Ce cours d’anneaux idéaux spé relit l’arithmétique de première année avec un langage plus riche. Vous y découvrez d’abord la notion d’idéal, qui décrit à la fois les multiples d’un élément et les noyaux de morphismes. Ensuite, les idéaux de \(\mathbb{Z}\) et de \(\mathbb{K}[X]\) donnent une définition naturelle du PGCD et de la relation de Bézout.
Le cœur du chapitre est l’anneau \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) : ses inversibles, le corps \(\mathbb{F}_p\), le théorème chinois, l’indicatrice d’Euler et le théorème d’Euler. Ces résultats s’appuient sur les groupes monogènes et le théorème de Lagrange vus juste avant. Enfin, la notion d’algèbre prépare la réduction des endomorphismes.
Ce chapitre sert ensuite partout. En effet, les polynômes annulateurs forment un idéal, et l’arithmétique modulaire revient sans cesse aux oraux, de la cryptographie aux équations diophantiennes.
Pour vous entraîner ensuite, travaillez les exercices de maths spé sur anneaux, idéaux et Z/nZ.
I. Anneaux : rappels et produit fini d’anneaux
Ce chapitre reprend l’arithmétique de première année avec un langage plus puissant. En effet, les notions d’idéal et d’anneau quotient \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) unifient l’étude de \(\mathbb{Z}\) et celle de \(\mathbb{K}[X]\). Dans tout le chapitre, les anneaux sont unitaires. Sauf mention contraire, ils sont aussi commutatifs.
Un anneau \((A, +, \times )\) est un groupe commutatif \((A, +)\) muni d’une loi \(\times \) associative, distributive par rapport à \(+\) et possédant un élément neutre \(1_A\). Un morphisme d’anneaux \(f : A \to B\) vérifie \(f(a + b) = f(a) + f(b)\), \(f(ab) = f(a) f(b)\) et \(f(1_A) = 1_B\).
L’anneau \(A\) est intègre s’il est commutatif, non nul et sans diviseur de zéro : \(ab = 0 \Rightarrow a = 0\) ou \(b = 0\). Un corps est un anneau commutatif non nul dont tout élément non nul est inversible.
On note \(A^{\times }\) le groupe des inversibles de \(A\). Ce groupe multiplicatif jouera un rôle central pour \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\). Construisons maintenant de nouveaux anneaux à partir d’anneaux connus.
Soit \(A_1, \ldots, A_r\) des anneaux. Le produit \(A_1 \times \cdots \times A_r\) est muni des lois composante par composante :
\[(a_1, \ldots, a_r) + (b_1, \ldots, b_r) = (a_1 + b_1, \ldots, a_r + b_r), \quad (a_1, \ldots, a_r)(b_1, \ldots, b_r) = (a_1 b_1, \ldots, a_r b_r).\]
C’est un anneau de neutre multiplicatif \((1_{A_1}, \ldots, 1_{A_r})\).
Les inversibles du produit sont les \(r\)-uplets d’inversibles : \((A_1 \times \cdots \times A_r)^{\times } = A_1^{\times } \times \cdots \times A_r^{\times }\).
Le produit \((a_i)(b_i)\) vaut \((1, \ldots, 1)\) si et seulement si \(a_i b_i = 1\) pour tout \(i\). Autrement dit, \((a_i)\) est inversible si et seulement si chaque \(a_i\) l’est, et l’inverse est \((a_i^{-1})\).
Un produit de deux anneaux non nuls n’est jamais intègre. Par exemple, dans \(\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}\), on a \((1, 0) \times (0, 1) = (0, 0)\) alors que les deux facteurs sont non nuls.
II. Idéaux d’un anneau commutatif
1. Définition et premiers exemples
Un idéal est une partie stable par addition et « absorbante » pour la multiplication. C’est la bonne notion pour parler de multiples et de noyaux.
Soit \(A\) un anneau commutatif. Une partie \(I\) de \(A\) est un idéal de \(A\) si :
- \(I\) est un sous-groupe de \((A, +)\) ;
- pour tout \(a \in A\) et tout \(x \in I\), on a \(ax \in I\) (propriété d’absorption).
