Mathovore, tout pour reussir en maths : cours et exercices corriges
Aller au contenu
Vous êtes ici : Accueil » Cours de maths en L3 » Groupes et actions : cours de maths en L3 en PDF.

Groupes et actions : cours de maths en L3 en PDF.

    Groupes et actions : cours de maths en L3 en PDF

    Ce chapitre de théorie des groupes L3 prolonge l’algèbre de deuxième année. Il introduit deux outils qui changent la façon d’étudier un groupe : le groupe quotient, construit à partir d’un sous-groupe distingué, et les actions de groupes sur un ensemble. Les théorèmes d’isomorphisme permettent d’identifier les quotients, tandis que la relation entre orbites et stabilisateurs ramène de nombreux dénombrements à un calcul d’indice.

    Vous y retrouverez les groupes de référence : les groupes cycliques \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), le groupe symétrique avec sa signature et le groupe alterné, puis les groupes diédraux d’isométries des polygones. La formule des classes conduit ensuite aux premiers résultats de structure, et les théorèmes de Sylow sont énoncés avec leurs applications classiques.

    Ce chapitre, placé au premier semestre, sert de socle au cours sur les anneaux et les corps, où quotients et morphismes jouent le même rôle, ainsi qu’à la géométrie et à la théorie de Galois.

    Pour vous entraîner ensuite, travaillez les exercices de maths en L3 sur groupes et actions.

    I. Sous-groupes distingués et groupe quotient

    Dans tout le chapitre, \(G\) désigne un groupe noté multiplicativement, de neutre \(e\). On note \(|G|\) son ordre lorsqu’il est fini. L’objectif est double : d’abord fabriquer de nouveaux groupes par passage au quotient, ensuite étudier un groupe à travers la façon dont il agit sur un ensemble.

    1. Classes à gauche et théorème de Lagrange

    Soit \(H\) un sous-groupe de \(G\). La relation \(x \sim y \Leftrightarrow x^{-1}y \in H\) est une relation d’équivalence. Sa classe de \(x\) est la classe à gauche \(xH = \{xh \mid h \in H\}\). L’ensemble des classes se note \(G/H\), et son cardinal \([G:H]\) s’appelle l’indice de \(H\) dans \(G\).

    Théorème :

    (Lagrange) Si \(G\) est fini et \(H\) est un sous-groupe de \(G\), alors \(|G| = [G:H]\,|H|\). En particulier, l’ordre de \(H\) divise l’ordre de \(G\), et l’ordre de tout élément de \(G\) divise \(|G|\).

    Démonstration :

    Les classes à gauche forment une partition de \(G\). De plus, l’application \(h \mapsto xh\) est une bijection de \(H\) sur \(xH\), de réciproque \(y \mapsto x^{-1}y\). Ainsi, chaque classe a exactement \(|H|\) éléments. Il y a \([G:H]\) classes, d’où la formule. Enfin, l’ordre d’un élément \(g\) est l’ordre du sous-groupe \(\langle g \rangle\).

    Par exemple, dans \(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\), le sous-groupe \(H = \{0, 3, 6, 9\}\) possède trois classes. La figure ci-dessous place les douze éléments sur un cercle et colore chaque classe : on voit trois carrés disjoints de même taille, conformément au théorème de Lagrange.

    Les douze éléments de Z/12Z sur un cercle, colorés selon les trois classes du sous-groupe H = {0, 3, 6, 9}

    2. Sous-groupes distingués

    Définition :

    Un sous-groupe \(H\) de \(G\) est distingué (ou normal) si \(gHg^{-1} \subset H\) pour tout \(g \in G\). On note alors \(H \lhd G\). De façon équivalente, \(gH = Hg\) pour tout \(g \in G\) : classes à gauche et à droite coïncident.

    Dans un groupe abélien, tout sous-groupe est distingué. En revanche, dans \(\mathfrak{S}_3\), le sous-groupe \(\{\mathrm{id}, (1\,2)\}\) n’est pas distingué. En effet, \((1\,3)(1\,2)(1\,3) = (2\,3)\) n’appartient pas à ce sous-groupe.

