Voici le corrigé du contrôle de maths sup sur le thème : calcul matriciel, puissances et inverse.
Voici la correction complète du devoir de calcul matriciel. Chaque réponse est rédigée comme on l’attend sur une copie de concours : l’hypothèse de commutation est vérifiée avant chaque usage du binôme, les opérations sur les lignes sont écrites une à une et la discussion du système distingue soigneusement les valeurs du paramètre.
Le barème détaillé suit chaque exercice. Comparez-le à votre copie question par question, repérez les justifications oubliées, puis refaites seul le calcul de l’inverse et celui du commutant, qui reviennent souvent en colle.
L’énoncé se trouve sur la page contrôle de maths sup : calcul matriciel, puissances et inverse.
| Exercice | Points |
| Exercice 1 : Questions de cours | 3 points |
| Exercice 2 : Produits, transposées et symétries | 3,5 points |
| Exercice 3 : Puissances par la formule du binôme | 4 points |
| Exercice 4 : Inverse par la méthode de Gauss-Jordan | 3 points |
| Exercice 5 : Système linéaire à paramètre | 3 points |
| Exercice 6 : Problème : commutant d’une matrice nilpotente | 3,5 points |
| Total | 20 points |
Exercice 1 : Questions de cours (3 points)
- Formule du binôme : si \(A\) et \(B\) sont deux matrices de \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\) qui commutent (\(AB = BA\)), alors pour tout \(p \in \mathbb{N}\),
\[(A + B)^p = \sum_{k=0}^{p} \binom\,{p}{k} A^k B^{p-k}.\]
Avec les matrices proposées, \(AB = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} = B\) et \(BA = \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\), donc \(AB \neq BA\). De plus \(A^2 = A\) et \(B^2 = 0\). En développant sans rien permuter, \((A + B)^2 = A^2 + AB + BA + B^2 = A + B = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\). En revanche \(A^2 + 2AB + B^2 = A + 2B = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\). Les deux résultats diffèrent : sans commutation, la formule du binôme est fausse. - Soient \(A = (a_{ij})\) et \(B = (b_{ij})\) triangulaires supérieures : \(a_{ik} = 0\) si \(i > k\) et \(b_{kj} = 0\) si \(k > j\). Pour tous \(i, j\), on a \((AB)_{ij} = \sum_{k=1}^{n} a_{ik} b_{kj}\). Un terme \(a_{ik} b_{kj}\) ne peut être non nul que si \(i \leq\, k\) et \(k \leq\, j\). Ainsi, si \(i > j\), aucun indice \(k\) ne convient et \((AB)_{ij} = 0\) : \(AB\) est triangulaire supérieure. Pour \(i = j\), la seule valeur possible est \(k = i\), d’où \((AB)_{ii} = a_{ii} b_{ii}\) : les coefficients diagonaux se multiplient terme à terme.
Barème : a) 1,5 point : 0,5 pour l’énoncé avec l’hypothèse \(AB = BA\), 1 pour le contre-exemple calculé ; b) 1,5 point : 1 pour la nullité des coefficients sous la diagonale, 0,5 pour les coefficients diagonaux.
Exercice 2 : Produits, transposées et symétries (3,5 points)
- \(A\) est de taille \(2 \times 3\) et \(B\) de taille \(3 \times 2\) : \(AB\) est carrée d’ordre 2 et \(BA\) carrée d’ordre 3. Ligne par colonne, on obtient
\[AB = \begin{pmatrix} 1 + 4 + 0 & 0 + 2 + 0 \\ 0 + 2 + 1 & 0 + 1 – 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 5 & 2 \\ 3 & -2 \end{pmatrix} \;\; \text{et} \;\; BA = \begin{pmatrix} 1 & 2 & 0 \\ 2 & 5 & -1 \\ -1 & 1 & -3 \end{pmatrix}.\]
Par exemple, la deuxième ligne de \(BA\) vaut \(2 \times (1, 2, 0) + 1 \times (0, 1, -1) = (2, 5, -1)\). Les deux produits n’ont même pas la même taille. - D’après les règles de transposition, \((M^{T} M)^{T} = M^{T} (M^{T})^{T} = M^{T} M\) : \(M^{T} M\) est symétrique. Son coefficient diagonal d’indice \((j, j)\) vaut \(\sum_{i=1}^{n} m_{ij}^2\). Si \(M^{T} M = 0\), chacune de ces sommes de carrés de réels est nulle, donc tous les \(m_{ij}\) sont nuls : \(M = 0\).
