Ce corrigé Lp L3 rédige chaque solution comme on l’attend en partiel. Les hypothèses sont vérifiées, et chaque théorème est cité : Hölder, Minkowski, convergence dominée, lemme de Fatou, Fubini-Tonelli. Les exposants conjugués sont toujours justifiés par le calcul de \(1/p + 1/q\).
Soyez attentif à trois points. D’abord, une propriété presque partout se prouve par une réunion dénombrable d’ensembles négligeables. Ensuite, un contre-exemple doit être calculé complètement, intégrales comprises. Enfin, un argument de densité se termine toujours par un découpage en epsilon. Les figures illustrent les fonctions étudiées et les phénomènes de convergence.
Chaque résultat important est encadré en gras à la fin de sa question. Si votre réponse diffère, reprenez le calcul étape par étape : une erreur d’exposant ou un ensemble négligeable oublié suffit souvent à tout changer.
Les énoncés se trouvent sur la page exercices de maths en L3 sur espaces Lp.
Corrigé de l’exercice 1 : Fonctions égales presque partout
- La relation est réflexive, car \(\{f \neq f\} = \emptyset\). Elle est symétrique, car \(\{f \neq g\} = \{g \neq f\}\). Enfin, elle est transitive. En effet, si \(f = g\) hors d’un ensemble négligeable \(N_1\) et \(g = h\) hors d’un ensemble négligeable \(N_2\), alors \(f = h\) hors de \(N_1 \cup N_2\), qui est négligeable. C’est donc une relation d’équivalence.
- L’ensemble \(\mathbb{Q}\) est dénombrable. Par \(\sigma\)-additivité, \(\lambda(\mathbb{Q}) = \sum_{r \in \mathbb{Q}} \lambda(\{r\}) = 0\). Ainsi, \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\) est nulle hors de \(\mathbb{Q}\), donc presque partout. Sa classe dans \(L^p(\mathbb{R})\) est le vecteur nul.
- Si \(f = 0\) presque partout, alors \(|f|^p = 0\) presque partout et son intégrale est nulle. Réciproquement, supposons \(\int |f|^p = 0\). Pour \(n \geq\, 1\), l’inégalité de Markov donne \(\lambda(\{|f| > 1/n\}) \leq\, n^p \int |f|^p = 0\). Or \(\{f \neq 0\} = \bigcup_{n \geq\, 1} \{|f| > 1/n\}\) est une réunion dénombrable d’ensembles négligeables. Donc \(f = 0\) presque partout.
- Les fonctions \(f = \mathbf{1}_{\{0\}}\) et \(g = 0\) diffèrent seulement en \(0\), donc elles ont la même classe. Pourtant, \(f(0) = 1\) et \(g(0) = 0\). Par conséquent, la « valeur en \(0\) » d’une classe n’est pas définie. En revanche, soient \(f\) et \(g\) continues et égales presque partout. L’ensemble \(U = \{f \neq g\}\) est ouvert, car \(f – g\) est continue. S’il n’était pas vide, il contiendrait un intervalle \(]a, b[\) avec \(a < b\), de mesure \(b – a > 0\). Ainsi, \(U\) est un ouvert négligeable, donc vide. Une classe contient au plus une fonction continue.
Point de méthode : pour prouver qu’une propriété vaut presque partout, on écrit l’ensemble exceptionnel comme une réunion dénombrable d’ensembles négligeables.
Corrigé de l’exercice 2 : Inégalité de Jensen sur [0,1]
- La mesure de Lebesgue sur \([0,1]\) est une probabilité. La fonction \(g = \ln f\) est intégrable et à valeurs dans \(\mathbb{R}\), et \(\exp\) est convexe sur \(\mathbb{R}\). L’inégalité de Jensen donne alors \(\exp(\int_0^1 \ln f) \leq\, \int_0^1 \exp(\ln f) = \int_0^1 f\). C’est l’inégalité demandée.
- On pose \(f = x_i\) sur \([\frac{i-1}{n}, \frac{i}{n}[\) pour \(1 \leq\, i \leq\, n\), et \(f(1) = x_n\). Cette fonction étagée est strictement positive et bornée, et \(\ln f\) est bornée. Ainsi, les deux fonctions sont intégrables. De plus, \(\int_0^1 \ln f = \frac{1}{n} \sum_{i=1}^n \ln x_i\) et \(\int_0^1 f = \frac{1}{n} \sum_{i=1}^n x_i\). La question 1 donne donc
\[\exp(\frac{1}{n} \sum_{i=1}^n \ln x_i) = (x_1 \cdots x_n)^{1/n} \leq\, \frac{x_1 + \cdots + x_n}{n}.\]
C’est l’inégalité arithmético-géométrique. - D’abord, \(|f| \in L^1([0,1])\), car \(L^2([0,1]) \subset L^1([0,1])\) sur un espace de mesure finie. Ensuite, \(\varphi(t) = t^2\) est convexe sur \(\mathbb{R}\). Par l’inégalité de Jensen, \((\int_0^1 |f|)^2 \leq\, \int_0^1 |f|^2\).
- Avec \(f(x) = e^x\), on a \(\ln f(x) = x\), donc \(\exp(\int_0^1 x \, dx) = e^{1/2} \approx 1{,}649\). Par ailleurs, \(\int_0^1 e^x \, dx = e – 1 \approx 1{,}718\). De même, \((e-1)^2 \approx 2{,}952\) et \(\int_0^1 e^{2x} \, dx = \frac{e^2 – 1}{2} \approx 3{,}195\). Les deux inégalités sont bien vérifiées : \(1{,}649 \leq\, 1{,}718\) et \(2{,}952 \leq\, 3{,}195\).
Corrigé de l’exercice 3 : Puissances de x dans les espaces Lp
- On a \(|f_a|^p = x^{-ap}\). Or l’intégrale \(\int_0^1 x^{-\alpha} \, dx\) converge si et seulement si \(\alpha < 1\). Ainsi, \(f_a \in L^p(]0,1])\) si et seulement si \(ap < 1\), c’est-à-dire \(p < 1/a\). Si \(a \geq\, 1\), aucun \(p \geq\, 1\) ne convient.
- De même, \(\int_1^{+\infty} x^{-\alpha} \, dx\) converge si et seulement si \(\alpha > 1\). Donc \(f_a \in L^p([1, +\infty[)\) si et seulement si \(p > 1/a\).
- Pour \(p < +\infty\), il faudrait à la fois \(ap < 1\) et \(ap > 1\), ce qui est impossible. Pour \(p = +\infty\), étudions \(]0,1]\). Pour tout \(C > 0\), l’ensemble \(\{f_a > C\}\) contient \(]0, \min(1, C^{-1/a})[\), qui est de mesure strictement positive. Donc \(\|f_a\|_{L^\infty(]0,1])} = +\infty\). En revanche, \(0 < f_a \leq\, 1\) sur \([1, +\infty[\) et \(f_a\) est continue, donc \(\|f_a\|_{L^\infty([1,+\infty[)} = 1\). Ainsi, \(f_a\) n’appartient à aucun espace \(L^p(]0, +\infty[)\), pour \(p \in [1, +\infty]\).