Pour \(a \in A\), l’ensemble \(aA = \{ax,\ x \in A\}\) des multiples de \(a\) est un idéal. On l’appelle l’idéal engendré par \(a\). C’est le plus petit idéal contenant \(a\). Par exemple, \(6\mathbb{Z}\) est l’idéal de \(\mathbb{Z}\) engendré par 6. De même, \((X – 1)\mathbb{R}[X]\) est l’ensemble des polynômes réels qui s’annulent en 1.
Si un idéal \(I\) contient un inversible \(u\), alors \(1 = u^{-1} u \in I\), donc \(I = A\). Par conséquent, les seuls idéaux d’un corps \(\mathbb{K}\) sont \(\{0\}\) et \(\mathbb{K}\).
Le noyau d’un morphisme d’anneaux \(f : A \to B\), avec \(A\) commutatif, est un idéal de \(A\).
D’abord, \(\ker f\) est un sous-groupe de \((A, +)\), car \(f\) est un morphisme de groupes additifs. Ensuite, si \(x \in \ker f\) et \(a \in A\), alors \(f(ax) = f(a) f(x) = f(a) \times 0 = 0\). Donc \(ax \in \ker f\).
En revanche, l’image d’un morphisme n’est pas un idéal en général. C’est un sous-anneau. Ainsi, l’injection \(\mathbb{Z} \to \mathbb{Q}\) a pour image \(\mathbb{Z}\), qui n’est pas un idéal de \(\mathbb{Q}\).
Si \(I\) et \(J\) sont des idéaux de \(A\), alors \(I \cap J\) et \(I + J = \{x + y,\ x \in I,\ y \in J\}\) sont des idéaux de \(A\). De plus, \(I + J\) est le plus petit idéal contenant \(I \cup J\).
Pour montrer qu’une partie \(I\) est un idéal, on dispose de deux voies.
- Vérifier directement : \(0 \in I\), stabilité par différence, puis absorption par un élément quelconque de \(A\).
- Reconnaître \(I\) comme le noyau d’un morphisme d’anneaux, par exemple d’un morphisme d’évaluation \(P \mapsto P(a)\).
Pour montrer qu’une partie n’est pas un idéal, un seul contre-exemple suffit. Souvent, on montre qu’elle contient 1 sans être égale à \(A\).
2. Divisibilité dans un anneau intègre
Dans un anneau intègre \(A\), on dit que \(a\) divise \(b\) s’il existe \(c \in A\) tel que \(b = ac\). Le lien avec les idéaux est immédiat.
Soit \(A\) intègre et \(a, b \in A\). Alors \(a\) divise \(b\) si et seulement si \(bA \subset aA\). De plus, \(aA = bA\) si et seulement si \(a\) et \(b\) sont associés, c’est-à-dire s’il existe \(u \in A^{\times }\) tel que \(b = ua\).
La première équivalence découle de la définition, car \(bA \subset aA\) équivaut à \(b \in aA\). Pour la seconde, supposons \(aA = bA\). Il existe alors \(u, v\) tels que \(b = ua\) et \(a = vb\). Donc \(a = vua\), soit \(a(1 – vu) = 0\). Si \(a = 0\), alors \(b = 0\) et tout convient. Sinon, l’intégrité donne \(vu = 1\), donc \(u\) est inversible. La réciproque est claire.
Ainsi, en passant aux idéaux, on oublie les inversibles. C’est pourquoi, dans \(\mathbb{Z}\), on raisonne sur les entiers positifs, et dans \(\mathbb{K}[X]\), sur les polynômes unitaires.
III. Idéaux de Z et PGCD
La division euclidienne permet de décrire tous les idéaux de \(\mathbb{Z}\). C’est le premier exemple d’anneau principal.
Les idéaux de \(\mathbb{Z}\) sont exactement les \(n\mathbb{Z}\), avec \(n \in \mathbb{N}\). L’entier \(n\) est unique.
Soit \(I\) un idéal de \(\mathbb{Z}\). Si \(I = \{0\}\), alors \(I = 0\mathbb{Z}\). Sinon, \(I\) contient un entier strictement positif, car il est stable par passage à l’opposé. Soit \(n\) le plus petit d’entre eux. D’abord, \(n\mathbb{Z} \subset I\) par absorption. Ensuite, pour \(a \in I\), on écrit \(a = nq + r\) avec \(0 \leq\, r < n\). Alors \(r = a – nq \in I\), et la minimalité de \(n\) impose \(r = 0\). Donc \(I = n\mathbb{Z}\).