    Proposition :

    Les sous-groupes suivants sont toujours distingués :

    • le noyau \(\ker f\) de tout morphisme de groupes \(f : G \to G^{\prime}\) ;
    • le centre \(Z(G) = \{z \in G \mid \forall g \in G,\ gz = zg\}\) ;
    • tout sous-groupe d’indice 2 ;
    • l’intersection d’une famille de sous-groupes distingués.
    Démonstration :

    Si \(f(h) = e\), alors \(f(ghg^{-1}) = f(g)f(g)^{-1} = e\). Pour le centre, \(gzg^{-1} = z\). Enfin, si \([G:H] = 2\), les deux classes à gauche sont \(H\) et \(G \setminus H\) ; de même pour les classes à droite. Donc, pour \(g \notin H\), on a \(gH = G \setminus H = Hg\). Le cas de l’intersection est immédiat.

    Méthode :

    Pour montrer que \(H\) est distingué dans \(G\), on dispose de quatre stratégies :

    • calculer \(ghg^{-1}\) et vérifier qu’il est dans \(H\), en se limitant si besoin à des générateurs \(g\) de \(G\) ;
    • reconnaître \(H\) comme le noyau d’un morphisme bien choisi (déterminant, signature, projection) ;
    • observer que \(H\) est d’indice 2 ;
    • montrer que \(H\) est une réunion de classes de conjugaison de \(G\).

    3. Construction du groupe quotient

    Théorème :

    Soit \(H \lhd G\). La loi \((xH)(yH) = xyH\) est bien définie sur \(G/H\) et en fait un groupe, de neutre \(H\). La projection canonique \(\pi : G \to G/H\), \(x \mapsto xH\), est un morphisme surjectif de noyau \(H\).

    Démonstration :

    Supposons \(xH = x^{\prime}H\) et \(yH = y^{\prime}H\). On écrit \(x^{\prime} = xh\) et \(y^{\prime} = yk\) avec \(h, k \in H\). Alors \(x^{\prime}y^{\prime} = xy\,(y^{-1}hy)\,k\). Or \(y^{-1}hy \in H\), car \(H\) est distingué. Donc \(x^{\prime}y^{\prime}H = xyH\), et la loi ne dépend pas des représentants. Les axiomes de groupe se déduisent alors de ceux de \(G\).

    Attention :

    Si \(H\) n’est pas distingué, la formule \((xH)(yH) = xyH\) n’a pas de sens. Par exemple, avec \(H = \{\mathrm{id}, (1\,2)\}\) dans \(\mathfrak{S}_3\), on a \((1\,3)H = (1\,3)(1\,2)H\). Pourtant, en multipliant à droite par \((1\,3)\), le premier représentant donne \((1\,3)(1\,3)H = H\), tandis que le second donne \((1\,3)(1\,2)(1\,3)H = (2\,3)H \neq H\).

    II. Les théorèmes d’isomorphisme

    Le groupe quotient n’est utile que si l’on sait l’identifier. C’est le rôle des théorèmes d’isomorphisme. Ils reposent tous sur une même propriété de factorisation.

    Théorème :

    (Propriété universelle) Soit \(H \lhd G\) et \(f : G \to G^{\prime}\) un morphisme tel que \(H \subset \ker f\). Il existe un unique morphisme \(\,\overline{f} : G/H \to G^{\prime}\) tel que \(f = \,\overline{f} \circ \pi\), donné par \(\,\overline{f}(xH) = f(x)\).

    Théorème :

    (Premier théorème d’isomorphisme) Pour tout morphisme \(f : G \to G^{\prime}\), l’application \(\,\overline{f}\) induit un isomorphisme \[G/\ker f \simeq \mathrm{Im}\, f.\]

    Démonstration :

    On prend \(H = \ker f\). D’abord, \(\,\overline{f}\) est bien définie : si \(xH = yH\), alors \(x^{-1}y \in \ker f\), donc \(f(x) = f(y)\). Ensuite, \(\,\overline{f}(xH) = e\) équivaut à \(x \in \ker f\), c’est-à-dire \(xH = H\) ; donc \(\,\overline{f}\) est injective. Enfin, son image est \(\mathrm{Im}\, f\).