- On effectue le changement de variable \(x = e^{-u}\), avec \(u \in [0, +\infty[\) et \(dx = -e^{-u} \, du\). Comme \(|\ln x| = u\), on obtient
\[\int_0^1 g(x)^p \, dx = \int_0^{+\infty} \frac{e^{pu/2}}{(1+u)^p} \, e^{-u} \, du = \int_0^{+\infty} \frac{e^{(p/2 – 1) u}}{(1 + u)^p} \, du.\]
Si \(p = 2\), l’intégrale vaut \(\int_0^{+\infty} (1+u)^{-2} \, du = 1\). Si \(p < 2\), l’intégrande est majorée par \(e^{(p/2-1) u}\), qui est intégrable. Si \(p > 2\), l’exponentielle l’emporte sur la puissance : l’intégrande tend vers \(+\infty\), et l’intégrale diverge. Enfin, \(g\) tend vers \(+\infty\) en \(0\), donc \(g \notin L^\infty\). Finalement, \(g \in L^p(]0,1])\) si et seulement si \(p \leq\, 2\), et \(\|g\|_2 = 1\).
Point de méthode : le facteur logarithmique permet d’obtenir une fonction qui appartient à \(L^p\) exactement jusqu’à l’exposant critique, bornes comprises.
Corrigé de l’exercice 4 : Inégalité de Hölder sur des exemples
- L’inégalité de Cauchy-Schwarz, cas \(p = q = 2\) de Hölder, donne \(|\int_0^1 x f(x) \, dx| \leq\, (\int_0^1 x^2 \, dx)^{1/2} \|f\|_2 = \frac{1}{\sqrt{3}} \|f\|_2\). Dans l’espace préhilbertien \(L^2([0,1])\), l’égalité dans Cauchy-Schwarz a lieu si et seulement si les deux vecteurs sont liés. Vérifions : pour \(f(x) = cx\), on a \(|\int_0^1 c x^2 \, dx| = \frac{|c|}{3}\) et \(\frac{1}{\sqrt{3}} \|f\|_2 = \frac{1}{\sqrt{3}} \cdot \frac{|c|}{\sqrt{3}} = \frac{|c|}{3}\). L’égalité a lieu si et seulement si \(f(x) = cx\) presque partout, pour une constante \(c\).
- On applique Hölder avec \(p = 4\) et \(q = 4/3\) au produit \(|f| \cdot x^{-1/2}\). Or \((x^{-1/2})^{4/3} = x^{-2/3}\) et \(\int_0^1 x^{-2/3} \, dx = 3\). Donc \(\|x^{-1/2}\|_{4/3} = 3^{3/4}\). Par conséquent, \(\int_0^1 |f(x)|\, x^{-1/2} \, dx \leq\, 3^{3/4} \|f\|_4\).
- Prenons la fonction \(g\) de l’exercice 3, qui appartient à \(L^2(]0,1])\). Alors \(g(x) x^{-1/2} = \frac{1}{x (1 + |\ln x|)}\). Avec \(x = e^{-u}\), on obtient \(\int_0^1 \frac{dx}{x(1+|\ln x|)} = \int_0^{+\infty} \frac{du}{1+u} = +\infty\). Le produit n’est donc pas intégrable. Ce n’est pas contradictoire : \(x^{-1/2} \notin L^2(]0,1])\), car \(\int_0^1 x^{-1} \, dx = +\infty\). L’inégalité de Hölder ne fournit alors que la majoration triviale par \(+\infty\).
Corrigé de l’exercice 5 : Hölder généralisée
- Si \(q = +\infty\), alors \(r = p\) et \(|fg| \leq\, |f| \, \|g\|_\infty\) presque partout. On intègre la puissance \(r\) et on obtient le résultat. Le cas \(p = +\infty\) est symétrique. Supposons donc \(p, q < +\infty\). Alors \(P = p/r\) et \(Q = q/r\) vérifient \(\frac{1}{P} + \frac{1}{Q} = r(\frac{1}{p} + \frac{1}{q}) = 1\). Ce sont donc des exposants conjugués de \(]1, +\infty[\). L’inégalité de Hölder appliquée à \(|f|^r\) et \(|g|^r\) donne
\[\int |f|^r |g|^r \leq\, (\int |f|^p)^{r/p} (\int |g|^q)^{r/q}.\]
En élevant à la puissance \(1/r\), on obtient \(\|fg\|_r \leq\, \|f\|_p \|g\|_q\). - On définit \(r\) par \(\frac{1}{r} = \frac{1}{p} + \frac{1}{q} = 1 – \frac{1}{s}\). Ainsi, \(r > 1\) et \(r\) est le conjugué de \(s\). D’après Hölder, puis la question 1, \(\int |fgh| \leq\, \|fg\|_r \|h\|_s \leq\, \|f\|_p \|g\|_q \|h\|_s\).
- On a \(\frac{1}{4} + \frac{1}{4} + \frac{1}{2} = 1\). De plus, \(\|\sqrt{x}\|_2 = (\int_0^1 x \, dx)^{1/2} = \frac{1}{\sqrt{2}}\). La question 2 donne donc \(\int_0^1 |f g| \sqrt{x} \, dx \leq\, \frac{1}{\sqrt{2}} \|f\|_4 \|g\|_4\). Au passage, la question 1 avec \(\frac{1}{2} = \frac{1}{4} + \frac{1}{4}\) montre que \(fg \in L^2\).
Corrigé de l’exercice 6 : Minkowski et exposants inférieurs à 1
- D’après Minkowski, \(\|f\|_p = \|(f – g) + g\|_p \leq\, \|f – g\|_p + \|g\|_p\). De même, en échangeant les rôles, \(\|g\|_p \leq\, \|g – f\|_p + \|f\|_p\). Ainsi, \(\big| \|f\|_p – \|g\|_p \big| \leq\, \|f – g\|_p\), et l’application \(f \mapsto \|f\|_p\) est 1-lipschitzienne, donc continue.
- On a \(\int_0^1 |f|^{1/2} = \frac{1}{2}\), donc \(N(f) = \frac{1}{4}\). De même, \(N(g) = \frac{1}{4}\). Or \(f + g = 1\) sur \([0,1]\), donc \(N(f + g) = 1\). Par conséquent, \(N(f+g) = 1 > \frac{1}{2} = N(f) + N(g)\). L’inégalité triangulaire est fausse : \(N\) n’est pas une norme.