Ce théorème donne une définition élégante du PGCD et du PPCM. En effet, \(a\mathbb{Z} + b\mathbb{Z}\) et \(a\mathbb{Z} \cap b\mathbb{Z}\) sont des idéaux. Ils s’écrivent donc \(d\mathbb{Z}\) et \(m\mathbb{Z}\).
Pour \(a, b \in \mathbb{Z}\), on a \(a\mathbb{Z} + b\mathbb{Z} = (a \wedge b)\mathbb{Z}\) et \(a\mathbb{Z} \cap b\mathbb{Z} = (a \vee b)\mathbb{Z}\). En particulier, il existe \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que \(au + bv = a \wedge b\) (relation de Bézout).
Plus généralement, \(a_1\mathbb{Z} + \cdots + a_r\mathbb{Z} = (a_1 \wedge \cdots \wedge a_r)\mathbb{Z}\).
Ainsi, l’inclusion des idéaux renverse la divisibilité : plus l’entier est grand pour la divisibilité, plus son idéal est petit. La figure ci-dessous montre les idéaux de \(\mathbb{Z}\) qui contiennent \(12\mathbb{Z}\). Une flèche descend de \(d\mathbb{Z}\) vers \(m\mathbb{Z}\) quand \(m\mathbb{Z} \subset d\mathbb{Z}\).
On a \(4\mathbb{Z} + 6\mathbb{Z} = 2\mathbb{Z}\) et \(4\mathbb{Z} \cap 6\mathbb{Z} = 12\mathbb{Z}\). Sur la figure, \(2\mathbb{Z}\) est le plus petit idéal au-dessus de \(4\mathbb{Z}\) et \(6\mathbb{Z}\). De même, \(12\mathbb{Z}\) est le plus grand en dessous des deux.
IV. L’anneau Z/nZ
1. Structure d’anneau
Soit \(n \geq\, 1\). La congruence modulo \(n\) est compatible avec l’addition et la multiplication. Par conséquent, les lois de \(\mathbb{Z}\) passent aux classes.
On note \(\overline{k}\) la classe de \(k\) modulo \(n\). L’ensemble \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} = \{\overline{0}, \overline{1}, \ldots, \overline{n – 1}\}\), muni de \(\overline{a} + \overline{b} = \overline{a + b}\) et \(\overline{a} \times \overline{b} = \overline{ab}\), est un anneau commutatif à \(n\) éléments. La surjection canonique \(k \mapsto \overline{k}\) est un morphisme d’anneaux de noyau \(n\mathbb{Z}\).
On visualise \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) comme une horloge à \(n\) graduations. La figure ci-dessous représente \(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\) ; les classes inversibles y sont marquées en rouge.
2. Éléments inversibles
La classe \(\overline{k}\) est inversible dans \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) si et seulement si \(k \wedge n = 1\). Dans le cas contraire, \(\overline{k}\) est nul ou diviseur de zéro.
D’abord, \(\overline{k}\) est inversible si et seulement s’il existe \(u\) tel que \(ku \equiv 1 \pmod n\). Autrement dit, il existe \(u, v\) tels que \(ku + nv = 1\). D’après le théorème de Bézout, cela équivaut à \(k \wedge n = 1\). Ensuite, si \(d = k \wedge n > 1\), on pose \(m = n/d\). Alors \(0 < m < n\), donc \(\overline{m} \neq \overline{0}\), et \(km = (k/d) n\), donc \(\overline{k}\,\overline{m} = \overline{0}\).
Pour calculer l’inverse de \(\overline{k}\) modulo \(n\), on applique l’algorithme d’Euclide étendu à \(k\) et \(n\). On obtient \(ku + nv = 1\), et l’inverse est \(\overline{u}\). Pour de petites valeurs, un essai direct des multiples de \(k\) suffit souvent.
Cherchons l’inverse de 11 modulo 26. Les divisions successives donnent \(26 = 2 \times 11 + 4\), puis \(11 = 2 \times 4 + 3\), puis \(4 = 1 \times 3 + 1\). En remontant :
\[1 = 4 – 3 = 4 – (11 – 2 \times 4) = 3 \times 4 – 11 = 3 \times 26 – 7 \times 11.\]
Donc l’inverse de \(\overline{11}\) est \(\overline{-7} = \overline{19}\). On vérifie : \(11 \times 19 = 209 = 8 \times 26 + 1\).