    Théorème :

    (Deuxième théorème) Si \(H\) est un sous-groupe de \(G\) et \(N \lhd G\), alors \(HN\) est un sous-groupe, \(H \cap N \lhd H\) et \(HN/N \simeq H/(H \cap N)\).

    (Troisième théorème) Si \(N \subset K\) sont deux sous-groupes distingués de \(G\), alors \(K/N \lhd G/N\) et \[(G/N)/(K/N) \simeq G/K.\]

    Les deux derniers énoncés se démontrent en appliquant le premier théorème. Pour le deuxième, on utilise \(h \mapsto hN\), de \(H\) dans \(HN/N\), qui est surjectif de noyau \(H \cap N\). Pour le troisième, on factorise la projection \(G \to G/K\) par \(G/N\).

    Méthode :

    Pour établir un isomorphisme \(G/H \simeq G^{\prime}\), on procède en trois temps :

    • on cherche un morphisme \(f : G \to G^{\prime}\) naturel (exponentielle, déterminant, module, réduction modulo \(n\)) ;
    • on vérifie que \(f\) est surjectif ;
    • on calcule \(\ker f\) et on vérifie qu’il vaut \(H\).

    Le premier théorème d’isomorphisme conclut alors, sans jamais manipuler de classes.

    Exemple :

    Le morphisme \(t \mapsto e^{2i\pi t}\), de \((\mathbb{R}, +)\) dans le groupe \(\mathbb{U}\) des complexes de module 1, est surjectif de noyau \(\mathbb{Z}\). Donc \(\mathbb{R}/\mathbb{Z} \simeq \mathbb{U}\). De même, le déterminant, de \(\mathrm{GL}_n(\mathbb{K})\) dans \(\mathbb{K}^*\), est surjectif de noyau \(\mathrm{SL}_n(\mathbb{K})\). Par conséquent, \(\mathrm{GL}_n(\mathbb{K})/\mathrm{SL}_n(\mathbb{K}) \simeq \mathbb{K}^*\).

    III. Groupes cycliques et Z/nZ

    Un groupe est monogène s’il est engendré par un seul élément, et cyclique s’il est de plus fini. Ces groupes sont entièrement classés.

    Théorème :

    Tout groupe monogène infini est isomorphe à \(\mathbb{Z}\). Tout groupe cyclique d’ordre \(n\) est isomorphe à \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\).

    Démonstration :

    Soit \(G = \langle g \rangle\). Le morphisme \(k \mapsto g^k\), de \(\mathbb{Z}\) dans \(G\), est surjectif. Son noyau est un sous-groupe de \(\mathbb{Z}\), donc de la forme \(n\mathbb{Z}\). Si \(n = 0\), on obtient \(G \simeq \mathbb{Z}\). Sinon, le premier théorème d’isomorphisme donne \(G \simeq \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), et alors \(|G| = n\).

    Proposition :

    Soit \(n \geq\, 1\).

    • Pour chaque diviseur \(d\) de \(n\), \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) possède un unique sous-groupe d’ordre \(d\), à savoir \(\langle \overline{n/d} \rangle\). Il n’y en a pas d’autre.
    • L’ordre de \(\,\overline{k}\) est \(n / (k \wedge n)\). Ainsi, \(\,\overline{k}\) engendre \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) si et seulement si \(k \wedge n = 1\) ; il y a \(\varphi(n)\) générateurs.
    • (Lemme chinois) Si \(m \wedge n = 1\), alors \(\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z} \simeq \mathbb{Z}/m\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\).
    Démonstration :

    Un sous-groupe de \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est l’image d’un sous-groupe de \(\mathbb{Z}\) contenant \(n\mathbb{Z}\), c’est-à-dire \(a\mathbb{Z}\) avec \(a\) divisant \(n\). Son ordre vaut \(n/a\), d’où l’unicité. Ensuite, \(j\,\overline{k} = \,\overline{0}\) équivaut à \(n \mid jk\), soit \(\frac{n}{k \wedge n} \mid j\). Enfin, le morphisme \(x \mapsto (x \bmod m, x \bmod n)\) a pour noyau \(\mathrm{ppcm}(m,n)\mathbb{Z} = mn\mathbb{Z}\). Il est donc injectif sur \(\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z}\), puis bijectif par égalité des cardinaux.