- Si \(a = 0\), l’inégalité est une égalité. Sinon, on pose \(t = b/a \geq\, 0\) et \(k(t) = 1 + t^p – (1+t)^p\). D’une part, \(k(0) = 0\). D’autre part, pour \(t > 0\), \(k^{\prime}(t) = p(t^{p-1} – (1+t)^{p-1}) \geq\, 0\), car \(p – 1 < 0\) et \(t < 1 + t\). Donc \(k \geq\, 0\), et en multipliant par \(a^p\), on obtient \((a+b)^p \leq\, a^p + b^p\). Montrons ensuite que \(d\) est une distance. D’abord, \(d(f,g)\) est finie, car \(|f – g|^p \leq\, |f|^p + |g|^p\). Ensuite, \(d(f,g) = 0\) équivaut à \(f = g\) presque partout, comme dans l’exercice 1. La symétrie est claire. Enfin, \(|f – h| \leq\, |f – g| + |g – h|\) et la croissance de \(t \mapsto t^p\) donnent \(|f-h|^p \leq\, |f-g|^p + |g-h|^p\). En intégrant, \(d(f,h) \leq\, d(f,g) + d(g,h)\) : \(d\) est une distance.
Corrigé de l’exercice 7 : Calcul de normes infinies
- Clairement, \(\sup f = 5\). Cependant, \(f\) coïncide avec \(x \mapsto x\) hors de \(\mathbb{Q}\), donc presque partout. Ainsi, \(f \leq\, 1\) presque partout, et \(\|f\|_\infty \leq\, 1\). Inversement, pour \(c < 1\), l’ensemble \(\{f > c\}\) contient \(]\max(c, 0), 1] \setminus \mathbb{Q}\), de mesure \(1 – \max(c,0) > 0\). Donc \(\|f\|_\infty \geq\, c\) pour tout \(c < 1\). Finalement, \(\sup f = 5\) et \(\|f\|_\infty = 1\).
- La fonction \(g\) coïncide presque partout avec \(2 \cdot \mathbf{1}_{[0, 1/2]}\). Or cette dernière vaut \(2\) sur un ensemble de mesure \(\frac{1}{2}\) et \(0\) ailleurs. Donc \(\|g\|_\infty = 2\), alors que \(\sup g = 3\).
- Si \(\|f\|_\infty = +\infty\), il n’y a rien à prouver. Sinon, par définition de la borne inférieure, pour tout \(n \geq\, 1\) il existe \(C_n < \|f\|_\infty + 1/n\) avec \(|f| \leq\, C_n\) presque partout. Ainsi, \(A_n = \{|f| > \|f\|_\infty + 1/n\}\) est négligeable. Donc \(\{|f| > \|f\|_\infty\} = \bigcup_n A_n\) est négligeable, et \(|f| \leq\, \|f\|_\infty\) presque partout.
- D’abord, \(|\varphi| \leq\, \sup |\varphi|\) partout, donc \(\|\varphi\|_\infty \leq\, \sup |\varphi|\). Ensuite, soit \(c < \sup |\varphi|\). Il existe \(x_0\) avec \(|\varphi(x_0)| > c\). Par continuité, \(|\varphi| > c\) sur un intervalle \(]x_0 – \delta, x_0 + \delta[\) inclus dans \(]0,1[\), de mesure \(2\delta > 0\). Donc \(\|\varphi\|_\infty \geq\, c\). Ainsi, \(\|\varphi\|_\infty = \sup_{]0,1[} |\varphi|\).
Corrigé de l’exercice 8 : Inclusions sur un espace de mesure finie
- On peut supposer \(\|f\|_q < +\infty\). On applique Hölder à \(|f|^p \cdot 1\) avec l’exposant \(P = q/p > 1\) et son conjugué \(Q = \frac{q}{q – p}\) :
\[\int |f|^p \leq\, (\int |f|^q)^{p/q} (\int 1)^{1 – p/q} = \|f\|_q^p \, \mu(X)^{1 – p/q}.\]
En élevant à la puissance \(1/p\), on obtient \(\|f\|_p \leq\, \mu(X)^{\frac{1}{p} – \frac{1}{q}} \|f\|_q\). Pour \(q = +\infty\), on intègre \(|f|^p \leq\, \|f\|_\infty^p\), valable presque partout. Ainsi, \(\|f\|_p \leq\, \mu(X)^{1/p} \|f\|_\infty\), ce qui correspond à la formule avec \(\frac{1}{q} = 0\). - Si \(f \in L^q\), la question 1 montre que \(\|f\|_p < +\infty\). L’injection \(L^q \to L^p\) est linéaire et vérifie \(\|f\|_p \leq\, C \|f\|_q\), avec \(C = \mu(X)^{1/p – 1/q}\). Elle est donc continue. En particulier, \(\|f_n – f\|_p \leq\, C \|f_n – f\|_q\), donc la convergence dans \(L^q\) entraîne la convergence dans \(L^p\).
- Soit \(f \in L^q\). D’après la question 2, \(|f|^p\) est intégrable. La fonction \(\varphi(t) = |t|^{q/p}\) est convexe sur \(\mathbb{R}\), car \(q/p > 1\). Par l’inégalité de Jensen, \((\int |f|^p)^{q/p} \leq\, \int |f|^q\). En élevant à la puissance \(1/q\), on retrouve \(\|f\|_p \leq\, \|f\|_q\).
- Soit \(f(x) = x^{-1/q}\) sur \(]0,1]\). Comme \(p/q < 1\), l’intégrale \(\int_0^1 x^{-p/q} \, dx\) converge, donc \(f \in L^p\). En revanche, \(\int_0^1 x^{-1} \, dx = +\infty\), donc \(f \notin L^q\). L’inclusion \(L^q([0,1]) \subset L^p([0,1])\) est stricte.
Corrigé de l’exercice 9 : Des espaces Lp non emboîtés sur R
- On a \(\int_0^1 x^{-1/2} \, dx = 2\), donc \(f \in L^1(\mathbb{R})\). En revanche, \(\int_0^1 x^{-1} \, dx = +\infty\). Donc \(f \in L^1(\mathbb{R}) \setminus L^2(\mathbb{R})\).
- On a \(\int_1^{+\infty} x^{-2} \, dx = 1\), donc \(g \in L^2(\mathbb{R})\). En revanche, \(\int_1^{+\infty} x^{-1} \, dx = +\infty\). Donc \(g \in L^2(\mathbb{R}) \setminus L^1(\mathbb{R})\).
- Pour \(p < +\infty\), on découpe l’intégrale : \(\int_{\mathbb{R}} h^p = \int_0^1 x^{-p/3} \, dx + \int_1^{+\infty} x^{-p/2} \, dx\). La première intégrale converge si et seulement si \(p/3 < 1\), soit \(p < 3\). La seconde converge si et seulement si \(p/2 > 1\), soit \(p > 2\). Par ailleurs, \(h\) n’est pas essentiellement bornée, car \(h > C\) sur \(]0, \min(1, C^{-3})[\). La figure ci-dessous montre les deux régimes. Ainsi, \(h \in L^p(\mathbb{R})\) si et seulement si \(2 < p < 3\).