- On pose \(S = \frac{1}{2}(C + C^{T})\) et \(K = \frac{1}{2}(C – C^{T})\). Alors \(S^{T} = S\), \(K^{T} = -K\) et \(S + K = C\). Avec \(C^{T} = \begin{pmatrix} 1 & 4 & 2 \\ 2 & 3 & 5 \\ 0 & -1 & 0 \end{pmatrix}\), on trouve
\[S = \begin{pmatrix} 1 & 3 & 1 \\ 3 & 3 & 2 \\ 1 & 2 & 0 \end{pmatrix} \;\; \text{et} \;\; K = \begin{pmatrix} 0 & -1 & -1 \\ 1 & 0 & -3 \\ 1 & 3 & 0 \end{pmatrix}.\]
Vérification : \(S + K = C\). Cette décomposition est de plus unique (si \(C = S^{\prime} + K^{\prime}\), en transposant on retrouve \(S^{\prime} = S\)). - Si \(K^{T} = -K\), alors \((K^2)^{T} = (K^{T})^2 = (-K)^2 = K^2\). Donc \(K^2\) est symétrique.
Barème : a) 1 point (0,5 par produit) ; b) 1 point : 0,5 pour la symétrie, 0,5 pour l’argument de somme de carrés ; c) 1 point : 0,5 pour les formules de \(S\) et \(K\), 0,5 pour les matrices ; d) 0,5 point.
Exercice 3 : Puissances par la formule du binôme (4 points)
- \(N = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}\), donc \(N^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}\) et \(N^3 = 0\). Ainsi \(N^k = 0\) pour tout \(k \geq\, 3\).
- On a \(A = 2I_3 + N\). La matrice \(2I_3\) commute avec toute matrice, en particulier avec \(N\). La formule du binôme s’applique donc. Comme \(N^k = 0\) pour \(k \geq\, 3\), pour tout \(n \geq\, 0\) :
\[A^n = \sum_{k=0}^{n} \binom\,{n}{k} 2^{n-k} N^k = 2^n I_3 + n\,2^{n-1} N + \frac{n(n-1)}{2}\, 2^{n-2} N^2.\]
Pour \(n = 0\) ou \(n = 1\), les coefficients binomiaux \(\binom\,{n}{1}\) ou \(\binom\,{n}{2}\) absents sont nuls, et les expressions \(n\,2^{n-1}\) et \(n(n-1)2^{n-3}\) le sont aussi : la formule reste valable. Finalement,
\[A^n = \begin{pmatrix} 2^n & n\,2^{n-1} & n(n-1)\,2^{n-3} \\ 0 & 2^n & n\,2^{n-1} \\ 0 & 0 & 2^n \end{pmatrix}.\]
Contrôle pour \(n = 2\) : \(A^2 = \begin{pmatrix} 4 & 4 & 1 \\ 0 & 4 & 4 \\ 0 & 0 & 4 \end{pmatrix}\), ce que confirme le calcul direct. La formule est établie pour tout \(n \in \mathbb{N}\). - Comme \(2I_3\) et \(N\) commutent et \(N^3 = 0\) :
\[(2I_3 + N)(\frac{1}{2} I_3 – \frac{1}{4} N + \frac{1}{8} N^2) = I_3 – \frac{1}{2} N + \frac{1}{4} N^2 + \frac{1}{2} N – \frac{1}{4} N^2 + \frac{1}{8} N^3 = I_3.\]
Une matrice carrée inverse à droite est inversible, donc \(A\) est inversible et \(A^{-1} = \frac{1}{2} I_3 – \frac{1}{4} N + \frac{1}{8} N^2\). Pour \(n = -1\), la formule de b) donne les coefficients \(2^{-1} = \frac{1}{2}\), \((-1) \times 2^{-2} = -\frac{1}{4}\) et \(\frac{(-1)(-2)}{2} \times 2^{-3} = \frac{1}{8}\) : elle reste vraie pour \(n = -1\). - \(D – 2I_2 = \begin{pmatrix} -1 & 1 \\ -1 & 1 \end{pmatrix}\) et \((D – 2I_2)^2 = \begin{pmatrix} 1 – 1 & -1 + 1 \\ 1 – 1 & -1 + 1 \end{pmatrix} = 0\). Comme \(2I_2\) commute avec \(D – 2I_2\), le binôme donne \(D^n = 2^n I_2 + n\,2^{n-1}(D – 2I_2)\), soit
\[D^n = 2^{n-1} \begin{pmatrix} 2 – n & n \\ -n & 2 + n \end{pmatrix}.\]
Pour \(n = 1\) on retrouve bien \(D\).