    La figure suivante représente les sous-groupes de \(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\), ordonnés par inclusion. On y lit les six diviseurs de 12 : chaque arête relie un sous-groupe à un sous-groupe qui le contient avec un indice premier.

    Treillis des six sous-groupes de Z/12Z ordonnés par inclusion, chaque arête portant l'indice correspondant

    Remarque :

    Un groupe d’ordre premier \(p\) est cyclique : tout élément différent de \(e\) est d’ordre \(p\) d’après Lagrange. En revanche, \(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\) n’est pas cyclique, car tous ses éléments sont d’ordre au plus 2.

    IV. Actions de groupes, orbites et stabilisateurs

    1. Définition

    Définition :

    Une action de \(G\) sur un ensemble \(X\) est une application \(G \times X \to X\), \((g, x) \mapsto g \cdot x\), telle que \(e \cdot x = x\) et \(g \cdot (h \cdot x) = (gh) \cdot x\) pour tous \(g, h \in G\) et \(x \in X\).

    Autrement dit, une action est un morphisme \(\rho : G \to \mathfrak{S}(X)\), où \(\rho(g) : x \mapsto g \cdot x\). L’action est fidèle si \(\rho\) est injectif. Trois exemples reviennent sans cesse :

    • l’action de \(G\) sur lui-même par translation, \(g \cdot x = gx\) ;
    • l’action par conjugaison, \(g \cdot x = gxg^{-1}\) ;
    • l’action sur les classes à gauche \(G/H\), \(g \cdot (xH) = gxH\).
    Théorème :

    (Cayley) Tout groupe fini d’ordre \(n\) est isomorphe à un sous-groupe de \(\mathfrak{S}_n\).

    Démonstration :

    L’action par translation est fidèle, car \(gx = x\) entraîne \(g = e\). Le morphisme \(\rho\) est donc injectif, et \(G \simeq \rho(G) \subset \mathfrak{S}(G) \simeq \mathfrak{S}_n\).

    2. Orbites et stabilisateurs

    Définition :

    L’orbite de \(x\) est \(G \cdot x = \{g \cdot x \mid g \in G\}\). Le stabilisateur de \(x\) est \(G_x = \{g \in G \mid g \cdot x = x\}\) ; c’est un sous-groupe de \(G\). Les orbites forment une partition de \(X\). L’action est transitive s’il n’y a qu’une orbite.

    Théorème :

    (Relation orbite-stabilisateur) L’application \(gG_x \mapsto g \cdot x\) est une bijection de \(G/G_x\) sur \(G \cdot x\). Si \(G\) est fini, \[|G \cdot x| = [G : G_x] = \frac{|G|}{|G_x|}.\] De plus, \(G_{g \cdot x} = g\,G_x\,g^{-1}\).

    Démonstration :

    On a \(g \cdot x = g^{\prime} \cdot x\) si et seulement si \(g^{-1}g^{\prime} \in G_x\), c’est-à-dire \(gG_x = g^{\prime}G_x\). Ainsi, l’application est bien définie et injective. Elle est surjective par définition de l’orbite. Enfin, \(h \cdot (g \cdot x) = g \cdot x\) équivaut à \(g^{-1}hg \in G_x\).

    Exemple :

    Soit \(G\) le groupe des six rotations de centre \(O\) et d’angle \(k\pi/3\), agissant sur le plan. L’orbite d’un point \(P \neq O\) compte six points : ce sont les sommets d’un hexagone régulier. Son stabilisateur est donc trivial, car \(6 = 6/1\). En revanche, l’orbite de \(O\) est \(\{O\}\), de stabilisateur \(G\) tout entier. La figure ci-dessous montre ces orbites.