- Posons \(u = x^{-1/q} \mathbf{1}_{]0,1]}\). Comme \(p/q < 1\), on a \(\int u^p = \int_0^1 x^{-p/q} \, dx < +\infty\), tandis que \(\int u^q = \int_0^1 x^{-1} \, dx = +\infty\). Ensuite, posons \(v = x^{-1/p} \mathbf{1}_{[1, +\infty[}\). Comme \(q/p > 1\), on a \(\int v^q = \int_1^{+\infty} x^{-q/p} \, dx < +\infty\), tandis que \(\int v^p = \int_1^{+\infty} x^{-1} \, dx = +\infty\). Donc \(u \in L^p \setminus L^q\) et \(v \in L^q \setminus L^p\) : aucune inclusion n’a lieu.
Corrigé de l’exercice 10 : Interpolation entre deux espaces Lp
- Si \(\|f\|_p\) ou \(\|f\|_q\) est nulle, alors \(f = 0\) presque partout et tout est nul. Si l’une est infinie, il n’y a rien à prouver. On suppose donc ces normes finies et non nulles. On pose \(P = \frac{p}{\theta r}\) et \(Q = \frac{q}{(1 – \theta) r}\). Alors \(\frac{1}{P} + \frac{1}{Q} = r (\frac{\theta}{p} + \frac{1 – \theta}{q}) = 1\). Ce sont donc des exposants conjugués de \(]1, +\infty[\). L’inégalité de Hölder donne
\[\int |f|^r \leq\, (\int |f|^{p})^{\theta r / p} (\int |f|^{q})^{(1-\theta) r / q} = \|f\|_p^{\theta r} \, \|f\|_q^{(1 – \theta) r}.\]
En élevant à la puissance \(1/r\), on obtient \(\|f\|_r \leq\, \|f\|_p^{\theta} \|f\|_q^{1-\theta}\). - Si \(f \in L^p \cap L^q\), le membre de droite est fini. Donc \(f \in L^r\), et \(L^p \cap L^q \subset L^r\).
- Presque partout, \(|f|^r = |f|^p |f|^{r-p} \leq\, \|f\|_\infty^{r-p} |f|^p\). En intégrant, \(\|f\|_r^r \leq\, \|f\|_\infty^{r-p} \|f\|_p^p\). Donc \(\|f\|_r \leq\, \|f\|_p^{p/r} \|f\|_\infty^{1 – p/r}\). Avec \(p = 1\), on obtient \(L^1 \cap L^\infty \subset L^r\) pour tout \(r \geq\, 1\).
- On a \(\|f\|_1 = \int_0^1 x^{-1/3} \, dx = \frac{3}{2}\). Ensuite, \(\|f\|_2^2 = \int_0^1 x^{-2/3} \, dx = 3\), donc \(\|f\|_2 = \sqrt{3}\). De même, \(\|f\|_{3/2}^{3/2} = \int_0^1 x^{-1/2} \, dx = 2\), donc \(\|f\|_{3/2} = 2^{2/3} \approx 1{,}587\). Ensuite, \(\frac{2}{3} = \frac{\theta}{1} + \frac{1 – \theta}{2}\) donne \(\theta = \frac{1}{3}\). Le majorant vaut alors \((\frac{3}{2})^{1/3} (\sqrt{3})^{2/3} = (\frac{9}{2})^{1/3} \approx 1{,}651\). On a bien \(1{,}587 \leq\, 1{,}651\).
Autrement dit, la fonction \(t \mapsto \ln \|f\|_{1/t}\) est convexe : c’est la log-convexité des normes \(L^p\). Pour ce \(f\), on a \(\|f\|_r^r = \frac{3}{3 – r}\) pour \(r < 3\). Comme le montre la figure ci-dessous, le point de la courbe en \(t = 2/3\) est sous la corde.
Corrigé de l’exercice 11 : Limite de la norme p quand p tend vers l’infini
- Presque partout, \(|f|^p \leq\, \|f\|_\infty^p\). En intégrant, \(\|f\|_p \leq\, \mu(X)^{1/p} \|f\|_\infty < +\infty\), donc \(f \in L^p\). Or \(\mu(X)^{1/p} = \exp(\frac{\ln \mu(X)}{p}) \to 1\). Donc \(\limsup_{p \to +\infty} \|f\|_p \leq\, \|f\|_\infty\).
- Soit \(A_c = \{|f| > c\}\). Si \(\mu(A_c) = 0\), on aurait \(|f| \leq\, c\) presque partout, puis \(\|f\|_\infty \leq\, c\), ce qui est exclu. Donc \(\mu(A_c) > 0\). Ensuite, \(|f|^p \geq\, c^p \mathbf{1}_{A_c}\), d’où \(\|f\|_p \geq\, c \, \mu(A_c)^{1/p}\). Comme \(0 < \mu(A_c) < +\infty\), on a \(\mu(A_c)^{1/p} \to 1\). Donc \(\liminf_{p \to +\infty} \|f\|_p \geq\, c\).
- Si \(\|f\|_\infty = 0\), alors \(f = 0\) presque partout, et toutes les normes sont nulles. Sinon, la question 2 vaut pour tout \(c < \|f\|_\infty\), donc \(\liminf \|f\|_p \geq\, \|f\|_\infty \geq\, \limsup \|f\|_p\). Ainsi, \(\|f\|_p \to \|f\|_\infty\).
- On a \(\int_0^1 x^p \, dx = \frac{1}{p+1}\), donc \(\|f\|_p = (p+1)^{-1/p} = \exp(-\frac{\ln(p+1)}{p})\). Cette quantité tend vers \(1\). Or \(f\) est continue et \(\sup_{]0,1[} f = 1\), donc \(\|f\|_\infty = 1\) d’après l’exercice 7. Le résultat est vérifié, comme le montre la figure ci-dessous.
- Avec \(x = e^{-u}\), on obtient \(\|g\|_n^n = \int_0^1 (-\ln x)^n \, dx = \int_0^{+\infty} u^n e^{-u} \, du\). Une intégration par parties montre que cette intégrale \(J_n\) vérifie \(J_n = n J_{n-1}\), avec \(J_0 = 1\). Donc \(\|g\|_n^n = n!\). Par ailleurs, \(e^n = \sum_k \frac{n^k}{k!} \geq\, \frac{n^n}{n!}\), d’où \(n! \geq\, (n/e)^n\). Ainsi, \(\|g\|_n = (n!)^{1/n} \geq\, \frac{n}{e} \to +\infty\). C’est cohérent : \(g\) est continue et tend vers \(+\infty\) en \(0\), donc \(\|g\|_\infty = +\infty\). Le résultat s’étend ainsi aux fonctions non bornées.
Corrigé de l’exercice 12 : Cas d’égalité et dualité de Hölder
- On a \(|g|^q = |f|^{(p-1) q}\). Or \((p-1) q = (p-1) \cdot \frac{p}{p-1} = p\). Donc \(\int |g|^q = \|f\|_p^p < +\infty\), et \(g \in L^q\). De plus, \(\|g\|_q = \|f\|_p^{p/q} = \|f\|_p^{p-1}\), car \(p/q = p – 1\).
- En tout point, \(f \operatorname{sgn}(f) = |f|\), donc \(fg = |f|^{p-1} |f| = |f|^p\). Ainsi, \(\int fg \, d\mu = \|f\|_p^p\).