3. Le corps F_p
Pour \(n \geq\, 2\), les assertions suivantes sont équivalentes : \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est un corps ; \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est intègre ; \(n\) est premier. Lorsque \(p\) est premier, on note \(\mathbb{F}_p = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\).
Un corps est intègre. Si \(n = ab\) avec \(1 < a, b < n\), alors \(\overline{a}\,\overline{b} = \overline{0}\) avec \(\overline{a}, \overline{b}\) non nuls : l’anneau n’est pas intègre. Enfin, si \(n\) est premier, tout \(k\) non multiple de \(n\) est premier avec \(n\), donc \(\overline{k}\) est inversible.
Dans le corps \(\mathbb{F}_p\), on peut diviser et utiliser toute l’algèbre linéaire. De plus, un polynôme de degré \(d\) à coefficients dans \(\mathbb{F}_p\) a au plus \(d\) racines. Par exemple, l’équation \(x^2 = \overline{1}\) n’a que les solutions \(\pm \overline{1}\) dans \(\mathbb{F}_p\).
V. Théorème chinois et indicatrice d’Euler
1. Le théorème chinois
Soit \(m, n \geq\, 1\) premiers entre eux. L’application
\[\psi : \mathbb{Z}/mn\mathbb{Z} \to \mathbb{Z}/m\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, \quad k \bmod mn \mapsto (k \bmod m,\ k \bmod n)\]
est bien définie, et c’est un isomorphisme d’anneaux.
Si \(k \equiv k^{\prime} \pmod{mn}\), alors \(k \equiv k^{\prime}\) modulo \(m\) et modulo \(n\) : \(\psi\) est bien définie. C’est clairement un morphisme d’anneaux. Ensuite, si \(\psi(\overline{k}) = 0\), alors \(m\) et \(n\) divisent \(k\). Comme \(m \wedge n = 1\), leur produit \(mn\) divise \(k\). Donc \(\psi\) est injective. Enfin, les deux ensembles ont \(mn\) éléments, donc \(\psi\) est bijective.
La figure ci-dessous illustre le cas \(m = 3\), \(n = 5\). Chaque entier \(k\) de 0 à 14 est placé dans la case \((k \bmod 3,\ k \bmod 5)\). Chaque case reçoit exactement un entier : c’est la bijectivité de \(\psi\).
Pour résoudre \(x \equiv a \pmod m\) et \(x \equiv b \pmod n\) avec \(m \wedge n = 1\) :
- on écrit une relation de Bézout \(mu + nv = 1\) ;
- on pose \(x_0 = a\,nv + b\,mu\) ; en effet, \(nv \equiv 1 \pmod m\) et \(mu \equiv 1 \pmod n\) ;
- les solutions sont exactement les \(x_0 + kmn\), \(k \in \mathbb{Z}\).
Pour trois congruences ou plus, on combine les deux premières, puis on recommence.
Résolvons \(x \equiv 1 \pmod 4\) et \(x \equiv 3 \pmod 5\). On a \(4 \times (-1) + 5 \times 1 = 1\). Ainsi, \(x_0 = 1 \times 5 + 3 \times (-4) = -7\). Les solutions sont donc les \(x \equiv 13 \pmod{20}\). Vérification : \(13 = 3 \times 4 + 1\) et \(13 = 2 \times 5 + 3\).
Si \(m\) et \(n\) ne sont pas premiers entre eux, le système peut n’avoir aucune solution. Il en a si et seulement si \(a \equiv b \pmod{m \wedge n}\). Dans ce cas, les solutions forment une classe modulo \(m \vee n\).
2. Indicatrice d’Euler
Pour \(n \geq\, 1\), on note \(\varphi(n)\) le nombre d’entiers \(k \in [\![1, n]\!]\) premiers avec \(n\). D’après la partie IV, \(\varphi(n)\) est le cardinal du groupe \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^{\times }\).
- Si \(p\) est premier et \(k \geq\, 1\), alors \(\varphi(p^k) = p^k – p^{k – 1}\).