    Orbites de deux points sous le groupe des six rotations d'angle kπ/3, et orbite réduite au centre O

    Méthode :

    Pour calculer l’ordre d’un groupe fini \(G\) de transformations, on choisit un objet \(x\) sur lequel il agit (sommet, face, arête). On détermine son orbite, souvent tout l’ensemble par transitivité, puis son stabilisateur, plus petit et plus facile à décrire. On conclut par \(|G| = |G \cdot x| \times |G_x|\).

    3. Formule des classes et formule de Burnside

    Supposons \(X\) fini, et choisissons un représentant \(x_1, \ldots, x_r\) par orbite. La partition en orbites donne aussitôt la formule des classes.

    Théorème :

    (Formule des classes) \[|X| = \sum_{i=1}^{r} [G : G_{x_i}].\] En particulier, pour l’action de \(G\) fini sur lui-même par conjugaison, les orbites sont les classes de conjugaison, les stabilisateurs sont les centralisateurs \(C(x)\), et \[|G| = |Z(G)| + \sum_{j} [G : C(x_j)],\] où la somme porte sur les classes de conjugaison non réduites à un élément.

    Corollaire :

    Soit \(p\) premier. Tout groupe d’ordre \(p^k\), avec \(k \geq\, 1\), a un centre non trivial.

    Démonstration :

    Chaque indice \([G : C(x_j)]\) divise \(p^k\) et est différent de 1. Il est donc divisible par \(p\). Par conséquent, \(|Z(G)| = |G| – \sum_j [G : C(x_j)]\) est divisible par \(p\). Comme \(e \in Z(G)\), on a \(|Z(G)| \geq\, 1\), donc \(|Z(G)| \geq\, p\).

    Proposition :

    (Formule de Burnside) Si \(G\) et \(X\) sont finis, le nombre d’orbites vaut \[r = \frac{1}{|G|} \sum_{g \in G} |\mathrm{Fix}(g)|, \quad \text{où } \mathrm{Fix}(g) = \{x \in X \mid g \cdot x = x\}.\]

    Démonstration :

    On compte de deux façons les couples \((g, x)\) tels que \(g \cdot x = x\). D’une part, leur nombre vaut \(\sum_g |\mathrm{Fix}(g)|\). D’autre part, il vaut \(\sum_x |G_x| = \sum_x |G|/|G \cdot x|\). Or chaque orbite \(\Omega\) contribue \(\sum_{x \in \Omega} 1/|\Omega| = 1\) à la somme \(\sum_x 1/|G \cdot x|\). D’où le résultat.

    V. Le groupe symétrique

    1. Cycles et décomposition

    Un cycle de longueur \(k \geq\, 2\) est une permutation \((a_1\,a_2\,\ldots\,a_k)\) qui envoie \(a_1\) sur \(a_2\), puis \(a_2\) sur \(a_3\), et ainsi de suite jusqu’à \(a_k \mapsto a_1\), en fixant les autres points. Une transposition est un cycle de longueur 2.

    Théorème :

    Toute permutation \(\sigma \in \mathfrak{S}_n\) se décompose en produit de cycles à supports disjoints. Cette décomposition est unique à l’ordre près, et les cycles commutent. Les supports des cycles sont les orbites non triviales de l’action de \(\langle \sigma \rangle\) sur \(\{1, \ldots, n\}\). L’ordre de \(\sigma\) est le ppcm des longueurs des cycles.

    Exemple :

    Dans \(\mathfrak{S}_8\), soit \(\sigma\) définie par \(\sigma(1) = 4\), \(\sigma(4) = 6\), \(\sigma(6) = 1\), \(\sigma(2) = 7\), \(\sigma(7) = 2\), \(\sigma(5) = 8\), \(\sigma(8) = 5\) et \(\sigma(3) = 3\). On suit les flèches à partir de 1, puis du plus petit point non encore atteint. On obtient \(\sigma = (1\,4\,6)(2\,7)(5\,8)\), d’ordre \(\mathrm{ppcm}(3, 2, 2) = 6\). La figure ci-dessous dessine ces cycles.