Erreur fréquente : appliquer le binôme sans mentionner que les deux matrices commutent ; c’est justement l’hypothèse que le correcteur attend.
Barème : a) 0,5 point ; b) 2 points : 0,5 pour la commutation, 1 pour la somme réduite à trois termes, 0,5 pour la matrice explicite ; c) 1 point : 0,5 pour le produit égal à \(I_3\), 0,5 pour la vérification en \(n = -1\) ; d) 0,5 point.
Exercice 4 : Inverse par la méthode de Gauss-Jordan (3 points)
- On applique les mêmes opérations sur les lignes à \(P\) et à \(I_3\), écrites côte à côte :
\[(\begin{array}{ccc|ccc} 1 & 2 & 1 & 1 & 0 & 0 \\ 2 & 5 & 3 & 0 & 1 & 0 \\ 1 & 3 & 3 & 0 & 0 & 1 \end{array})\]
\(L_2 arrow L_2 – 2L_1\) et \(L_3 arrow L_3 – L_1\), puis \(L_3 arrow L_3 – L_2\) :
\[(\begin{array}{ccc|ccc} 1 & 2 & 1 & 1 & 0 & 0 \\ 0 & 1 & 1 & -2 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 1 & 1 & -1 & 1 \end{array})\]
Les trois pivots valent 1, donc \(P\) est inversible. Ensuite, \(L_2 arrow L_2 – L_3\) et \(L_1 arrow L_1 – L_3\), puis \(L_1 arrow L_1 – 2L_2\) :
\[(\begin{array}{ccc|ccc} 1 & 0 & 0 & 6 & -3 & 1 \\ 0 & 1 & 0 & -3 & 2 & -1 \\ 0 & 0 & 1 & 1 & -1 & 1 \end{array})\]
Donc \(P^{-1} = \begin{pmatrix} 6 & -3 & 1 \\ -3 & 2 & -1 \\ 1 & -1 & 1 \end{pmatrix}\). Vérification : la première ligne de \(P\) multipliée par les colonnes de \(P^{-1}\) donne \(6 – 6 + 1 = 1\), \(-3 + 4 – 1 = 0\) et \(1 – 2 + 1 = 0\) ; les autres lignes se vérifient de même. - Le système s’écrit \(PX = Y\) avec \(Y = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 2 \end{pmatrix}\). Comme \(P\) est inversible, il a une unique solution \(X = P^{-1} Y = \begin{pmatrix} 6 + 0 + 2 \\ -3 + 0 – 2 \\ 1 + 0 + 2 \end{pmatrix}\). La solution est \((x, y, z) = (8, -5, 3)\). Contrôle : \(8 – 10 + 3 = 1\), \(16 – 25 + 9 = 0\) et \(8 – 15 + 9 = 2\).
Barème : a) 2 points : 1 pour la descente (pivots non nuls), 1 pour la remontée et la matrice inverse ; b) 1 point : 0,5 pour l’écriture \(X = P^{-1} Y\), 0,5 pour la solution.
Exercice 5 : Système linéaire à paramètre (3 points)
- On prend \(x\) comme pivot dans la première équation. Les opérations \(L_2 arrow L_2 – L_1\) et \(L_3 arrow L_3 – mL_1\) donnent \((m-1)y + (1-m)z = m – 1\) et \((1-m)y + (1-m^2)z = m^2 – m\). Puis \(L_3 arrow L_3 + L_2\) élimine \(y\) : \((2 – m – m^2) z = m^2 – 1\). Or \(2 – m – m^2 = -(m-1)(m+2)\). Ces opérations sont réversibles, donc \((S_m)\) équivaut au système triangulaire :
\[\{ \begin{aligned} x + y + mz = 1 \\ (m-1)y + (1-m)z = m – 1 \\ -(m-1)(m+2)\,z = (m-1)(m+1) \end{aligned} .\] - Si \(m \notin \{1, -2\}\), les coefficients diagonaux \(1\), \(m – 1\) et \(-(m-1)(m+2)\) sont non nuls : le système est de Cramer et admet une unique solution. La dernière ligne donne \(z = -\frac{m+1}{m+2}\). En divisant la deuxième par \(m – 1\), on obtient \(y – z = 1\), donc \(y = \frac{1}{m+2}\). Enfin \(x = 1 – y – mz = \frac{m + 2 – 1 + m^2 + m}{m+2}\). L’unique solution est \((\frac{(m+1)^2}{m+2}, \frac{1}{m+2}, -\frac{m+1}{m+2})\). Contrôle dans la troisième équation : \(\frac{m(m+1)^2 + 1 – (m+1)}{m+2} = \frac{m(m^2 + 2m)}{m+2} = m^2\).