- Si \(m \wedge n = 1\), alors \(\varphi(mn) = \varphi(m) \varphi(n)\).
- Par conséquent, si \(n = p_1^{\alpha_1} \cdots p_r^{\alpha_r}\), alors \(\varphi(n) = n \displaystyle\prod_{i = 1}^{r} (1 – \frac{1}{p_i})\).
D’abord, un entier est premier avec \(p^k\) si et seulement s’il n’est pas multiple de \(p\). Or il y a \(p^{k – 1}\) multiples de \(p\) dans \([\![1, p^k]\!]\). Ensuite, l’isomorphisme chinois \(\psi\) envoie les inversibles sur les inversibles. Avec la propriété du produit d’anneaux, \((\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z})^{\times }\) est en bijection avec \((\mathbb{Z}/m\mathbb{Z})^{\times } \times (\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^{\times }\). Enfin, la formule générale s’obtient par récurrence sur \(r\).
Comme \(84 = 2^2 \times 3 \times 7\), on obtient \(\varphi(84) = 2 \times 2 \times 6 = 24\). De même, \(\varphi(100) = 100 \times \frac{1}{2} \times \frac{4}{5} = 40\).
La figure ci-dessous représente \(\varphi(n)\) pour \(n\) de 1 à 60. Les points des nombres premiers sont sur la droite \(y = n – 1\), qui est le maximum possible. En revanche, les nombres très composés, comme 30 ou 60, ont une indicatrice nettement plus faible.
3. Théorème d’Euler
Soit \(n \geq\, 2\) et \(a\) un entier premier avec \(n\). Alors \(a^{\varphi(n)} \equiv 1 \pmod n\). En particulier, si \(p\) est premier et ne divise pas \(a\), alors \(a^{p – 1} \equiv 1 \pmod p\) (petit théorème de Fermat).
Le groupe \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^{\times }\) est commutatif et de cardinal \(\varphi(n)\). D’après le théorème de Lagrange, l’ordre de \(\overline{a}\) divise \(\varphi(n)\). Donc \(\overline{a}^{\varphi(n)} = \overline{1}\).
Pour calculer \(a^N \bmod n\) avec \(a \wedge n = 1\), on divise \(N\) par \(\varphi(n)\) : \(N = q\varphi(n) + r\). Alors \(a^N \equiv a^r \pmod n\). Mieux encore, si l’on connaît l’ordre \(\omega\) de \(\overline{a}\), il suffit de réduire \(N\) modulo \(\omega\).
Calculons \(2^{2026}\) modulo 11. Comme 11 est premier, \(2^{10} \equiv 1 \pmod{11}\). Or \(2026 = 202 \times 10 + 6\). Donc \(2^{2026} \equiv 2^6 = 64 \equiv 9 \pmod{11}\).
La figure ci-dessous suit les puissances successives de 2 modulo 11. Elles parcourent les dix classes non nulles avant de revenir à 1 : la classe de 2 est d’ordre 10, qui est bien \(\varphi(11)\).
VI. Idéaux de K[X] et décomposition en irréductibles
Dans cette partie, \(\mathbb{K}\) désigne \(\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\), ou plus généralement un corps. La division euclidienne des polynômes joue le rôle de celle des entiers.
Tout idéal non nul \(I\) de \(\mathbb{K}[X]\) s’écrit \(I = P\,\mathbb{K}[X]\) pour un unique polynôme unitaire \(P\).
Soit \(P\) un polynôme non nul de \(I\) de degré minimal, qu’on peut rendre unitaire en le multipliant par une constante. Par absorption, \(P\,\mathbb{K}[X] \subset I\). Soit \(A \in I\) ; on écrit \(A = PQ + R\) avec \(\deg R < \deg P\). Alors \(R = A – PQ \in I\), donc \(R = 0\) par minimalité. Pour l’unicité, deux générateurs unitaires sont associés, donc égaux, car les inversibles de \(\mathbb{K}[X]\) sont les constantes non nulles.
Soit \(A, B \in \mathbb{K}[X]\) non tous deux nuls. Le PGCD \(D = A \wedge B\) est l’unique polynôme unitaire tel que \(A\,\mathbb{K}[X] + B\,\mathbb{K}[X] = D\,\mathbb{K}[X]\). En particulier, il existe \(U, V\) tels que \(AU + BV = D\).