    Décomposition de la permutation σ de S8 en un cycle de longueur 3, deux transpositions et un point fixe

    Proposition :

    Pour tout cycle et toute permutation \(\tau\), on a \(\tau\,(a_1\,\ldots\,a_k)\,\tau^{-1} = (\tau(a_1)\,\ldots\,\tau(a_k))\). Par conséquent, deux permutations sont conjuguées dans \(\mathfrak{S}_n\) si et seulement si elles ont le même type, c’est-à-dire la même liste de longueurs de cycles.

    2. Signature et groupe alterné

    Théorème :

    Les transpositions engendrent \(\mathfrak{S}_n\). Il existe un unique morphisme non trivial \(\varepsilon : \mathfrak{S}_n \to \{-1, 1\}\) pour \(n \geq\, 2\), la signature. Il vérifie \(\varepsilon(\tau) = -1\) pour toute transposition, et \(\varepsilon(c) = (-1)^{k-1}\) pour un cycle de longueur \(k\).

    En pratique, on calcule la signature par la décomposition en cycles. En effet, \((a_1\,\ldots\,a_k) = (a_1\,a_2)(a_2\,a_3)\cdots(a_{k-1}\,a_k)\) est un produit de \(k-1\) transpositions. Ainsi, la permutation \(\sigma\) de l’exemple précédent a pour signature \((+1)(-1)(-1) = 1\).

    Définition :

    Le groupe alterné \(\mathfrak{A}_n\) est le noyau de la signature. C’est un sous-groupe distingué d’indice 2 de \(\mathfrak{S}_n\) pour \(n \geq\, 2\), donc d’ordre \(n!/2\).

    Proposition :

    Pour \(n \geq\, 3\), le groupe \(\mathfrak{A}_n\) est engendré par les 3-cycles.

    Démonstration :

    Un élément de \(\mathfrak{A}_n\) est un produit d’un nombre pair de transpositions. Il suffit donc d’écrire un produit de deux transpositions distinctes à l’aide de 3-cycles. Si elles ont un point commun, \((a\,b)(a\,c) = (a\,c\,b)\). Sinon, \((a\,b)(c\,d) = (a\,b)(b\,c)\,(b\,c)(c\,d) = (b\,c\,a)(c\,d\,b)\).

    Remarque :

    Pour \(n \geq\, 5\), le groupe \(\mathfrak{A}_n\) est simple : ses seuls sous-groupes distingués sont \(\{\mathrm{id}\}\) et lui-même. Le cas \(n = 5\) est traité en exercice. En revanche, \(\mathfrak{A}_4\) contient le sous-groupe distingué \(V_4 = \{\mathrm{id}, (1\,2)(3\,4), (1\,3)(2\,4), (1\,4)(2\,3)\}\), réunion de deux classes de conjugaison.

    VI. Groupes diédraux et groupes d’isométries

    Soit \(n \geq\, 3\) et \(P_n\) un polygone régulier à \(n\) sommets \(A_0, \ldots, A_{n-1}\), de centre \(O\). Le groupe diédral \(D_n\) est le groupe des isométries du plan qui conservent \(P_n\).

    Théorème :

    Le groupe \(D_n\) est d’ordre \(2n\). Il est formé des \(n\) rotations \(r^k\) de centre \(O\) et d’angle \(2k\pi/n\), et des \(n\) réflexions \(sr^k\), où \(s\) est la réflexion d’axe \((OA_0)\). On a les relations \[r^n = s^2 = \mathrm{id}, \qquad srs^{-1} = r^{-1}.\]

    Démonstration :

    Une isométrie qui conserve \(P_n\) fixe son centre de gravité \(O\) et permute les sommets. Le groupe \(D_n\) agit donc sur les \(n\) sommets. Cette action est transitive, grâce aux rotations \(r^k\). Par ailleurs, le stabilisateur de \(A_0\) fixe \(O\) et \(A_0\). C’est donc l’identité ou la réflexion \(s\) d’axe \((OA_0)\), car une isométrie fixant deux points distincts est l’identité ou la réflexion par la droite qui les joint. Par la relation orbite-stabilisateur, \(|D_n| = n \times 2 = 2n\). Enfin, \(srs\) est une isométrie directe de \(D_n\), donc une rotation \(r^k\). Or elle envoie \(A_1\) sur \(s(r(A_{n-1})) = s(A_0) = A_0\). C’est donc \(r^{-1}\).