- D’une part, pour \(\|h\|_q \leq\, 1\), l’inégalité de Hölder donne \(|\int fh| \leq\, \|f\|_p \|h\|_q \leq\, \|f\|_p\). D’autre part, \(h_0 = g / \|g\|_q\) est de norme \(1\), et \(\int f h_0 = \frac{\|f\|_p^p}{\|f\|_p^{p-1}} = \|f\|_p\). La borne supérieure vaut donc \(\|f\|_p\), et elle est atteinte en \(h_0\).
- Pour \(p = 1\), on prend \(h = \operatorname{sgn}(f)\), qui vérifie \(\|h\|_\infty \leq\, 1\) et \(\int fh = \int |f| = \|f\|_1\). Inversement, \(|\int fh| \leq\, \|f\|_1 \|h\|_\infty\). Donc \(\|f\|_1 = \max\{ |\int fh| : \|h\|_\infty \leq\, 1 \}\).
- Soit \(h\) avec \(\|h\|_1 \leq\, 1\). On a \(|\int_0^1 xh| \leq\, \int_0^1 x|h|\). Supposons \(\int_0^1 x |h| = 1\). Alors \(\int_0^1 (1-x)|h| = \int |h| – \int x |h| \leq\, 0\). Comme \((1-x)|h| \geq\, 0\), on aurait \((1-x)|h| = 0\) presque partout, donc \(h = 0\) presque partout, ce qui contredit \(\int x|h| = 1\). Ainsi, \(|\int_0^1 xh| < 1\). Ensuite, \(h_n = n \mathbf{1}_{[1 – 1/n, 1]}\) vérifie \(\|h_n\|_1 = 1\) et
\[\int_0^1 x h_n(x) \, dx = n \cdot \frac{1 – (1 – 1/n)^2}{2} = 1 – \frac{1}{2n}.\]
La borne supérieure vaut donc \(1 = \|f\|_\infty\), mais elle n’est pas atteinte.
Corrigé de l’exercice 13 : Convergence presque partout sans convergence en norme
- En \(x = 0\), on a \(f_n(0) = 0\) pour tout \(n\). Pour \(x \in \,]0,1]\), dès que \(n > 1/x\), on a \(x \notin \,]0, 1/n]\), donc \(f_n(x) = 0\). Ainsi, \(f_n(x) \to 0\) pour tout \(x \in [0,1]\).
- On a \(\|f_n\|_p^p = n^p \cdot \frac{1}{n} = n^{p-1}\), donc \(\|f_n\|_p = n^{1 – 1/p}\). Pour \(p = 1\), cette norme vaut \(1\), et pour \(p > 1\), elle tend vers \(+\infty\). Donc \((f_n)\) ne tend pas vers \(0\) dans \(L^p\). Supposons maintenant que \(f_n \to f\) dans \(L^p\). D’après le théorème de Riesz-Fischer, une sous-suite converge presque partout vers \(f\). Or elle converge aussi vers \(0\), donc \(f = 0\) presque partout. C’est absurde. La suite ne converge dans aucun \(L^p\).
- On a \(\|g_n\|_p = n^{\alpha} \cdot n^{-1/p} = n^{\alpha – 1/p}\). Donc \(g_n \to 0\) dans \(L^p\) si et seulement si \(\alpha < 1/p\).
- Par passage à la limite dans \(|f_n| \leq\, G\), on obtient \(|f| \leq\, G\) presque partout. Donc \(|f_n – f|^p \leq\, (2G)^p\), fonction intégrable. De plus, \(|f_n – f|^p \to 0\) presque partout. Le théorème de convergence dominée donne alors \(\int |f_n – f|^p \to 0\). Pour notre suite, une fonction dominante devrait majorer \(\sup_n f_n\). Or, pour \(x \in \,]0,1]\), \(\sup_n f_n(x) = \lfloor 1/x \rfloor \geq\, \frac{1}{x} – 1\). Cette fonction n’est pas intégrable sur \(]0,1]\), donc aucune domination n’est possible.
Corrigé de l’exercice 14 : La bosse glissante
- L’écriture impose \(2^k \leq\, n < 2^{k+1}\), donc \(k = \lfloor \log_2 n \rfloor\) est unique, puis \(j = n – 2^k\). Ensuite, \(\|g_n\|_p^p = \lambda(I_n) = 2^{-k}\), donc \(\|g_n\|_p = 2^{-k/p}\). Quand \(n \to +\infty\), on a \(k \to +\infty\). Ainsi, \(g_n \to 0\) dans \(L^p\).
- Fixons \(x \in [0,1]\) et \(k \geq\, 2\). Les intervalles \([j 2^{-k}, (j+1) 2^{-k}]\), pour \(0 \leq\, j < 2^k\), recouvrent \([0,1]\). Donc il existe \(n \in [2^k, 2^{k+1}[\) avec \(g_n(x) = 1\). De plus, \(x\) appartient à au plus deux de ces intervalles, alors qu’il y en a \(2^k \geq\, 4\). Donc il existe aussi \(n \in [2^k, 2^{k+1}[\) avec \(g_n(x) = 0\). Chaque valeur est prise une infinité de fois, donc \((g_n(x))\) ne converge en aucun point.
- Prenons \(n_k = 2^k\), c’est-à-dire \(j = 0\). Alors \(g_{2^k} = \mathbf{1}_{[0, 2^{-k}]}\). Pour \(x > 0\), dès que \(2^{-k} < x\), on a \(g_{2^k}(x) = 0\). La sous-suite \((g_{2^k})\) converge vers \(0\) en tout point de \(]0,1]\), donc presque partout.
- On a \(\|g_n\|_\infty = 1\) pour tout \(n\), car \(I_n\) est de mesure strictement positive. Si \((g_n)\) convergeait dans \(L^\infty\), elle convergerait dans \(L^1\), car \([0,1]\) est de mesure finie, donc vers \(0\). C’est impossible : la suite ne converge pas dans \(L^\infty\).
Corrigé de l’exercice 15 : Sous-suite convergeant presque partout
- Soit \(H_N = \sum_{n \leq\, N} h_n\). Par l’inégalité de Minkowski, \(\|H_N\|_p \leq\, \sum_{n \leq\, N} \|h_n\|_p \leq\, S\). Ensuite, \(H_N^p\) croît vers \(H^p\). Le théorème de convergence monotone donne donc \(\int H^p = \lim_N \int H_N^p \leq\, S^p\). Ainsi, \(\|H\|_p \leq\, S\), et \(H\) est finie presque partout. En un point où \(H(x) < +\infty\), la série \(\sum h_n(x)\) converge. Donc son terme général \(h_n(x)\) tend vers \(0\) presque partout.