De plus, tout polynôme non constant se décompose en produit d’une constante et de polynômes irréductibles unitaires, de façon unique à l’ordre près. Sur \(\mathbb{C}\), les irréductibles sont les polynômes de degré 1. Sur \(\mathbb{R}\), ce sont ceux de degré 1 et ceux de degré 2 à discriminant strictement négatif.
On a \(X^4 – 1 = (X – 1)(X + 1)(X^2 + 1)\) dans \(\mathbb{R}[X]\), et \(X^4 – 1 = (X – 1)(X + 1)(X – i)(X + i)\) dans \(\mathbb{C}[X]\). Par ailleurs, \(X^4 – 1 = X(X^3 – 1) + (X – 1)\) et \(X – 1\) divise \(X^3 – 1\). Donc \((X^4 – 1) \wedge (X^3 – 1) = X – 1\).
L’ensemble \(I_a = \{P \in \mathbb{K}[X],\ P(a) = 0\}\) est le noyau du morphisme d’évaluation \(P \mapsto P(a)\). C’est donc un idéal, et ici \(I_a = (X – a)\,\mathbb{K}[X]\). Pour déterminer un idéal de \(\mathbb{K}[X]\), on cherche un polynôme de degré minimal qu’il contient, puis on vérifie qu’il divise tous les autres.
VII. Algèbres, sous-algèbres et morphismes d’algèbres
Beaucoup d’anneaux étudiés en spé sont aussi des espaces vectoriels. La notion d’algèbre combine ces deux structures.
Une \(\mathbb{K}\)-algèbre est un ensemble \(A\) muni de deux lois internes \(+\) et \(\times \) et d’une loi externe \(\cdot\) telles que \((A, +, \times )\) est un anneau, \((A, +, \cdot)\) est un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel, et, pour tous \(\lambda \in \mathbb{K}\) et \(a, b \in A\) :
\[(\lambda \cdot a) \times b = a \times (\lambda \cdot b) = \lambda \cdot (a \times b).\]
Les ensembles \(\mathbb{K}[X]\), \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\), \(\mathcal{L}(E)\) et \(\mathcal{F}(X, \mathbb{K})\) sont des \(\mathbb{K}\)-algèbres. Seules \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\) et \(\mathcal{L}(E)\), pour \(n \geq\, 2\) ou \(\dim E \geq\, 2\), ne sont pas commutatives.
Une sous-algèbre de \(A\) est une partie \(B\) qui contient \(1_A\) et qui est stable par combinaison linéaire et par produit. Un morphisme d’algèbres \(f : A \to A^{\prime}\) est une application linéaire qui est aussi un morphisme d’anneaux : \(f(ab) = f(a) f(b)\) et \(f(1_A) = 1_{A^{\prime}}\).
Pour montrer que \(B\) est une sous-algèbre de \(A\), on vérifie trois points : \(1_A \in B\), \(B\) est un sous-espace vectoriel, et \(ab \in B\) pour tous \(a, b \in B\). Une autre voie consiste à écrire \(B\) comme l’image d’un morphisme d’algèbres.
Soit \(A\) une \(\mathbb{K}\)-algèbre et \(a \in A\). L’application \(\mathrm{ev}_a : \mathbb{K}[X] \to A\), \(P \mapsto P(a)\), est un morphisme d’algèbres. Son image \(\mathbb{K}[a]\) est une sous-algèbre commutative de \(A\). Son noyau est un idéal de \(\mathbb{K}[X]\), formé des polynômes annulateurs de \(a\).
Soit \(\mathcal{C} = \{ \begin{pmatrix} a -b \\ b a \end{pmatrix},\ a, b \in \mathbb{R} \}\). C’est l’image de \(\mathrm{ev}_J : \mathbb{R}[X] \to \mathcal{M}_2(\mathbb{R})\), avec \(J = \begin{pmatrix} 0 -1 \\ 1 0 \end{pmatrix}\). En effet, \(J^2 = -I_2\), donc \(X^2 + 1\) annule \(J\). Écrivons la division euclidienne \(P = (X^2 + 1)Q + a + bX\). On obtient alors \(P(J) = aI_2 + bJ\). Ainsi, \(\mathcal{C}\) est une sous-algèbre de \(\mathcal{M}_2(\mathbb{R})\). De plus, \(a + ib \mapsto aI_2 + bJ\) est un isomorphisme d’algèbres de \(\mathbb{C}\) sur \(\mathcal{C}\).