    La figure ci-dessous illustre le cas \(n = 6\). Les six axes de symétrie sont de deux sortes : trois passent par deux sommets opposés, trois par les milieux de deux côtés opposés.

    Hexagone régulier, ses six axes de symétrie et la rotation r d'angle π/3, qui engendrent le groupe diédral D6

    Propriété :

    Le sous-groupe \(\langle r \rangle\) des rotations est cyclique d’ordre \(n\) et distingué dans \(D_n\), car d’indice 2. Le quotient \(D_n/\langle r \rangle\) est d’ordre 2. De plus, \(D_n\) n’est pas abélien, puisque \(sr = r^{-1}s \neq rs\) dès que \(n \geq\, 3\).

    Exemple :

    Calculons les classes de conjugaison des réflexions dans \(D_n\). La relation \(r^j (sr^k) r^{-j} = s r^{k – 2j}\) montre que \(sr^k\) est conjuguée aux \(sr^{k + 2m}\). Si \(n\) est impair, toutes les réflexions sont conjuguées. En revanche, si \(n\) est pair, elles forment deux classes de \(n/2\) éléments, qui correspondent aux deux sortes d’axes de la figure.

    VII. Les théorèmes de Sylow

    Le théorème de Lagrange donne une condition nécessaire sur l’ordre d’un sous-groupe. Sa réciproque est fausse en général : \(\mathfrak{A}_4\), d’ordre 12, n’a aucun sous-groupe d’ordre 6. Les théorèmes de Sylow fournissent une réciproque partielle.

    Définition :

    Soit \(G\) fini et \(p\) premier, avec \(|G| = p^{\alpha} m\) et \(p \nmid m\). Un \(p\)-sous-groupe de Sylow de \(G\) est un sous-groupe d’ordre \(p^{\alpha}\). On note \(n_p\) leur nombre.

    Théorème :

    (Sylow) Avec ces notations :

    • \(G\) possède au moins un \(p\)-sous-groupe de Sylow ;
    • les \(p\)-sous-groupes de Sylow sont deux à deux conjugués, et tout \(p\)-sous-groupe de \(G\) est contenu dans l’un d’eux ;
    • \(n_p\) divise \(m\) et \(n_p \equiv 1 \pmod p\).

    La démonstration, admise ici, repose entièrement sur des actions de groupes et sur la formule des classes. Retenons surtout la conséquence suivante, qui sert constamment.

    Corollaire :

    Un \(p\)-sous-groupe de Sylow \(P\) est distingué dans \(G\) si et seulement si \(n_p = 1\). En effet, les conjugués de \(P\) sont exactement les \(p\)-sous-groupes de Sylow.

    Méthode :

    Pour montrer qu’un groupe d’ordre donné n’est pas simple, on factorise son ordre, puis on liste les valeurs possibles de chaque \(n_p\) avec les deux conditions de divisibilité et de congruence. Si l’une d’elles force \(n_p = 1\), c’est terminé. Sinon, on compte les éléments d’ordre \(p\) : deux sous-groupes d’ordre premier \(p\) distincts ne partagent que \(e\), ce qui donne \(n_p(p-1)\) éléments d’ordre \(p\). On aboutit souvent à trop d’éléments.

    Exemple :

    Soit \(G\) d’ordre \(15 = 3 \times 5\). D’abord, \(n_5\) divise 3 et \(n_5 \equiv 1 \pmod 5\), donc \(n_5 = 1\). Ensuite, \(n_3\) divise 5 et \(n_3 \equiv 1 \pmod 3\), donc \(n_3 = 1\). Les sous-groupes \(P_3\) et \(P_5\) sont distingués, d’intersection triviale. Ainsi, pour \(x \in P_3\) et \(y \in P_5\), le commutateur \(xyx^{-1}y^{-1}\) appartient à \(P_3 \cap P_5 = \{e\}\). Par conséquent, \(xy\) est d’ordre 15 et \(G \simeq \mathbb{Z}/15\mathbb{Z}\).