- On construit \(\varphi\) par récurrence. Pour \(k \geq\, 1\), il existe un rang \(N_k\) tel que \(\|f_n – f\|_p \leq\, 2^{-k}\) pour \(n \geq\, N_k\). On pose \(\varphi(k) = \max(N_k, \varphi(k-1) + 1)\). Alors \(\varphi\) est strictement croissante et \(h_k = |f_{\varphi(k)} – f|\) vérifie \(\sum_k \|h_k\|_p \leq\, 1\). D’après la question 1, \(f_{\varphi(k)} \to f\) presque partout.
- Soit \(H = \sum_k |f_{\varphi(k)} – f|\). On a \(\|H\|_p \leq\, 1\) d’après la question 1. De plus, \(|f_{\varphi(k)}| \leq\, |f| + |f_{\varphi(k)} – f| \leq\, |f| + H\). Ainsi, \(G = |f| + H\) convient, avec \(\|G\|_p \leq\, \|f\|_p + 1\).
- La sous-suite \((f_{\varphi(k)})\) converge vers \(f\) hors d’un ensemble négligeable \(N_1\). Elle converge aussi vers \(g\) hors d’un ensemble négligeable \(N_2\), comme suite extraite. Par unicité de la limite dans \(\mathbb{R}\), \(f = g\) hors de \(N_1 \cup N_2\), donc presque partout.
Corrigé de l’exercice 16 : Approcher une indicatrice par des fonctions continues
- Sur \([-1/n, 0]\), on a \(\varphi_n(x) = 1 + nx\) et \(f(x) = 0\), sauf en \(0\) où les deux valent \(1\). Avec \(t = 1 + nx\), on obtient \(\int_{-1/n}^{0} (1 + nx)^p \, dx = \frac{1}{n} \int_0^1 t^p \, dt = \frac{1}{n(p+1)}\). Par symétrie, la contribution de \([1, 1 + 1/n]\) est la même. Ailleurs, \(\varphi_n = f\). Donc \(\|\varphi_n – f\|_p = (\frac{2}{n(p+1)})^{1/p} \to 0\).
- Supposons par l’absurde que \(c = \|\varphi – f\|_\infty < \frac{1}{2}\). D’après l’exercice 7, \(|\varphi – f| \leq\, c\) presque partout. Donc \(\varphi \geq\, 1 – c\) presque partout sur \(]0,1[\). L’ensemble \(\{x \in \,]0,1[ : \varphi(x) < 1 – c\}\) est ouvert par continuité, et négligeable. Il est donc vide, et \(\varphi \geq\, 1 – c\) sur \(]0,1[\). Par continuité en \(0\), \(\varphi(0) \geq\, 1 – c\). De même, \(\varphi \leq\, c\) sur \(]-1, 0[\), donc \(\varphi(0) \leq\, c\). On obtient \(1 – c \leq\, c\), soit \(c \geq\, \frac{1}{2}\) : contradiction. Ainsi, \(\|\varphi – f\|_\infty \geq\, \frac{1}{2}\), et \(C_c(\mathbb{R})\) n’est pas dense dans \(L^\infty(\mathbb{R})\).
- Pour un intervalle borné d’extrémités \(a < b\), on construit de même le trapèze \(\varphi_n^{a,b}\), égal à \(1\) sur \([a,b]\), nul hors de \([a – 1/n, b + 1/n]\). Le calcul de la question 1 donne encore \(\|\varphi_n^{a,b} – \mathbf{1}_{[a,b]}\|_p^p = \frac{2}{n(p+1)}\). Les extrémités, ouvertes ou fermées, forment un ensemble négligeable. Soit maintenant \(s = \sum_{i=1}^m c_i \mathbf{1}_{J_i}\) en escalier. On pose \(\psi_n = \sum_i c_i \varphi_n^{J_i}\), qui est continue à support compact. Par Minkowski, \(\|s – \psi_n\|_p \leq\, (\sum_i |c_i|) (\frac{2}{n(p+1)})^{1/p}\). Donc \(\psi_n \to s\) dans \(L^p(\mathbb{R})\).
Corrigé de l’exercice 17 : Continuité des translations dans Lp
- Si \(f = g\) hors d’un ensemble négligeable \(N\), alors \(\tau_h f = \tau_h g\) hors de \(N + h\). Or la mesure de Lebesgue est invariante par translation, donc \(\lambda(N + h) = 0\). Ainsi, \(\tau_h\) est bien défini sur les classes. De plus, par la même invariance, \(\int |f(x – h)|^p \, dx = \int |f(x)|^p \, dx\), soit \(\|\tau_h f\|_p = \|f\|_p\).
- Soit \(A > 0\) tel que \(\varphi\) soit nulle hors de \([-A, A]\). Par le théorème de Heine, \(\varphi\) est uniformément continue. Ainsi, \(\omega(\delta) = \sup\{|\varphi(x) – \varphi(y)| : |x – y| \leq\, \delta\}\) tend vers \(0\) quand \(\delta \to 0\). Pour \(|h| \leq\, 1\), la fonction \(\tau_h \varphi – \varphi\) est nulle hors de \([-A-1, A+1]\) et majorée par \(\omega(|h|)\) en module. Donc \(\|\tau_h \varphi – \varphi\|_p \leq\, (2A + 2)^{1/p} \, \omega(|h|) \to 0\).
- Soit \(\varepsilon > 0\). Par densité de \(C_c(\mathbb{R})\) dans \(L^p(\mathbb{R})\), il existe \(\varphi \in C_c(\mathbb{R})\) avec \(\|f – \varphi\|_p \leq\, \varepsilon\). Par Minkowski et la question 1,
\[\|\tau_h f – f\|_p \leq\, \|\tau_h (f – \varphi)\|_p + \|\tau_h \varphi – \varphi\|_p + \|\varphi – f\|_p \leq\, 2 \varepsilon + \|\tau_h \varphi – \varphi\|_p.\]
D’après la question 2, \(\limsup_{h \to 0} \|\tau_h f – f\|_p \leq\, 2\varepsilon\). Comme \(\varepsilon\) est arbitraire, \(\|\tau_h f – f\|_p \to 0\). - Prenons \(f = \mathbf{1}_{[0,1]}\) et \(0 < h < 1\). Alors \(\tau_h f = \mathbf{1}_{[h, 1 + h]}\). La différence vaut \(-1\) sur \([0, h[\), \(1\) sur \(]1, 1 + h]\), et \(0\) ailleurs. Elle est donc de module \(1\) sur un ensemble de mesure \(2h > 0\). Ainsi, \(\|\tau_h f – f\|_\infty = 1\) pour tout \(h \in \,]0,1[\), et la propriété est fausse dans \(L^\infty\). On retrouve ainsi la situation de la figure de l’énoncé.
