambda(K) = \lim_{n} (\frac{2}{3})^n = 0\).
- Fixons \(n\). On écrit \(\Phi(a) = s_n + r_n\), avec \(s_n = \sum_{k=1}^{n} a_k 3^{-k}\) et \(r_n = \sum_{k > n} a_k 3^{-k}\). Or \(0 \leq\, r_n \leq\, \sum_{k > n} 2 \times 3^{-k} = 3^{-n}\). Ainsi \(\Phi(a) \in [s_n, s_n + 3^{-n}] \subset K_n\). Ceci vaut pour tout \(n\), donc \(\Phi(a) \in K\).
Soient ensuite \(a \neq b\), et \(m\) le premier indice où elles diffèrent, avec par exemple \(a_m = 2\) et \(b_m = 0\). Alors
\[\Phi(a) – \Phi(b) = 2 \times 3^{-m} + \sum_{k > m} (a_k – b_k) 3^{-k} \geq\, 2 \times 3^{-m} – \sum_{k > m} 2 \times 3^{-k} = 3^{-m} > 0.\]
Donc \(\Phi\) est injective. Or l’ensemble \(\{0, 2\}^{\mathbb{N}^{*}}\) est en bijection avec \(\mathcal{P}(\mathbb{N}^{*})\), qui n’est pas dénombrable (théorème de Cantor). Par conséquent, \(K\) n’est pas dénombrable, bien qu’il soit négligeable : la réciproque de la question a) est fausse. - Supposons que \([\alpha, \beta] \subset K\) avec \(\alpha < \beta\). Par croissance de la mesure, \(\beta – \alpha = \lambda([\alpha, \beta]) \leq\, \lambda(K) = 0\), ce qui est absurde. Donc \(K\) ne contient aucun intervalle non trivial : il est d’intérieur vide.
Barème : a) 1 point ; b) 1 point : 0,5 pour la décroissance, 0,5 pour la mesure ; c) 1 point : 0,5 pour la compacité et la non-vacuité, 0,5 pour la continuité décroissante avec hypothèse de finitude citée ; d) 1 point : 0,5 pour l’appartenance, 0,5 pour l’injectivité et la conclusion ; e) 1 point.
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Après le corrigé du contrôle : tribus, mesures et fonctions mesurables
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