    Ce qu’il faut retenir

    • Un sous-groupe \(H\) est distingué si \(gHg^{-1} \subset H\) pour tout \(g\) ; les noyaux, le centre et les sous-groupes d’indice 2 le sont toujours.
    • Le quotient \(G/H\) n’est un groupe que si \(H\) est distingué ; la projection canonique a pour noyau \(H\).
    • Premier théorème d’isomorphisme : \(G/\ker f \simeq \mathrm{Im}\, f\). C’est l’outil standard pour identifier un quotient.
    • Tout groupe cyclique d’ordre \(n\) est isomorphe à \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), qui a un unique sous-groupe par diviseur de \(n\) et \(\varphi(n)\) générateurs.
    • Relation orbite-stabilisateur : \(|G \cdot x| = |G|/|G_x|\) ; elle calcule l’ordre des groupes de transformations.
    • Formule des classes : \(|G| = |Z(G)| + \sum [G : C(x_j)]\) ; un \(p\)-groupe non trivial a un centre non trivial.
    • Dans \(\mathfrak{S}_n\), on décompose en cycles disjoints ; ordre = ppcm des longueurs, signature = produit des \((-1)^{k-1}\), conjugaison = même type.
    • \(D_n\) est d’ordre \(2n\), engendré par \(r\) et \(s\) avec \(srs^{-1} = r^{-1}\) ; ses rotations forment un sous-groupe distingué cyclique.
    • Sylow : \(n_p \mid m\) et \(n_p \equiv 1 \pmod p\) ; si \(n_p = 1\), le \(p\)-Sylow est distingué.

    Questions fréquentes sur groupes et actions

    Pourquoi faut-il qu'un sous-groupe soit distingué pour former un quotient ?

    La loi \((xH)(yH) = xyH\) doit être indépendante des représentants choisis. Cette indépendance équivaut exactement à \(gHg^{-1} \subset H\) pour tout \(g\). Sans cette condition, deux représentants d’une même classe peuvent donner des produits dans des classes différentes.

    Comment calcule-t-on l'ordre d'un groupe d'isométries ?

    On fait agir le groupe sur un ensemble d’objets géométriques, par exemple les sommets. On détermine l’orbite d’un sommet, souvent tous les sommets, puis son stabilisateur. La relation \(|G| = |G \cdot x| \times |G_x|\) donne alors l’ordre, par exemple \(2n\) pour le groupe diédral \(D_n\).

    À quoi servent les théorèmes de Sylow en pratique ?

    Ils donnent l’existence de sous-groupes d’ordre \(p^{\alpha}\) et des contraintes sur leur nombre \(n_p\). Si les conditions \(n_p \mid m\) et \(n_p \equiv 1 \pmod p\) forcent \(n_p = 1\), le sous-groupe est distingué. On montre ainsi qu’un groupe d’ordre 15 est cyclique, ou qu’un groupe d’ordre 30 n’est pas simple.

    Comment reconnaître deux permutations conjuguées ?

    Deux permutations de \(\mathfrak{S}_n\) sont conjuguées si et seulement si leurs décompositions en cycles disjoints ont les mêmes longueurs. Pour trouver un conjugueur, on écrit les deux décompositions l’une sous l’autre et on envoie chaque élément sur celui qui occupe la même place.

    Pour aller plus loin en L3

    5/5 - (1 vote)

    Télécharger et imprimer ce document en PDF gratuitement :

    Vous avez la possibilité de télécharger puis d'imprimer gratuitement ce document «groupes et actions : cours de maths en L3 en PDF.» au format PDF.


    Applications Mathovore

    Les applications Mathovore gratuites

    Des applis pour réviser et s’entraîner en maths en jouant, du CP à la Terminale, sur Android et iPhone.

    Découvrir

    Inscription gratuite à Mathovore.  Mathovore c'est 14 122 542 cours et exercices de maths téléchargés en PDF.

    Télécharger les manuels scolaires de maths Mathovore en PDF, du CP à la Terminale