- On a \(\tau_h \mathbf{1}_A = \mathbf{1}_{A + h}\), donc \(u(h) = \int \mathbf{1}_A \, \tau_h \mathbf{1}_A\). Comme \(\lambda(A) < +\infty\), la fonction \(\mathbf{1}_A\) appartient à \(L^2\). Par Cauchy-Schwarz, \(|u(h) – u(0)| = |\int \mathbf{1}_A (\tau_h \mathbf{1}_A – \mathbf{1}_A)| \leq\, \|\mathbf{1}_A\|_2 \, \|\tau_h \mathbf{1}_A – \mathbf{1}_A\|_2\). D’après la question 3 avec \(p = 2\), ce majorant tend vers \(0\). Donc \(u\) est continue en \(0\), avec \(u(0) = \lambda(A) > 0\). Il existe alors \(\delta > 0\) tel que \(u(h) > 0\) pour \(|h| < \delta\). Dans ce cas, \(A \cap (A + h)\) n’est pas vide : il contient un \(y = a + h\) avec \(a \in A\). Donc \(h = y – a \in A – A\), et \(]-\delta, \delta[ \, \subset A – A\).
Corrigé de l’exercice 18 : Lemme de Riemann-Lebesgue par densité
- La fonction \(x \mapsto f(x) \cos(\xi x)\) est mesurable et majorée en module par \(|f|\), intégrable. Donc \(I_f(\xi)\) est défini. Ensuite, par linéarité, \(|I_f(\xi) – I_g(\xi)| = |\int (f – g)(x) \cos(\xi x) \, dx| \leq\, \|f – g\|_1\).
- On a \(\int_a^b \cos(\xi x) \, dx = \frac{\sin(\xi b) – \sin(\xi a)}{\xi}\). Donc \(|I_f(\xi)| \leq\, \frac{2}{\xi} \to 0\).
- Soit \(s = \sum_{i=1}^m c_i \mathbf{1}_{[a_i, b_i]}\) en escalier. Par linéarité, \(|I_s(\xi)| \leq\, \frac{2}{\xi} \sum_i |c_i| \to 0\). Montrons ensuite que les fonctions en escalier sont denses dans \(L^1(\mathbb{R})\). Soit \(\varepsilon > 0\) et \(\varphi \in C_c(\mathbb{R})\) nulle hors de \([-A, A]\), avec \(\|f – \varphi\|_1 \leq\, \varepsilon\). Par continuité uniforme, il existe \(\delta > 0\) tel que \(|x – y| \leq\, \delta\) entraîne \(|\varphi(x) – \varphi(y)| \leq\, \frac{\varepsilon}{2A}\). On découpe \([-A, A]\) en intervalles \([x_i, x_{i+1}[\) de longueur au plus \(\delta\), et on pose \(s = \varphi(x_i)\) sur chacun d’eux, \(s = 0\) ailleurs. Alors \(|\varphi – s| \leq\, \frac{\varepsilon}{2A}\) sur \([-A, A]\), donc \(\|\varphi – s\|_1 \leq\, \varepsilon\). Finalement, \(\|f – s\|_1 \leq\, 2\varepsilon\), et la question 1 donne
\[|I_f(\xi)| \leq\, |I_f(\xi) – I_s(\xi)| + |I_s(\xi)| \leq\, 2\varepsilon + |I_s(\xi)|.\]
Ainsi, \(\limsup_{\xi \to +\infty} |I_f(\xi)| \leq\, 2\varepsilon\) pour tout \(\varepsilon > 0\). Donc \(I_f(\xi) \to 0\) pour toute \(f \in L^1(\mathbb{R})\). - La fonction \(f\) est paire, donc \(I_f(\xi) = 2 \int_0^{+\infty} e^{-x} \cos(\xi x) \, dx\). Or \(\int_0^{+\infty} e^{(-1 + i\xi) x} \, dx = \frac{1}{1 – i\xi} = \frac{1 + i\xi}{1 + \xi^2}\). En prenant la partie réelle, \(I_f(\xi) = \frac{2}{1 + \xi^2}\), qui tend bien vers \(0\). La figure ci-dessous montre pourquoi : les oscillations rapides font se compenser les aires positives et négatives.
Corrigé de l’exercice 19 : Convergence presque partout et convergence des normes
- La fonction \(t \mapsto t^p\) est convexe sur \([0, +\infty[\). Donc \((\frac{|a| + |b|}{2})^p \leq\, \frac{|a|^p + |b|^p}{2}\). Comme \(|a – b| \leq\, |a| + |b|\), on obtient \(|a – b|^p \leq\, 2^p \cdot \frac{|a|^p + |b|^p}{2} = 2^{p-1}(|a|^p + |b|^p)\).
- D’après la question 1, \(g_n \geq\, 0\). De plus, \(g_n \to 2^{p-1} \cdot 2|f|^p = 2^p |f|^p\) presque partout. Le lemme de Fatou donne alors
\[\int 2^p |f|^p \leq\, \liminf_n \int g_n = 2^p \int |f|^p – \limsup_n \int |f_n – f|^p,\]
car \(\int |f_n|^p \to \int |f|^p\). Comme \(\int |f|^p\) est fini, on peut le simplifier. Donc \(\limsup_n \|f_n – f\|_p^p \leq\, 0\), et \(\|f_n – f\|_p \to 0\). - Reprenons l’exercice 13 avec \(p = 1\) : \(f_n = n \mathbf{1}_{]0, 1/n]} \to 0\) partout. Cependant, \(\|f_n\|_1 = 1\) ne tend pas vers \(\|0\|_1 = 0\). Et en effet, \(\|f_n – 0\|_1 = 1\) ne tend pas vers \(0\) : l’hypothèse sur les normes est indispensable.
- On applique la question 2 avec \(p = 1\). En effet, \(f_n \to f\) presque partout, et \(\|f_n\|_1 = \int f_n = 1 = \|f\|_1\). Donc \(\int |f_n – f| \to 0\). Ce résultat porte le nom de lemme de Scheffé.
Corrigé de l’exercice 20 : Inégalité de Young pour la convolution
- Par le théorème de Tonelli, puis par invariance de la mesure de Lebesgue par translation,
\[\int (\int |f(y)|\,|g(x – y)| \, dx) dy = \int |f(y)| \, \|g\|_1 \, dy = \|f\|_1 \|g\|_1.\]
Ainsi, \(F(x) = \int |f(y)|\,|g(x-y)| \, dy\) est une fonction intégrable, donc finie presque partout. En un tel \(x\), l’intégrale définissant \(f * g(x)\) converge absolument, et \(|f * g(x)| \leq\, F(x)\). Par conséquent, \(f * g\) est défini presque partout et \(\|f * g\|_1 \leq\, \|f\|_1 \|g\|_1\). - On fixe \(x\). On applique l’inégalité de Hölder, avec les exposants \(q\) et \(p\), aux fonctions \(y \mapsto |f(y)|^{1/q}\) et \(y \mapsto |f(y)|^{1/p} |g(x-y)|\). On obtient \(\int |f(y)|\,|g(x-y)| \, dy \leq\, (\int |f|)^{1/q} (\int |f(y)|\,|g(x-y)|^p \, dy)^{1/p}\).