- Pour \(m = 1\), les trois équations s’écrivent \(x + y + z = 1\). L’ensemble des solutions est le plan \(\{(1 – y – z, y, z) \,:\, (y, z) \in \mathbb{R}^2\}\). Pour \(m = -2\), la dernière ligne devient \(0 \times z = (-3) \times (-1) = 3\), ce qui est impossible. Le système \((S_{-2})\) n’a aucune solution.
Barème : a) 1 point : 0,5 pour les opérations, 0,5 pour la factorisation \(-(m-1)(m+2)\) ; b) 1 point : 0,5 pour l’argument d’unicité, 0,5 pour la solution ; c) 1 point : 0,5 par cas.
Exercice 6 : Problème : commutant d’une matrice nilpotente (3,5 points)
- \(AI_n = I_n A\) et \(AA = AA\), donc \(I_n\) et \(A\) appartiennent à \(\mathcal{C}(A)\). Si \(M\) et \(M^{\prime}\) commutent avec \(A\) et \(\lambda \in \mathbb{K}\), alors \(A(M + \lambda M^{\prime}) = MA + \lambda M^{\prime} A = (M + \lambda M^{\prime})A\). De plus, par associativité, \(A(MM^{\prime}) = (MA)M^{\prime} = M(AM^{\prime}) = (MM^{\prime})A\). \(\mathcal{C}(A)\) est donc stable par somme, par multiplication par un scalaire et par produit. En particulier, il contient tout polynôme en \(A\).
- Multiplier à gauche par \(J\) remonte les lignes, et multiplier à droite par \(J\) décale les colonnes vers la droite :
\[JM = \begin{pmatrix} m_{21} & m_{22} & m_{23} \\ m_{31} & m_{32} & m_{33} \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} \;\; \text{et} \;\; MJ = \begin{pmatrix} 0 & m_{11} & m_{12} \\ 0 & m_{21} & m_{22} \\ 0 & m_{31} & m_{32} \end{pmatrix}.\]
L’égalité \(JM = MJ\) équivaut, coefficient par coefficient, à \(m_{21} = m_{31} = m_{32} = 0\), \(m_{11} = m_{22} = m_{33}\) et \(m_{12} = m_{23}\). En notant \(a = m_{11}\), \(b = m_{12}\) et \(c = m_{13}\), cela s’écrit
\[M = \begin{pmatrix} a & b & c \\ 0 & a & b \\ 0 & 0 & a \end{pmatrix} = aI_3 + bJ + cJ^2,\]
car \(J^2\) n’a qu’un coefficient non nul, égal à 1, en position \((1, 3)\). Réciproquement, une telle matrice commute avec \(J\) d’après a). Ainsi \(\mathcal{C}(J) = \{aI_3 + bJ + cJ^2 \,:\, a, b, c \in \mathbb{K}\}\). - La matrice de l’exercice 3 vérifie \(A = 2I_3 + J\) (on avait \(N = J\)). Pour toute \(M\), \(AM – MA = 2M + JM – 2M – MJ = JM – MJ\). Donc \(\mathcal{C}(A) = \mathcal{C}(J)\) : ce sont les matrices \(aI_3 + bJ + cJ^2\).
- Supposons \(M^2 = J\). Alors \(MJ = M^3 = JM\), donc \(M \in \mathcal{C}(J)\) et \(M = aI_3 + bJ + cJ^2\). Comme \(J^3 = 0\), on calcule \(M^2 = a^2 I_3 + 2ab\,J + (b^2 + 2ac) J^2\). Les matrices \(I_3\), \(J\) et \(J^2\) ont leurs coefficients non nuls à des places disjointes. L’égalité \(M^2 = J\) impose donc \(a^2 = 0\) et \(2ab = 1\). Or \(a = 0\) donne \(2ab = 0\), c’est contradictoire. Aucune matrice de \(\mathcal{M}_3(\mathbb{K})\) n’a pour carré \(J\).
Barème : a) 0,5 point ; b) 1,5 point : 0,5 pour les produits \(JM\) et \(MJ\), 0,5 pour les relations, 0,5 pour la conclusion avec la réciproque ; c) 0,5 point ; d) 1 point : 0,5 pour l’appartenance au commutant, 0,5 pour la contradiction.
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