Ce qu’il faut retenir
- Un idéal est un sous-groupe additif absorbant ; le noyau d’un morphisme d’anneaux en est un.
- Dans un anneau intègre, \(a\) divise \(b\) si et seulement si \(bA \subset aA\), et \(aA = bA\) si et seulement si \(a\) et \(b\) sont associés.
- Les idéaux de \(\mathbb{Z}\) sont les \(n\mathbb{Z}\) ; \(a\mathbb{Z} + b\mathbb{Z} = (a \wedge b)\mathbb{Z}\) et \(a\mathbb{Z} \cap b\mathbb{Z} = (a \vee b)\mathbb{Z}\).
- \(\overline{k}\) est inversible dans \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) si et seulement si \(k \wedge n = 1\) ; l’inverse se calcule par l’algorithme d’Euclide étendu.
- \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est un corps si et seulement si \(n\) est premier.
- Théorème chinois : si \(m \wedge n = 1\), \(\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z} \simeq \mathbb{Z}/m\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\).
- \(\varphi\) est multiplicative et \(\varphi(n) = n \prod (1 – 1/p)\) sur les premiers \(p\) divisant \(n\).
- Théorème d’Euler : \(a^{\varphi(n)} \equiv 1 \pmod n\) si \(a \wedge n = 1\).
- Tout idéal non nul de \(\mathbb{K}[X]\) est engendré par un unique polynôme unitaire.
- Une sous-algèbre contient 1 et est stable par combinaison linéaire et produit ; \(P \mapsto P(a)\) est un morphisme d’algèbres.
Questions fréquentes sur anneaux, idéaux et Z/nZ
Quelle différence entre un idéal et un sous-anneau ?
Un sous-anneau contient 1 et est stable par produit de deux de ses éléments. Un idéal absorbe les produits par n’importe quel élément de l’anneau. Un idéal qui contient 1 est l’anneau entier : sauf ce cas, un idéal n’est jamais un sous-anneau. Le noyau d’un morphisme est un idéal, son image un sous-anneau.
Comment trouver rapidement l'inverse de k modulo n ?
Il faut d’abord vérifier que \(k \wedge n = 1\), sinon l’inverse n’existe pas. On applique ensuite l’algorithme d’Euclide étendu pour obtenir \(ku + nv = 1\) ; l’inverse est la classe de \(u\). Pour de petites valeurs, tester les multiples de \(k\) suffit, et on vérifie toujours par une multiplication.
Quand peut-on appliquer le théorème chinois ?
La forme du cours exige des modules premiers entre eux deux à deux : \(\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z} \simeq \mathbb{Z}/m\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) si \(m \wedge n = 1\). Si les modules ne sont pas premiers entre eux, le système \(x \equiv a \pmod m\), \(x \equiv b \pmod n\) a des solutions seulement si \(a \equiv b\) modulo \(m \wedge n\). Les solutions forment alors une classe modulo le PPCM.
Le théorème d'Euler donne-t-il le plus petit exposant qui annule ?
Non. Il affirme que \(a^{\varphi(n)} \equiv 1 \pmod n\) si \(a \wedge n = 1\), mais l’ordre de \(a\) peut être un diviseur strict de \(\varphi(n)\). Par exemple, \(7^4 \equiv 1 \pmod{100}\) alors que \(\varphi(100) = 40\). Dans les calculs, chercher d’abord une petite puissance égale à 1 fait gagner du temps.
Pour aller plus loin en maths spé
- Les énoncés : exercices de maths spé sur anneaux, idéaux et Z/nZ
- À maîtriser avant : Compléments sur les groupes : groupes monogènes et ordre
- Chapitre précédent : Compléments sur les groupes : groupes monogènes et ordre
- Chapitre suivant : Éléments propres et polynôme caractéristique
- Tester vos connaissances : QCM de maths spé par chapitre
- Le sommaire : tous les chapitres de maths spé et les chapitres de maths sup

