- On élève à la puissance \(p\), puis on intègre en \(x\). Le théorème de Tonelli et l’invariance par translation donnent
\[\int F(x)^p \, dx \leq\, \|f\|_1^{p/q} \int |f(y)| (\int |g(x-y)|^p \, dx) dy = \|f\|_1^{p/q + 1} \|g\|_p^p.\]
Or \(\frac{p}{q} + 1 = p(\frac{1}{q} + \frac{1}{p}) = p\). Ainsi, \(F \in L^p\), donc \(F\) est finie presque partout, et \(f * g\) est défini presque partout. Comme \(|f * g| \leq\, F\), on conclut que \(\|f * g\|_p \leq\, \|f\|_1 \|g\|_p\). - On a \(f * g(x) = \int \mathbf{1}_{[0,1]}(y) \mathbf{1}_{[0,1]}(x – y) \, dy = \lambda([0,1] \cap [x – 1, x])\). Donc \(f * g(x) = x\) sur \([0,1]\), \(2 – x\) sur \([1,2]\), et \(0\) ailleurs : c’est la fonction triangle de la figure ci-dessous. Ensuite, \(\|f * g\|_2^2 = 2 \int_0^1 x^2 \, dx = \frac{2}{3}\). Ainsi, \(\|f * g\|_2 = \sqrt{2/3} \approx 0{,}816 \leq\, 1 = \|f\|_1 \|g\|_2\).
Corrigé de l’exercice 21 : Problème : les espaces de suites lp
- Pour la mesure de comptage, un ensemble est négligeable si et seulement s’il est vide. Ainsi, « \(u = v\) presque partout » signifie \(u_n = v_n\) pour tout \(n\) : chaque classe contient une seule suite. De même, \(|u_n| \leq\, C\) presque partout signifie \(|u_n| \leq\, C\) pour tout \(n\). La borne supérieure essentielle est donc la borne supérieure.
- Pour tout \(n\), \(|u_n|^p \leq\, \sum_k |u_k|^p\), donc \(|u_n| \leq\, \|u\|_p\), et \(\|u\|_\infty \leq\, \|u\|_p\). Ensuite, pour \(q < +\infty\), on écrit \(|u_n|^q = |u_n|^{q-p} |u_n|^p \leq\, \|u\|_p^{q-p} |u_n|^p\). En sommant, \(\sum |u_n|^q \leq\, \|u\|_p^{q-p} \|u\|_p^p = \|u\|_p^q\). Donc \(\|u\|_q \leq\, \|u\|_p\), et \(\ell^p \subset \ell^q\).
- Pour \(u_n = n^{-1/p}\), la série \(\sum n^{-1}\) diverge, donc \(u \notin \ell^p\). En revanche, \(\sum n^{-q/p}\) converge car \(q/p > 1\), et \(u\) est bornée. Donc \(u \in \ell^q \setminus \ell^p\) : l’inclusion est stricte. Dans l’exercice 8, la mesure est finie, et les obstructions viennent des singularités locales : les grands exposants sont plus exigeants. Ici, la mesure de comptage est infinie, mais chaque point pèse \(1\). Ainsi, il n’y a pas de « petits ensembles », et seule la décroissance à l’infini compte : les petits exposants sont plus exigeants.
- D’après la question 2, \(|u^{(k)}_n – u_n| \leq\, \|u^{(k)} – u\|_\infty \leq\, \|u^{(k)} – u\|_p\). Donc chaque coordonnée converge. Il n’y a pas besoin d’extraire, car chaque point a une masse \(1\). Autrement dit, le seul ensemble négligeable est vide, et la bosse glissante n’a pas d’analogue ici.
- Soit \((u^{(k)})\) une suite de Cauchy de \(\ell^p\). D’après la question 4, pour chaque \(n\), la suite \((u^{(k)}_n)_k\) est de Cauchy dans \(\mathbb{R}\). Elle converge vers un réel \(u_n\). Soit \(\varepsilon > 0\) et \(K\) tel que \(\|u^{(k)} – u^{(m)}\|_p \leq\, \varepsilon\) pour \(k, m \geq\, K\). Pour tout \(N\), on a \(\sum_{n=1}^N |u^{(k)}_n – u^{(m)}_n|^p \leq\, \varepsilon^p\). On fait tendre \(m\) vers \(+\infty\) dans cette somme finie, puis \(N\) vers \(+\infty\). On obtient \(\|u^{(k)} – u\|_p \leq\, \varepsilon\) pour \(k \geq\, K\). Par Minkowski, \(u = u^{(K)} – (u^{(K)} – u) \in \ell^p\). Ainsi, \(u^{(k)} \to u\) dans \(\ell^p\), qui est complet.
- Soit \(u \in \ell^p\) et \(v^{(N)} = (u_1, \ldots, u_N, 0, 0, \ldots)\). Alors \(\|u – v^{(N)}\|_p^p = \sum_{n > N} |u_n|^p\), reste d’une série convergente, qui tend vers \(0\). Dans \(\ell^\infty\), en revanche, la suite constante \(e = (1, 1, \ldots)\) vérifie \(\|e – v\|_\infty \geq\, 1\) pour toute suite \(v\) à support fini, car \(v_n = 0\) pour \(n\) grand. Enfin, une fonction étagée intégrable s’écrit \(\sum_i c_i \mathbf{1}_{A_i}\) avec \(\operatorname{card}(A_i) < +\infty\) : elle est à support fini. Réciproquement, une suite à support fini prend un nombre fini de valeurs, chacune non nulle sur un ensemble fini. Les suites à support fini sont exactement les fonctions étagées intégrables, denses dans \(\ell^p\) pour \(p < +\infty\), mais pas dans \(\ell^\infty\).
- La suite \((1/n)\) appartient à \(\ell^2\), avec \(\sum \frac{1}{n^2} = \frac{\pi^2}{6}\). L’inégalité de Cauchy-Schwarz dans \(\ell^2\) donne \(\sum \frac{|u_n|}{n} \leq\, \|u\|_2 (\sum \frac{1}{n^2})^{1/2}\). Donc \(\sum_{n \geq\, 1} \frac{|u_n|}{n} \leq\, \frac{\pi}{\sqrt{6}} \|u\|_2\), avec égalité si et seulement si \((|u_n|)\) est proportionnelle à \((1/n)\), c’est-à-dire \(|u_n| = c/n\) avec \(c \geq\, 0\).
Point de méthode : dans \(\ell^p\), toute la théorie générale se simplifie, car il n’existe pas d’ensemble négligeable non vide. C’est un bon terrain pour tester une intuition avant de passer à \(L^p(\mathbb{R})\).
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Pour aller plus loin en L3
- Le cours : espaces Lp, cours de maths en L3
- Les énoncés : exercices de maths en L3 sur espaces Lp
- À maîtriser avant : Intégrale de Lebesgue et théorèmes de convergence, Complétude, espaces de Banach et point fixe
- Chapitre précédent : Mesure produit, Fubini et changement de variables
- Chapitre suivant : Groupes : quotients et actions de groupes
- Tester vos connaissances : QCM de maths en L3 par chapitre
- Le sommaire : tous les chapitres de maths de L3 et la licence de maths de L1 à L3

























